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Politiques

12 octobre 2011

Cahiers de campagne – 5

Par Michèle Cotta
[caption id="attachment_394" align="alignleft" width="300" caption="Les déçus de Borloo. Photo Gérard Cercles / AFP"][/caption] Mardi 4 octobre Sondage BVA pour le Nouvel Observateur qui paraîtra le lendemain : si le choix leur était offert entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, 48 % des sympathisants de la droite et du Modem choisiraient Alain Juppé plutôt que Nicolas Sarkozy. Si, parmi les adhérents de l’UMP, le président de la République devance son ministre des Affaires étrangères, il n’en est pas de même parmi les centristes, qui affichent leurs préférences pour Alain Juppé. Si Jean-Louis Borloo avait fait acte de candidature, ce sondage aurait été sans importance. À partir du moment où le président du Parti radical a brutalement jeté l’éponge, le fait que l’ex-Premier ministre de Jacques Chirac devance Nicolas Sarkozy dans l’électorat centriste en ferait – puisqu’après tout, il l’a dit lui-même devant les caméras jeudi dernier, « il y a parfois des surprises dans la vie », – un candidat plus que recevable à la prochaine présidentielle. Pour l’heure, la réunion du comité exécutif du Parti radical, dans son siège historique, place de Valois, fait l’actualité : c’est à ses membres que Jean-Louis Borloo a expliqué son retrait. Trois déçus, on pourrait presque dire trois cocus, dans l’entreprise : Rama Yade, Yves Jégo (le maire ex- UMP de Montereau) et Dominique Paillé, qui ont exprimé, dès le lundi matin, la désagréable impression d’avoir été trahis. Il faut dire que les trois avaient, par avance, lourdement payé leur soutien à Jean-Louis Borloo : Rama Yade avait été pratiquement mise en demeure de quitter son poste d’ambassadrice de France auprès de l’Unesco, Dominique Paillé avait été viré sans ménagement de la présidence du conseil d’administration de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), poste qu’il n’aura occupé que quelques mois, de janvier à août 2011. Quant à Yves Jégo, il doit manifestement en partie sa défaite au Sénat à son ralliement à Borloo, que les grands électeurs UMP locaux ne lui ont pas pardonné. Tous ont appris la décision de leur leader par un coup de téléphone hâtif de celui-ci, quelques minutes avant son passage dimanche sur TF1. Mercredi 5 octobre Troisième et dernier débat des candidats aux primaires socialistes. Même ambiance plus détendue que prévu, mêmes confrontations un peu studieuses, qui restent sinon aimables, du moins correctes, sur la santé et la sécurité, avec seulement quelques piques aigres-douces, et plutôt aigres que douces, entre Martine Aubry et François Hollande, sous le regard des deux « révélations » politiques de l’année, Arnaud Montebourg, sur la gauche du Parti, Manuel Valls sur sa droite. [caption id="attachment_395" align="alignleft" width="186" caption="Plus d’amertume que d’indécision. Photo Pierre Verdy / AFP"][/caption] Lionel Jospin est resté muet pendant toute la campagne. Sur Public Sénat, il a simplement dit, en réponse à une question, refusant de choisir entre les candidats : « Je les connais tous, je les connais bien, je n’ai pas à peser sur le vote. » Effectivement, il les connaît bien : avec François Hollande, alors premier secrétaire du PS, il a échangé des mois durant, de 1997 à 2002, ses réflexions sur les problèmes rencontrés à Matignon. Martine Aubry a été sa ministre du Travail, celle qui a mis en œuvre la réforme des 35 heures, chère à celui qui était alors Premier ministre, et Manuel Valls, son porte-parole. Il aurait néanmoins parfaitement pu montrer sa préférence. Ce refus de choisir traduit sans doute, de la part de Lionel Jospin, davantage une sorte d’amertume que d’indécision. À noter l’intervention de François Fillon dans la primaire socialiste, qu’il a qualifiée, au soir même du troisième débat, de « processus moderne qui convient à la gauche comme à la droite. » Dès 2012 ? Non, évidemment. Cela attendra 2017. Jeudi 6 octobre Autre lecture de l’abandon de Jean-Louis Borloo : de nombreux leaders radicaux, comme André Rossinot et Jean Leonetti, avaient en réalité vu d’un mauvais œil Jean-Louis Borloo s’engager dans une campagne où, pour leur propre situation, ils avaient tout à perdre. Financement de leur mouvement d’abord : l’UMP leur avait élégamment coupé les vivres aux premières incertitudes sur la candidature Borloo. Et renouvellement de leurs mandats parlementaires ensuite : les députés radicaux étant le plus souvent élus avec les voix de l’UMP, on comprend que certains d’entre eux aient répondu dès aujourd’hui aux avances de Jean- François Copé. Pendant ce temps-là, le Sénat, devenu de gauche, s’organise sans remous. L’UMP Philippe Marini a gardé son poste de rapporteur général de la commission des finances, sur le modèle de la règle établie, depuis maintenant quatre ans, à l’Assemblée nationale, où la présidence de la commission des finances est confiée au Palais-Bourbon à un membre de l’opposition, le socialiste Jérôme Cahuzac. Jean-Pierre Bel a ainsi conclu une négociation serrée avec Jean-Claude Gaudin, président du groupe UMP, en échange d’un « accord global de gouvernance sur le fonctionnement du Sénat ». Certains sénateurs de gauche nouvellement élus, socialistes et communistes, ont bien tordu le nez, mais Jean-Pierre Bel a finalement imposé sa loi, en leur faisant remarquer qu’il disposait d’une majorité trop étroite (177 sur 348) pour faire le malin avec la droite. [caption id="attachment_396" align="aligncenter" width="595" caption="Aubry-Hollande : le débat du deuxième tour. Photo Patrick Kovarik / AFP"][/caption] Dimanche 9 octobre Le voici, ce premier tour de la primaire socialiste sur lequel sont braqués, depuis six semaines, les projecteurs de la politique. Plus de deux millions et demi d’électeurs: manifestement, ce nouveau mode d’intervention du citoyen dans la vie publique est une grande première dans la vie démocratique française. Et il a déplacé une foule considérable. Même si, dimanche soir, devant les caméras de France 2, Jean-François Copé, la mine sombre, minimisait les chiffres, il aurait été le premier à dire qu’à moins d’un million d’électeurs le PS aurait perdu la partie. Au-delà du million, convenons donc qu’il l’a gagnée. Martine Aubry a fait une meilleure campagne qu’annoncé. François Hollande l’a moins largement devancée qu’il ne l’espérait, mais le vrai vainqueur est arrivé en troisième position : il s’agit d’Arnaud Montebourg, l’homme de l’attaque frontale contre les banques, contre le système financier mondial, crédité d’un nombre de suffrages inespéré pour ses troupes. Il ne sera pas présent dans le combat du deuxième tour, qui se déroulera entre François Hollande et Martine Aubry, mais il est en mesure de vendre chèrement sa peau. C’est de lui, de ceux qui ont voté pour lui, que dépend, peut-être d’un cheveu, la désignation, dimanche prochain, du candidat ou de la candidate socialiste en 2012.

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