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Politiques

19 octobre 2011

Cahiers de campagne – 6

Par Michèle Cotta
[caption id="attachment_535" align="alignleft" width="300" caption="Les primaires ? Ils n’étaient pas d’accord cette semaine. Photo Philippe Wojazer / AFP"][/caption] Lundi 10 octobre Arnaud Montebourg en fait un peu trop. Certes, il a fait une percée inespérée à ce premier tour des primaires qu’il avait lui-même imaginées, et imposées à l’ensemble des éléphants socialistes. De là, du haut de ses 17 % de suffrages, à poser ses conditions aux deux « impétrants », comme il les appelle, sans crainte d’employer un mot inconnu pour une bonne partie de ceux à qui il s’adresse, il y a une marge. Les amuseurs et autres commentateurs comiques ne s’y sont pas trompés : dès ce lundi matin, Nicolas Canteloup et Laurent Gerra ont repris, sur les antennes, en les brocardant, le vocabulaire précieux et les accents volontiers aristocratiques du député de Saôneet-Loire – qui aime à préciser qu’il n’y a pas de particule avant son nom. Mardi 11 octobre Est-ce l’influence des primaires ? Est-ce le sentiment que la place qui leur est faite, pas seulement dans les médias audiovisuels, mais dans la presse écrite, est-ce l’agacement ? En tout cas, le président de la République, resté muet jusqu’ici sur le scrutin, s’exprime alors qu’il est en déplacement dans la Creuse. Les primaires lui semblent deux fois hérétiques par rapport à la constitution de la Ve République. Le général de Gaulle avait instauré, assure Nicolas Sarkozy, une élection au suffrage universel à deux tours, et pas une élection à quatre tours. Sur ce point, le Président a raison : pas plus qu’il n’y a, dans la constitution de 1958 modifiée en 1962, de vice-président, il n’y a la moindre évocation de primaires à l’américaine. Deuxième déviance : le candidat n’est pas celui d’un parti, il est issu de la rencontre entre un homme et un peuple. Là, franchement, l’histoire des différentes élections donne beaucoup d’exemples du contraire : il n’y a pas eu de rencontre entre la France et Valéry Giscard d’Estaing, il y a eu la mort brutale de Georges Pompidou, la division du RPR, et les 44 députés qui, derrière Chirac, ont dit non à Jacques Chaban-Delmas. François Mitterrand a été désigné par le PS en 1981 à la suite d’un combat au couteau contre Michel Rocard. Jacques Chirac, après avoir annoncé sa candidature, a réuni les militants RPR pour se faire adouber par eux. Quant à Nicolas Sarkozy lui-même, il semble avoir oublié qu’il y eut, en octobre 2006, une sorte de primaire qui l’opposa à Michèle Alliot-Marie, à l’issue de laquelle sa désignation parut évidente aux membres de l’UMP. Il n’a nullement ressenti, à l’époque, être, comme il le dit aujourd’hui pour l’éventuel gagnant de la primaire, l’« otage » d’un parti. Mercredi 12 octobre Duel Hollande-Aubry sur France 2. Discussion d’un bon niveau et, finalement, pas de grande différence entre les deux concurrents sur les sujets importants : dette à combler, système bancaire à réformer, entrée de l’État dans le capital des banques publiques, soutien à la Grèce et à la zone euro. Le ton des échanges, en revanche, était loin d’être aussi serein que celui des trois premiers débats. À l’écran, ce fut un face-à-face presque sans pitié, entre une Martine Aubry faisant flèche de tout bois pour démontrer l’inexpérience en matière de politique internationale – l’inexpérience tout court, d’ailleurs – de François Hollande, et un François Hollande gardant un calme olympien, même au cours d’un échange assez obscur, et d’assez mauvaise foi, sur l’engagement des 60 000 enseignants supplémentaires proposés par le député de Corrèze. On comprend assez bien que les deux candidats ayant un programme, sinon similaire, du moins proche, il leur faut se distinguer par autre chose. Par leur caractère, leur pugnacité, leur art du combat, leur efficacité pour lutter contre Nicolas Sarkozy : en un mot, par leur personnalité. On flaire le danger : la différence est parfois mince entre la volonté d’apparaître le (ou la) meilleur(e) et celle d’accabler son adversaire. [caption id="attachment_536" align="alignright" width="300" caption="Ségolène Royal. Elle n’a pas chipoté son ralliement. Photo Alain Jocario / AFP"][/caption] Jeudi 13 octobre Ségolène Royal, la perdante du premier tour, est à l’antenne, sans son sourire éclatant. Hier, quelques heures avant le duel du deuxième tour, elle avait fait savoir qu’elle demandait à ceux qui avaient voté pour elle de reporter leurs suffrages sur François Hollande au deuxième tour. Car la question était dans toutes les têtes : Ségolène Royal préférerait-elle accorder son soutien à Martine Aubry, qu’elle a accusée en d’autres temps de lui avoir volé sa victoire au secrétariat du Parti, ou à son ex-compagnon, François Hollande, dont elle s’est séparée non sans douleur ? Est-ce la femme, qui choisirait, ou la femme politique ? Oui, d’accord, elle avait eu quelques phrases ironiques sur Hollande, pendant la compétition du premier tour. Pourtant, aujourd’hui, elle ne chipote pas son ralliement à lui : elle plaide qu’arrivé en tête au premier tour il est le meilleur pour s’opposer à Nicolas Sarkozy et qu’il doit, pour cela, réunir le plus largement possible le Parti socialiste. Au passage, une mise en garde légèrement vacharde à Martine Aubry, qui, selon elle, ne devrait pas mettre le doigt dans la confiture sans risquer de se voir manger la main. Pendant ce temps-là, la majorité n’arrive pas à accorder ses violons sur les primaires socialistes. Le Président a eu beau les condamner, il n’a pas mis un terme aux interrogations des siens. Sont-elles une avancée « moderne » dans la vie démocratique, comme l’ont suggéré François Fillon ou le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer ? Sont-elles une sorte de perversion du système ? Le député des Alpes-Maritimes Lionnel Luca résume les choses à sa manière : « Si les primaires de gauche foutent le bordel à droite, c’est un peu dommage. » [caption id="attachment_537" align="alignleft" width="177" caption="Martine Aubry. A-t-elle pris le risque d’abîmer le Parti ? En tout cas, l’agressivité manifestée par les uns et les autres la dernière semaine a montré les limites de cette nouvelle pratique politique. Photo Jacques Demarthon / AFP"][/caption] Samedi 15 octobre Disons la vérité : il y a eu deux phases dans ce deuxième tour des primaires, on s’en aperçoit aujourd’hui. Une première phase, huilée, à fleurets mouchetés, bien élevée en quelque sorte. Mais depuis jeudi, la compétition s’est transformée en affrontement. Pour le coup, on en mesure les dangers. Tous les candidats battus, dont le flamboyant Arnaud Montebourg, se sont ralliés à titre personnel ou collectif à François Hollande. Martine Aubry pense ne pouvoir gagner qu’en passant à la vitesse supérieure, au risque « d’abîmer le parti », comme l’a rappelé la Haute Autorité veillant sur le bon déroulement du scrutin. Tentation inévitable peut-être, qui montre les limites de cette nouvelle pratique politique. Sur laquelle sans doute il faudra, la France n’étant pas les États-Unis, à nouveau réfléchir. Dimanche 16 octobre Il était temps d’y mettre un terme. C’est chose faite : François Hollande sort gagnant de l’épreuve. La victoire, cette fois, a été facile pour François Hollande, avec un écart de voix vis-à-vis de sa compétitrice du deuxième tour qui lui confère une indiscutable légitimité.

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