«L’absence de candidature de Marine Le Pen provoquerait un séisme spectaculaire mais vite digéré par l’opinion »

Interview de Roland Cayrol, par Ludovic Vigogne

Pour Roland Cayrol, même s’il n’y croit guère, le risque d’une non-candidature Marine Le Pen n’est pas nul. Dans ce cas, il favoriserait l’abstention, le vote blanc et au final Nicolas Sarkozy.

Roland Cayrol, directeur de recherche au CEVIPOF. Photo Thomas Coex / AFP

Estimez-vous possible que Marine Le Pen n’ait pas ses 500 signatures ?

Je crois que ce n’est pas impossible. On a un peu le sentiment qu’à chaque fois le Front national nous fait le coup afin de se victimiser et de recueillir de manière plus sécurisée les parrainages manquants. Mais, cette fois, il semble y avoir un vrai risque. Les maires de communes rurales qui ont donné leurs signatures au FN sont de plus en plus agressés par leurs concitoyens. Même si le parrainage n’a pas été conçu juridiquement ainsi, cela passe quand même toujours pour un soutien. Ils ont donc bien plus de pression. Quant aux grands partis, ils tiennent leurs élus.

Comment réagirait l’opinion si Marine Le Pen était absente de la campagne présidentielle ?

Elle condamnerait cette absence sévèrement. Le FN fait partie du paysage pluraliste français. Marine Le Pen est aux environs de 20 % dans les sondages. L’exclure de la compétition de façon maligne, perverse serait très sévèrement jugé. Les Français auraient le sentiment qu’il manque quelque chose, que la démocratie a failli. Après les gens descendraient-ils dans la rue pour autant ? Je ne le crois pas. Une fois que ce séisme aura eu lieu, il sera passé. Il sera mal jugé, mais l’opinion pourra s’en accommoder. Il n’y aura plus que les politologues, les politiciens, les médias pour le commenter. C’est comme le 21 avril. Le remords n’a pas existé dans l’électorat. Continue reading

«Le parrainage est désormais assimilé à un soutien. Ce qui ne devrait pas être le cas »

Interview de Jacques Pélissard, par Ludovic Vigogne
En désaccord avec Christian Jacob, le président de l’Association des maires de France propose que les élus aient une double signature.

Jacques Pélissard, député-maire UMP de Lons-le-Saunier, président de l'association des maires de France. Photo Pierre Verdy / AFP

Que se passe-t-il du côté des maires ?

Le système des 500 signatures est la clef de voûte du système politique français. Il a été conçu pour donner de la crédibilité à un candidat. Mais, dans l’esprit des Français, il s’est retrouvé transformé. Le parrainage est assimilé désormais à un soutien. C’est ce qui explique que les candidats qui sont aux extrémités du champ politique aient du mal à les recueillir. Ce n’est pas facile pour un citoyen de base de comprendre que, si son maire donne sa signature à un candidat d’extrême droite ou d’extrême gauche, il ne le soutient pas pour autant. Il y a donc un refus des maires de signer pour eux, d’autant plus que 2014, date des prochaines élections municipales, c’est tout près. Ils n’ont pas envie d’essuyer des reproches.

Quelle solution pourrait donc être imaginée pour remédier au problème ?

Je ne suis pas favorable au rétablissement de l’anonymat des signatures. Les maires sont responsables, la transparence, dont je suis partisan, est normale. En revanche, pour éviter de nouveaux blocages, je propose que chaque maire dispose de deux signatures. L’une serait un parrainage qui équivaudrait à un soutien ; il serait pour un candidat de cœur. L’autre serait un parrainage républicain ; il n’aurait en rien valeur de soutien, mais un maire le donnerait à tel ou tel candidat, dont il estime la présence ou les idées dans le débat présidentiel normales. Cette dualité laisserait davantage de marges de manœuvre et de liberté aux maires. En 2007, j’avais par exemple reçu dans ma ville de Lons-Le-Saunier un candidat dont je trouvais les idées très intéressantes et qui avaient selon moi leurs places dans le débat. Avec le système que je suggère, je lui aurais donné ma signature. Continue reading

«Prenons garde aux effets pervers d’un changement. Attention de ne pas modifier le système en pire »

Interview de François Rebsamen, par Eric Mandonnet

François Rebsamen, sénateur-maire PS de Dijon, président du groupe PS au Sénat. Photo Jeff Pachoud / AFP

Marine Le Pen dit avoir du mal à obtenir ses 500 signatures. Doit-elle les obtenir ?

Je considère qu’à partir du moment où une formation politique – que je combats, que je taxe parfois de xénophobie – représente une part significative de l’opinion publique, elle doit être apte à concourir. Sinon, il faut interdire ce parti. Et je pense que Marine Le Pen aura ses 500 signatures.

Comment déterminer qui a le droit, ou pas, de se présenter à l’élection présidentielle ?

Pour le moment, constatons que le système a bien fonctionné. Franchement, quelqu’un qui n’arrive pas à recueillir 500 signatures sur 45 000 élus, du maire au parlementaire en passant par le conseiller régional ou général, c’est qu’il n’a pas sa place dans l’élection présidentielle. Le système qui existe est donc plutôt convenable. Je m’exprime à titre personnel : on ne peut pas être candidat à l’élection présidentielle simplement pour présenter quelques idées. Il faut avoir une reconnaissance territoriale que les élus locaux sont à même de donner. Jusqu’à présent, il n’y a jamais eu de candidat vraiment légitime qui ait été empêché de concourir, et le système permet d’éviter des candidats de diversion. On parle parfois du cas de Jean-Marie Le Pen en 1981, mais il était alors à la tête d’un vrai parti d’extrême droite totalement minoritaire. Continue reading

«Les élus locaux sont les mieux placés pour évaluer la crédibilité d’un message politique »

Interview de Christian Jacob, par Eric Mandonnet

Christian Jacob, député de Seine-et-Marne, président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale. Photo Boris Horvat / AFP

La présidentielle n’est pas un concours de beauté. Comment sélectionner les candidats ?

Le filtre qui existe aujourd’hui est un bon filtre. Ce n’est pas un système parfait, mais il me convient. Aucun candidat avec des idées fortes n’a été empêché de se présenter.

En 1981, Jean-Marie Le Pen n’a pas récolté le nombre suffisant de signatures…

C’est arrivé une seule fois, il y a plus de trente ans, et Jean-Marie Le Pen ne représentait pas alors ce que représente désormais le Front national.

Y a-t-il moyen, néanmoins, d’améliorer le système ?

Je vois une piste. Si on allait plus loin, en obligeant à la transparence complète – chaque candidat publiant l’intégralité de ses soutiens – cela ne me dérangerait pas. Un élu qui parraine s’engage pour un candidat, alors autant que les choses soient claires. Continue reading

«Le système de 500 signatures ne répond plus aux objectifs fixés. Il a failli et il est devenu totalement absurde »

Interview de Guy Carcassonne, par Ludovic Vigogne.

Guy Carcassonne, agrégé de droit, membre de l'Institut Montaigne

Pour le constitutionnaliste, le prochain gouvernement devrait réformer sans tarder les conditions de l’élection présidentielle. Guy Carcassonne propose un système de parrainages populaires qui coexisterait avec la signature non plus de 500 mais de 750 élus.

Le système des 500 signatures d’élus nécessaires à un candidat à l’élection présidentielle pour se présenter semble toucher ses limites. C’est aussi votre sentiment ?

Absolument. C’est un système qui est devenu absurde. Il avait au départ une double ambition : éviter les candidatures trop nombreuses et permettre néanmoins à tous ceux qui représentent quelque chose de pouvoir concourir à l’élection présidentielle. Or, sur ces deux objectifs, il a failli. Des candidats qui représentent pourtant quelque
chose n’ont pas pu l’être et d’autres qui ne représentaient rien ont pu eux se présenter. Mais quelle est la contribution au débat démocratique de candidats qui obtiennent au final 1 ou 2%? Ils font en plus courir le risque d’accident du type de celui du 21 avril 2002. Le système, mal conçu, est devenu pénalisant. Continue reading

«Aujourd’hui, le centre a plus d’idées que de troupes, il doit donc privilégier une stratégie d’influence plutôt qu’une stratégie de puissance »

Interview se Jean-Pierre Raffarin, par Eric Mandonnet.

agora-raffarin-presidentielle-lhemicycle

Jean-Pierre Raffarin, ancien premier ministre, sénateur UMP de la Vienne

Le centre, aujourd’hui, est-ce une idéologie, une méthode ou un tempérament ?

Ce n’est pas une idéologie et c’est un refus de l’esprit de système. D’évidence, le centre est l’alliance d’un tempérament et de quelques thématiques. Le tempérament est celui du respect, de la tempérance, de la modération – un comportement ferme mais pas brutal, ouvert mais pas anarchique. Le centriste se place en position centrale, il est un militant de la cohésion. Les thématiques, quand Valéry Giscard d’Estaing fait gagner le centre, sont l’économie libérale, l’ambition européenne et la décentralisation. Aujourd’hui, je perçois trois autres priorités. D’abord, la promotion de la « smart génération », celle née avec l’aptitude numérique, pour mieux équilibrer la société face à son vieillissement. Ensuite, le nouveau partage du pouvoir : la Ve République a construit la République du leadership, mais l’exercice solitaire du pouvoir est toujours menaçant. N’oublions pas Montesquieu et, donc, légitimons davantage le dialogue social et relançons la décentralisation. Avec la crise, la centralisation est de retour, et elle conserve ses défauts. Enfin, il nous faut ouvrir les fenêtres de la France sur le monde. Notre pays a trop les volets clos. Le centre est à l’aise avec la diversité culturelle, il retrouve ici à la fois son goût de l’ouverture et les racines chrétiennes de ses convictions. Continue reading

«Si l’élection ne se gagne pas au centre, le vainqueur ne pourra pas ensuite ignorer le centre »

interview de M. Jaffré, par Ludovic Vigogne
Pour Jérôme Jaffré, la priorité de François Bayrou va être de dire qui est son adversaire principal. Nicolas Sarkozy ou François Hollande, le leader du MoDem devra choisir s’il veut peser après le 6 mai. Pour le directeur du Cecop, la question est de savoir de quelle déception il sera le réceptacle au premier tour ?
agora-jaffre-presidentielle-lhemicycle

Jérôme Jaffré, directeur du CECOP (Centre d'Etudes et de Connaissance sur l'Opinion Publique)

Quel est aujourd’hui l’espace électoral de François Bayrou ?

Son talent de candidat, son expérience politique, son goût des campagnes conduisent logiquement à le classer parmi les grands candidats. Mais le score que lui accordent les sondages aujourd’hui montre que sa situation est difficile. Faute d’avoir su ou pu construire une vraie force politique depuis 2007, il n’a d’autre assise électorale que son image personnelle. Soit dit en passant, on voit que François Hollande a raison d’accorder une si grande importance à une bonne coordination avec le PS. C’est ce qui lui donne son assise électorale.

Le score de 18,5 % de François Bayrou en 2007 est un exploit occasionnel dont il lui faut trouver la recette pour le rééditer ou au moins l’approcher. Quand on regarde dans les enquêtes les transferts des électeurs de 2007 sur les candidats d’aujourd’hui, on s’aperçoit que Marine Le Pen retrouve 85 % des électeurs de son père, François Hollande 80 % de ceux de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy moins, soit tout de même 75 % de ses propres électeurs. Mais François Bayrou, lui, en retrouve moins du tiers des siens ! Désormais, la moitié de ses électeurs de 2007 considère qu’il ne ferait pas un bon président de la République. Il est dans la situation où tout est à refaire. Jusqu’à présent, il a bâti sur du sable. Continue reading

«L’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes sera une grande cause nationale si la gauche l’emporte »

Interview de Mme Filippetti, par Ludovic Vigogne

Pour Aurélie Filippetti, qui a fait campagne au côté de François Hollande pour la primaire, la restauration d’un ministère des droits de la Femme doit constituer le premier signe d’une politique nouvelle en faveur de la parité.

Aurélie Filippetti, députée de Moselle. Photo Patrick Kovarik / AFP

Cela reste-t-il plus difficile pour une femme que pour un homme de faire de la politique ?
Incontestablement. Malheureusement, dans notre société, le partage des tâches domestiques reste complètement déséquilibré. Toutes les femmes qui travaillent ont un double agenda : familial et professionnel. Les élues aussi. Les réunions politiques restent le plus souvent programmées le soir, nos weekends sont très chargés. Nous devons donc jongler plus que les hommes. Continue reading

«L’affaire DSK a eu le mérite de révéler que la relation entre les femmes et les hommes est encore trop souvent profondément injuste »

Interview de Mme Kosciusko-Morizet, par Ludovic Vigogne

Pour Nathalie Kosciusko-Morizet, si des progrès importants ont été réalisés, le combat des femmes est loin d’être achevé. Cependant, à l’inverse des socialistes, elle considère qu’un ministère des droits de la Femme n’a plus de raison d’être aujourd’hui.

Nathalie Kosciusko-Morizet Ministre de l'Ecologie, du Développement Durable, des Transports et du Logement. Photo Stéphane de Sakutin / AFP

Diriez-vous que la politique est toujours un monde macho ?
Oui. Comme tous les lieux de pouvoir, qu’ils soient publics ou privés. Il y a un machisme exacerbé car c’est un monde de compétition. La politique est ouverte depuis plus de cinquante ans aux femmes, il a fallu y aller au forceps, par des lois, des décrets… Certains hommes politiques n’ont pas encore compris que, au-delà du rapport de domination ou de tolérance courtoise des femmes, il y avait la perspective d’une compétition enrichissante. Les hommes, qui aiment la concurrence entre eux, ne semblent pas prêts à nous faire entrer dans le jeu. Continue reading

«Si la primaire s’enracine et se généralise, il faudra lui donner un cadre institutionnel »

Interview de M. Ferrand, par Eric Mandonnet

Le président de Terra Nova s’est battu pour l’organisation de primaires au sein du PS. C’est la création d’un espace démocratique nouveau sur lequel on ne reviendra pas. Pour Olivier Ferrand, les socialistes, en organisant cette procédure de désignation du candidat, reconnaissent enfin la présidentialisation issue des institutions de la Ve République.

Photo Xavier Leoty / AFP

La primaire est globalement conforme à ce que j’attendais : le dispositif retenu par le PS est une réplique de l’élection présidentielle : un vote à deux tours, précédé d’une campagne politique d’une durée équivalente, trois à quatre mois, avec des débats riches entre candidats. Il sera temps d’approfondir le système, puisque c’était une première en France, et d’explorer quelques pistes : déployer des débats avec des lieutenants, aller au plus près du terrain. Aux États-Unis, dans un caucus, des représentants des candidats échangent entre eux et vont voir les voisins, ce qui permet une mobilisation et une politi- sation plus forte des citoyens. Continue reading