«La primaire signe le ralliement absolu du PS à la présidentialisation »

Interview de M. Reynié, par Eric Mandonnet

La primaire socialiste a-t-elle permis de rénover le débat démocratique en France ?

Elle a permis l’organisation d’une prise de parole pour les candidats, à travers les débats télévisés, mais aussi à travers l’expression d’une partie de la France de gauche, avec la participation des think tanks et de certains journaux. Chaque candidat a eu un moment d’expression sur un mode aujourd’hui rare, en ayant le temps d’articuler des analyses. Du point de vue de la production de contenu, ce n’est pas insignifiant. En revanche, la primaire, par construction, a quelque chose de décevant : l’exercice ne peut pas prendre le risque de tourner à la véritable confrontation, celle que l’on verra dans la grande compétition ; il ne peut amener le parti à s’opposer à lui-même et à desservir sa propre cause. Continue reading

«L’idée de primaire interne est dépassée, il faut s’ouvrir à l’ensemble de l’électorat »

Interview de M. Apparu, par Éric Mandonnet

Photo Bertrand Guay / AFP

En 2017, la droite organisera-t-elle des primaires qui ressembleront à celle du PS ?

Il y a potentiellement deux types de primaires : celle d’adoubement (et le PS aurait pu en connaître une de ce type si Dominique Strauss-Kahn avait été candidat) et celle de choix. La primaire d’adoubement a un avantage – l’évidence du candidat est naturelle – et un inconvénient – elle suscite moins d’intérêt. La primaire de choix a aussi un avantage – il y a suspens, donc intérêt, donc mobilisation médiatique, donc mobilisation populaire – et un inconvénient – il est plus difficile de se rassembler ensuite et on peut avoir l’impression d’un choix un peu par défaut. Continue reading

« Les communicants semi-publicitaires sont en train de disparaître au profit d’une génération de communicants stratèges »

par Éric Mandonnet

 La plupart des communicants, tel Bastien Millot ou Marc Vanghelder, préconisent aujourd’hui un retour à une communication de la rareté, conçue à l’époque de François Mitterrand par Jacques Pilhan.

En quoi le journal télévisé de Dominique Strauss-Kahn sur TF1, le 18 septembre, va-t-il ou non faire évoluer la communication politique ?

Il a porté le coup de grâce à une certaine forme de communication politique. Cette émission restera le dernier avatar du storytelling des années 1990-2000, où un respon- sable raconte une histoire personnelle, avec un journaliste comme sparring-partner. Aux États-Unis et en Grande-Bretagne, cette technique appartient aussi au passé depuis que George W. Bush et Tony Blair ont quitté le pouvoir. J’ajoute que le degré de préparation était tel qu’elle transparaissait de manière évidente pour les téléspectateurs et que la connivence entre invité et journaliste avait une conséquence : tout ce qui était dit était soumis à caution. Continue reading

« Le match entre compétence et sincérité est fini. Désormais la sincérité, devenue la question dominante, est un préalable »

par Éric Mandonnet

Jean-Pierre Raffarin est, parmi les politiques, l’un de ceux qui a le mieux géré sa communication, notamment lorsqu’il était à Matignon. Il dénonce aujourd’hui une communication politique qui dévoile son caractère préfabriqué au détriment de la sincérité et de la vérité.

Au vingt heures de TF1, le 18 septembre, Dominique Strauss-Kahn a-t-il tué la communication politique ?

Il a tué le vingt heures, le show du vingt heures. La communication politique, aujourd’hui, à l’heure d’Internet et de l’accumulation des images, a besoin de sobriété. Le vingt heures était déjà menacé, avant cet épisode, dans sa toute- puissance. La question de la sincérité est désormais devenue dominante, alors qu’elle était jusqu’à présent toujours en arrière-plan. Elle sort de l’inconscient du téléspectateur pour se transformer en paramètre clé d’une intervention. Continue reading

« Le mot de rigueur ne me fait pas peur et les impôts augmenteront. Mais la vraie question est de savoir sur qui porteront ces augmentations »

Interview de M. Michel Sapin, par Ludovic Vigogne

Proche conseiller économique de François Hollande, Michel Sapin affirme que le premier devoir de la gauche sera de faire une réforme fiscale et de repenser les priorités en matière de dépenses publiques.

Quel que soit le vainqueur de l’élection présidentielle l’an prochain, la politique menée ne sera-t-elle pas la même ?
Ce sera malgré tout de la rigueur, de la rigueur et encore de la rigueur… Non. Même si elle a fait tout le contraire durant ce quinquennat, la droite peut annoncer le même objectif que nous : le désendettement et la réduction de nos déficits, qui doivent être ramenés à 3 % en 2013, comme nous nous y sommes engagés au niveau européen. Mais les moyens pour y parvenir seront différents.

La gauche doit donc assumer qu’elle mènera une politique de rigueur ?
À titre personnel, ce mot ne me fait pas peur. J’aime bien aussi le terme de « sérieux ». Dans la situation très difficile qui est la nôtre aujourd’hui, nous en aurons bien besoin. Continue reading

« L’augmentation des impôts ne peut pas tenir lieu de solution. La priorité, c’est la réduction drastique des dépenses de l’État »

Interview de M. Hervé Novelli, par Ludovic Vigogne

Réduction du nombre de fonctionnaires, privatisations, délégations de service public, pour Hervé Novelli, secrétaire général-adjoint de l’UMP, l’indispensable politique de rigueur passe par une importante diminution du périmètre de l’État dans la sphère économique.

En 2012, que la gauche ou la droite l’emporte, les Français connaîtront-ils autre chose qu’une politique d’austérité ?
Il est clair que l’impératif de réduction des déficits et leur disparition, seul moyen de faire conserver à notre pays son rang, s’imposera à tous. Quels que soient les gouvernants, ce sera un impératif. En revanche, les moyens pour y parvenir seront différents que la gauche ou la droite l’emporte. Dans la genèse des déficits, il y a un déséquilibre de recettes et de dépenses. Il existe trois moyens techniques pour les supprimer : augmenter les recettes, baisser les dépenses ou encore une combinaison des deux. On voit bien aujourd’hui que la tentation de l’augmentation des recettes est dans l’air du temps. La gauche appelle cela la réhabilitation de l’impôt. Une partie de la droite est prête à la suivre. C’est pour moi une solution de facilité. Je reste convaincu que l’augmentation des impôts dans un pays qui a déjà un taux de prélèvements obligatoires parmi les plus élevés de l’OCDE ne peut pas tenir lieu de solution. Continue reading

« La campagne de 2012 sera une campagne de coups bas et de boules puantes du type de celle de 1981″

Interview de M. Alain Duhamel, par Ludovic Vigogne

Pour Alain Duhamel, la dégradation du climat de ce début de campagne présidentielle fait craindre le pire. Comme en 1981, il risque d’y avoir beaucoup plus d’attaques personnelles que de débats de fond. Selon l’éditorialiste, les affaires pourraient être génératrice d’abstention, favoriser l’extrême droite et au final gêner Nicolas Sarkozy plus que tout autre candidat.

Craignez-vous que les affaires occupent une place importante dans le débat présidentiel ?
Elles vont surtout occuper une place disproportionnée. Je redoute et prévois qu’on parlera trop d’affaires – qui pour certaines n’existent pas toujours d’ailleurs – au détriment de sujets qui sont essentiels pour l’avenir de la France. Ceux-ci mériteraient pourtant dès aujourd’hui un débat contradictoire et organisé. Évidemment, la crise, avec les réponses qu’elles nécessitent, est le premier d’entre eux. J’espère que, quand le candidat du PS sera désigné, après la mi-octobre, il pourra y avoir un débat de fond sur ces questions entre celui-ci et François Fillon.

Est-ce que ce n’est pas un classique en début de campagne ?
Il y a eu des campagnes présidentielles de tous les genres : courtes, longues, animées, lentes, élégantes, emplies de coups tordus. Je pense que celle de 2012 sera une campagne de coups bas et de boules puantes du type de celle de 1981. Il y avait eu alors beaucoup d’attaques personnelles et un refus de débattre des questions de fond. Continue reading

« Les affaires et la corruption délégitiment le pouvoir politique au moment où il devrait reprendre la barre face aux marchés »

Interview de Mme Eva Joly, par Ludovic Vigogne

Eva Joly entend bien être la candidate anticorruption. Pour la candidate d’EELV, il ne s’agit pas de lancer des boules puantes mais de renouveler la démocratie en bâtissant une société débarrassée de la culture de l’impunité qui, selon elle, gangrène les relations sociales.

Les affaires ne cessent d’occuper la une des journaux depuis la rentrée. Quelle place auront-elles selon vous dans le débat présidentiel de l’année prochaine? Pensez-vous qu’elles influencent beaucoup les Français ?
Nul ne peut le dire. Mais je souhaite que la question de l’éthique en politique et de la responsabilité des hommes et des femmes politiques soit mise en débat avec vigueur, parce que je crois que c’est l’une des clés de la période actuelle.

Pourtant, en 2002, Jacques Chirac a été réélu alors que plusieurs affaires le menaçaient. Quel enseignement tirez-vous de cet exemple ?
Comparaison n’est pas raison. N’oublions pas l’état de sidération dans lequel les Français se sont rendus alors aux urnes. Contre toute attente, c’est Jean-Marie Le Pen que Jacques Chirac a affronté au second tour de la présidentielle. Dès lors, le choc émotionnel qui s’est ensuivi l’a emporté sur toute autre considération. Continue reading

Un Sénat de gauche constituerait un séisme politique mais il ne modifierait pas la donne institutionnelle »

Interview de M. Guy Carcassonne, par Ludovic Vigogne

Guy Carcassonne rappelle qu’à trois reprises déjà le Sénat s’est retrouvé dans une situation d’opposition face à un gouvernement de gauche. C’est en cela que, pour ce professeur de droit public, un Sénat à majorité de gauche opposé à un gouvernement de droite ne marquerait pas une première institutionnelle, mais seulement politique.

Une alternance au Sénat serait-elle un séisme ?
Politiquement oui, institutionnellement non. Politiquement oui, car la gauche n’a jamais été majoritaire au Sénat. Les républicains l’ont été, l’opposition l’a été, mais la gauche jamais. Ce serait une première et donc forcément important. Institutionnellement, non. La France a déjà vécu une telle situation entre 1981 et 1986, 1988 et 1993, 1997 et 2002, quand les gouvernements étaient de gauche et le Sénat à droite. Cette fois, ce serait juste l’inverse. Continue reading

« Le Sénat à gauche, ce serait une forme de cohabitation jamais connue en France »

Interview de M. Jean-Pierre Bel, par Ludovic Vigogne

Jean-Pierre Bel, le 25 septembre, ce sera le grand soir ?
Je formulerais les choses différemment. Si nous pouvons faire basculer le Sénat à gauche, ce sera une très grande victoire et un bouleversement institutionnel et politique.

Quelles seraient les conséquences d’un tel basculement ?
Voir une assemblée qui n’a jamais connu l’alternance la vivre enfin mettrait de l’oxygène dans nos institutions. Une autre manière de regarder le Sénat verrait le jour. Certains constitutionnalistes, comme Maurice Duverger, avaient théorisé que le Sénat avait pour attribution d’être réservé à la droite. Compte tenu du résultat des dernières élections municipales, régionales et cantonales, on peut de manière sérieuse imaginer leur donner tort. Même si nous savons que nous sommes dans un combat inégal. Si la droite a depuis cinquante ans conservé le Sénat, c’est parce que nous avons un mode de scrutin qui désavantage la gauche. Il faut vraiment que nous mettions la barre très haut pour faire mentir Duverger ! Continue reading