Vox Populi

Editorial, par Robert Namias

Il était une fois un pays où les ouvriers votaient à gauche et les bourgeois à droite. C’est un temps que les moins de trente ans ne connaissent pas et que les électeurs de moins de cinquante ans ont oublié. En 1981, même si Georges Marchais avait déjà accusé une forte baisse, le PC était encore à 15%. Des scores aujourd’hui inaccessibles au point que même un leader du Front de gauche n’oserait en rêver. Au PS même constatation : une bonne partie de l’électorat populaire a déserté ce côté de l’échiquier politique pour passer avec armes et bagages à l’extrême de la droite, quand ce n’est pas directement au Front National. Conséquence, Nicolas Sarkozy n’est aujourd’hui pas mieux loti que son challenger socialiste. Lui aussi a vu filer au cours de son quinquennat le vote des classes moyennes qu’il avait réussi à récupérer en 2007 au point de déshabiller en partie la mouvance de Jean-Marie Le Pen. Bref, le peuple affiche plus que jamais une défiance dans ses élites qui pénalisera au premier tour de la présidentielle, les deux favoris de 2012.

Depuis 1958, droite et gauche n’ont pu gagner qu’en captant ces voix populaires. C’était déjà vrai pour de Gaulle, ça l’était encore pour Chirac et Sarkozy et évidemment pour Mitterrand. Du coup, l’actuel président et le candidat socialiste vont devoir trouver les arguments de campagnes qui attireront ces votes décisifs. Sarkozy jouera à l’évidence sur l’aspect protecteur de son rôle face à la crise, y compris en mettant à nouveau l’accent sur les questions de la sécurité et de l’immigration. Quant à Hollande, c’est sur l’emploi et le pouvoir d’achat qu’il va concentrer ses propositions. Chcun parlant d’une même voix pour dire sa volonté de réduire la dette. Et c’est bien là leur difficulté. Comment se différencier alors que les marges de manoeuvres sont quasi inexistantes ? Comment redonner envie à ces couches populaires qui considérent que l’un et l’autre ne sont que les deux visages d’une même politique ?

Dans tous les cas, c’est celui qui s’avérera le plus convaincant auprès des plus modestes qui finira par l’emporter. En rassemblant mieux que l’autre au second tour.

Editorial

Par Robert Namias

Dimanche la désignation de François Hollande a mis un point final à la précampagne présidentielle. Certes, le champion qui portera les couleurs de la droite n’est pas officiellement connu, mais qui peut douter de son nom. Malgré les airs entendus de certains et les espoirs irréalistes de quelques autres, l’affaire est verrouillée : Nicolas Sarkozy sera évidemment au rendez-vous de 2012.

À gauche, quatre candidats déclarés, au centre, François Bayrou, à droite, le Président sortant, Marine Le Pen et peut-être pourquoi pas Hervé Morin, Christine Boutin, Corinne Lepage ou bien encore Dupont-Aignan. À vrai dire les incertitudes sont mineures si l’on excepte les états d’âme de Dominique de Villepin. À six mois du premier tour, le casting est complet, et nous sommes bel et bien entrés dans la campagne, même si du côté de l’Élysée on pense encore faire illusion en affirmant qu’il y a plus urgent à faire que de s’occuper d’une élection qui n’aura lieu qu’au mois d’avril prochain.

Les acteurs sont connus, la pièce peut commencer. D’autant qu’on imagine le décor. Il est le même pour tout le monde : une crise durable, une croissance en berne, un chômage qui ne baissera guère d’ici six mois, une dette qui ne cesse de se creuser, une Europe divisée face à une Amérique plus protectionniste que jamais dans un monde dominé par l’émergence de la Chine, de l’Inde et de quelques autres puissances d’Amérique latine.

Reste à écrire le scénario, c’est-à-dire le projet qui permettra à la France et aux Français de puiser dans l’ambition des candidats des raisons de croire que tout n’est pas gris et sans avenir. La liberté d’agir est étroite, et les propositions des uns et des autres ne peuvent être différentes qu’à la marge. Mais c’est cette marge qui fera le résultat.

Contenus des réformes économiques et financières, rapports du pouvoir avec la justice, questions sociétales, mode de gouvernance, personnalité des candidats, les vrais débats sont à venir. Et d’ici avril, l’espoir changera de camp à de nombreuses reprises.

Les dés roulent mais rien n’est joué. Souhaitons seulement que l’incertitude du résultat ne conduise pas les candidats et leur entourage à s’entretuer à coups d’affaires et de petites phrases assassines par incapacité de convaincre sur le fond. On ne peut pas passer son temps à rater les rendez-vous avec l’Histoire.

Disparition d’une rockstar

Par Robert Namias

John Lennon, Jimi Hendrix, Michael Jackson, Steve Jobs. Le créateur d’Apple est mort en rockstar. Couvert sous les fleurs d’un hommage planétaire. Situation peu banale pour un
patron qui n’avait pas la réputation d’être facile, connu même pour son autoritarisme. Tout a été dit sur Jobs et tout est vrai : Lutteur exceptionnel, y compris contre une maladie qui aurait dû l’emporter en quelques mois et contre laquelle il a résisté sept ans, visionnaire, incarnation de la modernité rassemblant dans une « applemania » des centaines de millions de jeunes et moins jeunes à travers le monde. Il fabriquait ses ordinateurs comme d’autres fabriquent des tubes. Et beaucoup étaient prêts à piétiner pendant des heures pour être parmi les premiers à acquérir le dernier-né de la gamme Apple, à l’identique des fans qui se précipitent pour acheter le dernier album de Prince ou de Madonna.

Cela dit, au-delà de ces hommages, la mort de ce génie de l’informatique et des nouvelles technologies nous renvoie cruellement à cette question lancinante déjà posée avec la sortie de The Social Network et la réussite d’un jeune étudiant de Harvard : pourquoi là-bas ? (Aux États- Unis et sans doute bientôt en Chine ou en Inde) et pas en France ? Pourquoi eux et pas nous ? Sommes-nous si déclinants et si impuissants que nous ne puissions plus envisager de produire un Steve Jobs ou un Mark Zuckerberg ? Sommes-nous si englués dans nos petitesses et nos lourdeurs administratives et bancaires pour que nous nous interdisions à jamais de redevenir leaders de ces secteurs qui exigent non seulement un savoir-faire technologique mais une vision quasi mystique du futur. Airbus et l’aéronautique, le TGV et le transport ferroviaire sont aujourd’hui les alibis commodes et réussis qui nous autorisent tout juste à masquer la déconfiture d’une recherche qui végète faute de moyens financiers et de soutiens politiques ? C’est pourtant l’avenir du pays et sans doute de l’Europe qui se joue sur cette capacité de penser l’impensable et d’imaginer l’inimaginable. Le système américain avec tous ses défauts peut le faire, le régime chinois avec tous ses défauts va savoir le faire, le système indien est en passe de le faire. Et nous ?… Peut-être que les candidats à la présidentielle vont nous éclairer sur la question !

Z, le remake

Par Robert Namias

La France serait-elle en passe de devenir la plus grande salle de spectacle du monde ? Avec sur scène quelques dizaines d’acteurs et dans la salle plus de 60 millions de Français spectateurs qui n’en croient pas leurs yeux ni leurs oreilles. Qu’on en juge plutôt : après la mise en examen des plus proches amis du président de la République, voilà qu’ils assistent à une séquence pour le moins surprenante : un procureur de la République convoqué il y a quelques jours et dont on vient d’appendre que l’audition a été reportée sine die. Bien étrange report, dû à des raisons de procédure qui masquent mal la tempête qui semble agiter les milieux judiciaires et policiers, alors que la même juge devait entendre peu après le directeur général de la police et le patron du renseignement intérieur. Il est vrai que le spectacle s’annonçait pour le moins sur- réaliste même s’il n’est pas complètement inédit. À une différence de taille près : la dernière fois qu’un tel spectacle avait été monté, c’était avec de vrais acteurs et pour un vrai film. Tous les cinéphiles se souviennent de cette séquence inouïe du juge Jean-Louis Trintignant faisant défiler dans son bureau le gratin de la police et de la politique d’un pays à peine imaginaire pour les inculper d’une longue liste de crimes et délits. C’était en 1969 et c’était du cinéma. Qui pouvait imaginer que l’œuvre de Costa-Gavras ferait figure de pâle fiction face à une réalité française qui menace aujourd’hui politiques, magistrats et policiers. Et il ne suffit pas de crier haro sur les médias en les accusant de se vautrer dans les « on-dit » et les rumeurs pour faire oublier des vérités factuelles qui donnent une image peu glorieuse de notre pays. Et plutôt que de se renvoyer à la figure, à droite comme à gauche selon les affaires du moment, le viol du secret de l’instruction ou le mépris de la présomption d’innocence, les politiques seraient bien inspirés de donner un grand coup de balai devant leur porte avant que les électeurs ne le fassent pour eux.

D’autant que contrairement à ce que voudraient faire croire les extrêmes, la majorité des élus locaux ou nationaux n’ont rien à voir avec ces mauvais coups portés à la démocratie. La présidentielle devra être l’occasion de ce grand nettoyage si l’on veut que les 60 millions de spectateurs qui détestent ce mauvais polar quittent leur fauteuil pour redevenir des acteurs de la vie publique.

La rigueur, forcément !

Par Robert Namias

La pudeur des uns et des autres n’y changera rien. Elle s’impose déjà. Les débats de la primaire socialiste l’ont montré : elle est le fond sans lequel aucun projet politique ne sera crédible. La rigueur, puisque c’est d’elle dont il s’agit, s’est déjà incrustée dans le débat politique. Incrustée et pas seulement immiscée. Elle est au cœur de toute problématique économique. Et ce ne sont pas des mots cache-misère qui masqueront cette réalité.

La gauche majoritaire au Sénat oblige le Président à renoncer à la convocation du Congrès et le principe de la règle d’or a déjà vécu avant même d’avoir été discuté. Pour autant, s’ils veulent être convaincants, les candidats aux primaires socialistes devront confirmer solennellement qu’ils s’engagent à revenir dès 2013 aux critères de Maastricht. Et cette règle, quel que soit son nom, s’imposera à tous.

Cela dit, reconnaître cette nécessité de la rigueur n’est pas fermer le débat. C’est au contraire l’ouvrir et poser les thèmes d’une véritable alternative. Avec cette question : Y a-t-il une rigueur de droite et une rigueur de gauche ? Non répondent implicitement UMP et Gouvernement, en assurant qu’il n’y a qu’une politique de redressement et que seul le chemin tracé par l’actuelle majorité nous donne quelques chances d’arriver à bon port.

Faux répond la gauche, qui affirme que le retour à des comptes équilibrés passera par des réformes structurelles et fiscales que la droite se refuse à envisager. A chacun de se faire une opinion, mais ce débat là, s’il ne gomme pas les déballages nauséabonds du moment, a au moins le mérite de poser les vraies questions. Celle qui, à coup sûr, seront au cœur de la prochaine campagne. Du moins, on l’espère.

Lire les débats de l’Agora avec M. Sapin et M. Novelli.

Les primaires, pourquoi pas ?

Par Robert Namias

Il ne suffit pas d’ironiser, voire de caricaturer les primaires du PS pour en condamner le principe. La démocratie consiste plutôt à admettre que chaque parti fait comme il
l’entend pour choisir son candidat. D’autant qu’entre la formation qui a pour candidat naturel le Président sortant et les autres partis l’équation n’a rien de comparable. Les primaires ont au moins un avantage : elles permettent aux électeurs du camp qui s’y soumet de choisir celui qui leur paraît le meilleur pour battre l’adversaire du second tour. Et elles interdisent à ces mêmes électeurs qui ne se seraient pas déplacés aux primaires de se plaindre ensuite de ne pas avoir le candidat qui leur semble le mieux placé pour gagner.

En ce sens c’est un pari démocratique qui a le mérite de la nouveauté. Le délabrement du débat public oblige à penser de nouvelles formes d’exercice du pouvoir. Cela commence par une réflexion sur les conditions mêmes d’accession à la responsabilité. Et l’organisation des primaires apparaît dans ce contexte comme une démarche sans doute nécessaire. Qui vaut mieux en tout cas que les critiques violentes mais terriblement banales que l’on a entendues du côté de la majorité après le premier débat socialiste. Entre un échange soporifique où chacun prend garde de ne pas étaler ses désaccords et un pugilat contre-productif, la voie est étroite. On verra ce que donnent les deux prochaines émissions mais, jeudi dernier, les dirigeants socialistes ont su éviter l’écueil de la division sans masquer leurs différences. Qu’ils ne s’aiment pas est une chose, qu’ils ne puissent pas gouverner ensemble en est une autre. Et rien n’indique qu’ils seraient moins solidaires que l’actuelle équipe gouvernementale. Bref, alors même que le Parti socialiste a dévoilé son plan d’organisation du vote des 9 et 16 octobre, on se doit d’observer avec intérêt et non avec un mépris partisan cette tentative de démocratie directe. Reste maintenant à mobiliser les électeurs pour valider une démarche qui au final pourrait s’avérer une expérience politiquement utile.

Question de confiance

Par Robert Namias

Cette fois on aurait bien besoin de la potion magique de Panoramix ou, à tout le moins, de la pierre philosophale qui transforme le plomb en or ! Malheureusement pour l’heure rien ne se profile et le fameux bout du tunnel déjà promis par Jacques Chirac dans les années 1980 n’est toujours pas à l’horizon. Pour autant, sauf à se dire que nous ne sommes plus qu’un petit pays encalaminé dans un vieux continent, il faut bien imaginer que l’on sortira un jour de la crise. Ce ne sera le fait ni d’un miracle ni d’une baguette magique, mais le résultat d’une politique à long terme appliquant à l’échelle de la France et de l’Europe de nouvelles règles de conduite économique et financière. Rigueur, réformes fiscale et bancaire, redistribution de la richesse, et sans doute mutualisation de la dette dans la zone Euro, autant de passages obligés après la présidentielle, quel(le) que soit l’élu(e).

Cela suffira-t-il à stopper le cercle vicieux si souvent décrit : pas de croissance, plus de chômage ; augmentation du chômage, diminution de la consommation ; moins de consommation, encore moins de croissance, un schéma de crise aggravé par un endettement qui place de nombreux États en situation de faillite inavouée ?

En fait, l’histoire et l’expérience nous ont appris que le retour au cercle vertueux suppose une condition : que la confiance revienne. Et au premier chef la confiance dans la parole des politiques. Voilà des années, pour ne pas dire des décennies, qu’à droite comme à gauche les promesses intenables, les mensonges électoraux, les paris impossibles ont fait office de programme économique. La défiance des peuples à l’égard de leurs dirigeants constitue aujourd’hui le handicap apparemment indépassable qui plombe toute tentative de redressement. Redonner de la crédibilité au discours politique, redonner envie et confiance aux Français, qui ne croient plus en rien. Seuls des actes conformes au discours et une cohérence d’action dans la durée pourront susciter un retour de cette confiance.

On est pour l’instant loin du compte !