Les primaires, pourquoi pas ?

Par Robert Namias

Il ne suffit pas d’ironiser, voire de caricaturer les primaires du PS pour en condamner le principe. La démocratie consiste plutôt à admettre que chaque parti fait comme il
l’entend pour choisir son candidat. D’autant qu’entre la formation qui a pour candidat naturel le Président sortant et les autres partis l’équation n’a rien de comparable. Les primaires ont au moins un avantage : elles permettent aux électeurs du camp qui s’y soumet de choisir celui qui leur paraît le meilleur pour battre l’adversaire du second tour. Et elles interdisent à ces mêmes électeurs qui ne se seraient pas déplacés aux primaires de se plaindre ensuite de ne pas avoir le candidat qui leur semble le mieux placé pour gagner.

En ce sens c’est un pari démocratique qui a le mérite de la nouveauté. Le délabrement du débat public oblige à penser de nouvelles formes d’exercice du pouvoir. Cela commence par une réflexion sur les conditions mêmes d’accession à la responsabilité. Et l’organisation des primaires apparaît dans ce contexte comme une démarche sans doute nécessaire. Qui vaut mieux en tout cas que les critiques violentes mais terriblement banales que l’on a entendues du côté de la majorité après le premier débat socialiste. Entre un échange soporifique où chacun prend garde de ne pas étaler ses désaccords et un pugilat contre-productif, la voie est étroite. On verra ce que donnent les deux prochaines émissions mais, jeudi dernier, les dirigeants socialistes ont su éviter l’écueil de la division sans masquer leurs différences. Qu’ils ne s’aiment pas est une chose, qu’ils ne puissent pas gouverner ensemble en est une autre. Et rien n’indique qu’ils seraient moins solidaires que l’actuelle équipe gouvernementale. Bref, alors même que le Parti socialiste a dévoilé son plan d’organisation du vote des 9 et 16 octobre, on se doit d’observer avec intérêt et non avec un mépris partisan cette tentative de démocratie directe. Reste maintenant à mobiliser les électeurs pour valider une démarche qui au final pourrait s’avérer une expérience politiquement utile.

Malaise

L’opinion de Bruno Jeudy

Décidément, Dominique Strauss- Kahn n’est pas le champion de la communication si souvent décrit. Une fois encore, l’ancienne étoile socialiste a manqué son rendez-vous avec la sincérité. Certes, il faudrait avoir un cœur de pierre pour ne pas rester insensible aux justifications avancées, dimanche soir, par DSK. Après tout, il a avoué une « faute morale ». Ce qui n’est pas rien. Faute avouée à demi pardonnée.

Mais voilà, au bout de ces vingt-quatre minutes de show télévisé, il n’y a guère que TF1 qui puisse avoir de quoi se réjouir. La Une a probablement décroché la plus belle audience de l’année. Pour DSK, le bilan risque d’être nettement moins positif. L’excès de com’ et de scènes surjouées (le rapport du procureur brandi à cinq reprises, les silences pesants, les yeux fermés…) a étouffé la sincérité qui aurait dû prévaloir. Et provoqué in fine un sentiment de malaise. Trop de grosses ficelles, pas assez de repentance. Il s’est bien gardé d’ailleurs de présenter de plates excuses. Continue reading

Question de confiance

Par Robert Namias

Cette fois on aurait bien besoin de la potion magique de Panoramix ou, à tout le moins, de la pierre philosophale qui transforme le plomb en or ! Malheureusement pour l’heure rien ne se profile et le fameux bout du tunnel déjà promis par Jacques Chirac dans les années 1980 n’est toujours pas à l’horizon. Pour autant, sauf à se dire que nous ne sommes plus qu’un petit pays encalaminé dans un vieux continent, il faut bien imaginer que l’on sortira un jour de la crise. Ce ne sera le fait ni d’un miracle ni d’une baguette magique, mais le résultat d’une politique à long terme appliquant à l’échelle de la France et de l’Europe de nouvelles règles de conduite économique et financière. Rigueur, réformes fiscale et bancaire, redistribution de la richesse, et sans doute mutualisation de la dette dans la zone Euro, autant de passages obligés après la présidentielle, quel(le) que soit l’élu(e).

Cela suffira-t-il à stopper le cercle vicieux si souvent décrit : pas de croissance, plus de chômage ; augmentation du chômage, diminution de la consommation ; moins de consommation, encore moins de croissance, un schéma de crise aggravé par un endettement qui place de nombreux États en situation de faillite inavouée ?

En fait, l’histoire et l’expérience nous ont appris que le retour au cercle vertueux suppose une condition : que la confiance revienne. Et au premier chef la confiance dans la parole des politiques. Voilà des années, pour ne pas dire des décennies, qu’à droite comme à gauche les promesses intenables, les mensonges électoraux, les paris impossibles ont fait office de programme économique. La défiance des peuples à l’égard de leurs dirigeants constitue aujourd’hui le handicap apparemment indépassable qui plombe toute tentative de redressement. Redonner de la crédibilité au discours politique, redonner envie et confiance aux Français, qui ne croient plus en rien. Seuls des actes conformes au discours et une cohérence d’action dans la durée pourront susciter un retour de cette confiance.

On est pour l’instant loin du compte !

Guérini, le camarade « malfaiteur »

L’opinion de Bruno Jeudy

Nicolas Sarkozy peut leur dire merci. À huit mois de la présidentielle, les socialistes n’en finissent pas d’offrir sur un plateau des cadeaux au chef de l’État. Après les frasques de DSK, pulvérisé par les soupçons de viol dans une chambre d’hôtel à New York, voilà un dignitaire du PS marseillais mis en examen pour association de malfaiteurs. On n’arrête pas le progrès. Finies les affaires politico- financières. Place à l’argent sale. Une accusation difficilement défendable. Plus qu’un boulet, Jean-Noël Guérini est devenu le camarade « malfaiteur » dont plus personne ne veut entendre parler rue de Solférino. Il fallait entendre les réactions des candidats à la primaire. Martine Aubry « ne connaît rien à l’affaire » ; François Hollande ne se souvient pas avoir été accueilli à Marseille par Guérini. Même amnésie chez Ségolène Royal, habituellement si prompte à dénoncer « ce régime glauque et corrompu ». Seul Arnaud Montebourg échappe à cette hypocrisie générale puisqu’il est le seul socialiste à avoir dénoncé le « système Guérini ». Continue reading