La quadrature du centre

Par Robert Namias

Après Hervé Morin, François Bayrou annonce à son tour sa candidature. Le président du MoDem fait le pari d’atteindre au minimum son score de 2007, voire de l’augmenter pour être présent au deuxième tour.

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François Bayrou. Le candidat du MoDem vise la deuxième marche du podium.

Le centre peut-il rester au centre ? Ni droite ni gauche, pour la troisième fois, François Bayrou se jette dans l’arène présidentielle en espérant faire plier l’un des deux camps pour se retrouver face à l’autre au deuxième tour. Près de 7 % en 2002, plus de 18 % en 2007, aucun pari n’est impossible. Mais celui-ci s’avère particulièrement ambitieux. Redoutable et pertinent dans le constat, le leader du MoDem doit encore convaincre sur un projet centriste difficile à cerner. Et c’est bien toute la difficulté des représentants du centre, qui ont du mal à résister à la cannibalisation de l’UMP ou du PS. Borloo a jeté l’éponge, d’autres affichent leur appartenance au camp du Président. Quant à Hervé Morin, ancien ministre qui revendique aujourd’hui son autonomie, il peine à convaincre.

Reste donc François Bayrou qui demeure aujourd’hui un incontournable de la bande des quatre (avec Sarkozy, Hollande et Marine Le Pen). Seule question : que fera-t-il si d’aventure il n’était pas en piste pour le 6 mai. C’est la quadrature du centre. Les atermoiements de François Bayrou entre les deux tours de 2007 l’ont durablement desservi depuis cinq ans. S’il veut continuer d’exister après l’élection, il devra choisir. Clairement cette fois. Avec l’assurance rassurante que sa peau vaudra très cher en termes de contenus présidentiels. Sarkozy et Hollande n’hésiteront pas à y mettre le prix.

Levée de rideau

Le candidat socialiste vu par Michèle Cotta

Sommet européen, plateaux de télévision pour Nicolas Sarkozy et les dirigeants de l’UMP, après le choix du candidat socialiste, la droite entend reprendre la main. De son côté François Hollande a estimé nécessaire une diète médiatique avant de plonger dans le grand bain des présidentielles.

François Hollande. Sur l'avant-dernière marche. Photo Fred Dufour / AFP

27 ans à peine, un mois après l’élection de François Mitterrand en 1981, il avait choisi de se présenter aux élections législatives. Et où cela ? En Corrèze, dans le département conquis, vingt ans auparavant, par Jacques Chirac, qui ambitionnait, à droite, la fonction suprême. Pourquoi le jeune Hollande, à qui un choix plus facile avait été proposé, avait-il voulu défier, sur son terrain, le plus expérimenté de ses adversaires ? Réponse simple, donnée à l’époque par François Hollande lui-même : si la victoire était moins assurée, le combat était plus glorieux. Continue reading

Après le premier tour de la primaire socialiste : Changement d’époque

Par Robert Namias

La forte participation au scrutin, l’effondrement de Ségolène Royal et la percée d’Arnaud Montebourg constituent de véritables marqueurs pour une société française en mutation. De droite ou de gauche, le vainqueur de 2012 devra en tenir compte.

Arnaud Montebourg. Un score symbolique. Photo Jean-Pierre Muller / AFP

Les éléments de langage décidés à l’Élysée et distillés sans grande conviction par certains dirigeants de l’UMP dimanche soir n’étaient guère crédibles. Décidément, l’idée que « plus c’est gros, plus ça passe » a semble-t-il encore de beaux jours devant elle. Étrange, tant cette attitude paraît aujourd’hui risquée. Minimiser le succès de la primaire socialiste et nier l’évidence politique ne sert pas la majorité, d’autant qu’elle pouvait trouver d’autres angles d’attaque (par exemple le possible virage à gauche évoqué dès le lendemain). Sur le principe même de la primaire, les dirigeants de l’UMP seraient bien inspirés de s’en tenir
aux propos prononcés la semaine dernière par François Fillon. Le Premier ministre, qui n’est ni sourd ni aveugle, avait bien compris avant même que l’on connaisse le résultat de ce scrutin que les primaires constituent désormais une avancée démocratique qui s’imposera à tous, à droite comme à gauche. Continue reading

Communicants : la dérive ?

Par Robert Namias

Longtemps discrets, les communicants ont envahi la scène médiatique avec l’affaire DSK. Au risque de décrédibiliser le message que les politiques souhaitent adresser à l’opinion. Beaucoup préconisent aujourd’hui un retour à la théorie de la rareté.

Photo Pierre Vauthey / Sygma Corbis

Si le grand air de la calomnie est toujours aussi populaire, l’ère de la communication fait à coup sûr partie des tubes du moment : communiquez, communiquez, il en restera toujours quelque chose ! C’est du moins ce qu’expliquent aux politiques ceux dont le métier est de définir pour les dirigeants, actuels ou futurs, une stratégie de valorisation des décisions prises et des projets envisagés. La communication politique n’est pas    d’aujourd’hui : Giscard déjà en avait fait une arme personnelle, Mitterrand s’est appuyé sur Jacques Pilhan, Chirac également.

Depuis, les communicants ont fait florès et sont très (trop ?) présents. Du coup beaucoup de Français s’interrogent aujourd’hui sur leur rôle. La frontière est ténue entre communication et manipulation. La première est nécessaire, la seconde en revanche peut constituer rapidement une dérive dangereuse qui transforme le discours en un scénario mensonger. Cette communication- manipulation, que l’on a spectaculairement vue à l’œuvre dans l’affaire DSK, ne peut que nuire à la crédibilité des poli- tiques, perçus comme des marionnettes actionnées par des professionnels du marketing. Certes, il ne s’agit pas de les soustraire aux codes qui permettent d’utiliser efficacement les différents canaux d’expression. Encore moins d’ignorer ce que les chercheurs en communication nous apprennent sur la manière la plus efficace d’adresser un message. Faut-il encore que la sincérité et le souci d’être vrai l’emportent sur le préfabriqué et la mise en scène. Aux communicants eux-mêmes de le rappeler à ceux qu’ils conseillent. On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre dit un dicton populaire. C’est plus vrai que jamais.

A lire les points de vue de Jean-Pierre Raffarin et de Bastien Millot sur les changements dans la communication politique.

Le désaveu

Par Michèle Cotta

Le Président. Il lui reste sept mois pour reconquérir l’opinion. Pascal Pavani / AFP

Sale temps, décidément, pour Nicolas Sarkozy. On s’attendait à une vague, c’est un tsunami historique : pour la première fois de l’histoire de la Ve République, la gauche est majoritaire au Sénat. Ce résultat n’est pas seulement mathématique, il est surtout politique. Mathématique : le succès sénatorial est évidemment la conséquence des nombreuses élections intermédiaires, municipales, cantonales, régionales que le pouvoir a perdues depuis 2007.

Pour autant le résultat de dimanche n’avait été prévu par personne : ni par la droite, ni par la gauche elle-même. C’est donc qu’il s’est passé quelque chose que la seule arithmétique n’explique pas, c’est à dire, n’en déplaise à Jean-François Copé, un véritable désaveu de la majorité : Nicolas Sarkozy est le premier président de la Ve République à perdre le Sénat. A sept mois de l’élection, ce n’est pas une péripétie, c’est un véritable bouleversement politique. Sans doute existe-t-il des raisons à cette défaite : la naissance des conseillers territoriaux, la mise au régime sec des finances locales ont créé un mécontentement que les grands électeurs ont renvoyé, dans leur vote d’hier, à la tête de la majorité. Les divisions et les dissidences au sein de la droite ont également accentué l’échec.

Que Gérard Larcher arrive ou pas à se faire réélire à la présidence au prix d’une ou deux défections fortement sollicitées, peu importe : le Sénat a basculé à un moment de grande fragilité du système Sarkozy et quelques jours seulement après le premier débat des primaire socialistes, considérées – au moins jusqu’à présent – comme une réussite par les français eux-mêmes. De politique, le scrutin de dimanche apparaît ainsi comme un succès symbolique : celui d’une possible victoire de la gauche en 2012, même si une élection présidentielle au suffrage universel n’a rien à voir avec une élection où votent les seuls grands électeurs.

Les deux candidats en tête des primaires, Martine Aubry et François Hollande, ont bien compris que cette victoire leur donnait une nouvelle responsabilité, celle de montrer une gauche unie face aux espoirs qu’elle suscite. A eux de ne pas ruiner, au cours des deux prochains débats des primaires, les chances qui viennent de leur être données.

A lire, les Cahiers de campagne de Michèle Cotta et l’article de Philippe Tesson.

La France très affairée !

Clearstream, Guérini, Karachi, la Françafrique et les mallettes de billets, les affaires n’en finissent pas de s’inviter dans la politique française. Plus grave, elles risquent de polluer durablement la campagne présidentielle.

Johanna Leguerre / AFP

Aux Etats-Unis aussi : drogue et frasques sexuelles, c’est la biographie non autorisée de Sarah Palin, candidate aux primaires du Parti Républicain, qui doit sortit dans quelques jours. Certains y verront la preuve que la France n’a pas l’apanage des boules puantes qui imprègnent systématiquement les campagnes électorales d’odeurs nauséabondes? A ceci près qu’aux Etats-Unis comme en Grande-Bretagne ou en Allemagne, les affaires ne traînent pas et que leurs auteurs sont vite placés sur le banc de touche. A ceci près également que cette fois, en France, ça n’est pas seulement quelques mauvaises odeurs, mais un véritable climat pestilentiel qui risque de polluer le débat de 2012. Notre pays aux racines latines et méditerranéennes a décidément beaucoup de mal à gérer ces affaires qui durent plus que de raison, comme si, se tenant par la barbichette, les politiques craignaient de couper les mauvaises herbes par peur d’un effet boomerang plus dévastateur encore. D’autant que les chevaliers pas vraiment blancs qui jettent des pavés dans la mare jouent allègrement avec des dénonciations calomnieuses beaucoup plus souvent dictées par l’amertume et les rancœurs que par le sens du bien public. Le pitoyable spectacle donné par la justice et la politique, tous partis confondus, depuis quelques mois augure mal de la future campagne électorale.

À moins qu’ayant touché le fond ou presque chacun se ressaisisse et que d’un mal sorte un bien. Et qu’enfin après avoir fait le ménage, les politiques acceptent de débattre des questions sur lesquelles, quoi qu’il arrive, les Français se prononceront au moment de la présidentielle : la situation économique de la France et le rôle qu’elle peut et doit jouer à l’international.

Le Sénat en rose ?

Une première sous la Ve République.

La couleur du futur président de la Haute Assemblée se jouera à quelques sièges. Pour la première fois depuis 1958, le vote des grands électeurs issus des collectivités locales pourrait faire basculer le Sénat à gauche.

Martin Bureau / AFP

Les prétendants socialistes au fauteuil de Gérard Larcher sont dans les starting-blocks. Le 1er octobre, l’un d’entre eux pourrait devenir le pre- mier président de gauche du Sénat. Un rêve politique, Noël avant l’heure pour la gauche ? Non, un simple calcul arithmétique : les sénateurs, renouvelés par moitié le 25 septembre, sont élus par les représentants des collectivités locales (conseillers régionaux, généraux, municipaux), dont la très grande majorité est aujourd’hui à dominante socialiste. L’affaire serait donc entendue. En fait les compétiteurs savent que la réalité n’est pas si simple. D’abord parce que la politique n’a rien à voir avec la logique mathématique, ensuite parce que l’incertitude des étiquettes, la multiplication des candidatures dissidentes troublent le jeu et rendent les pronostics bien incertains. Les tractations de coulisse au moment du vote pour le président sont monnaie courante au Sénat et cette élection n’échappera pas à la règle. Jusqu’au bout le résultat sera donc difficile à prévoir. Ce qui est sûr en revanche, c’est que le nom du futur président est attendu d’un côté avec une certaine impatience et de l’autre avec une vague inquiétude. Un Sénat à gauche, ça ne changerait pas grand-chose sur le plan institutionnel, mais à quelques mois de la présidentielle, ça aurait évidemment valeur de symbole et de quoi donner quelques ailes supplémentaires à la gauche. Cela dit, même si cette hypothèse constitue une perspective désagréable pour la majorité, Nicolas Sarkozy se consolera vite en constatant que cet épisode sénatorial ne risque guère de provoquer un tsunami. Tout juste une vaguelette !