Le retour à la croissance : une affaire de compétitivité

Par Axel de Tarlé
Pour l’éditorialiste d’Europe 1, c’est moins le coût du travail que l’innovation et l’intelligence créatrice qui sont en cause dans la compétitivité. Selon Axel de Tarlé, c’est l’excellence qui permettra aux entreprises françaises de redevenir concurrentielles. Airbus, Vuitton et quelques autres donnent l’exemple.

Nicolas Sarkozy avec le maire (PS) de Lyon, Gérard Collomb. En présentant ses vœux aux acteurs économiques et sociaux le 19 janvier à Lyon, le président de la République a souligné que la bataille de la compétitivité était pour lui essentielle. Photo Robert Pratta / AFP

La bataille de l’emploi a cédé sa place à la bataille de la compétitivité. Il ne s’agit plus de soutenir l’emploi à bout de bras, avec des contrats aidés. Il s’agit de faire revenir en France nos emplois, en redevenant compétitif. Nuance ! Et ça change tout. Au point d’entendre le patronat s’interroger sur la pertinence des réductions de charges sur tous les bas salaires. Les allégements de charges sur les bas salaires (inférieurs à 1,6 fois le Smic) ont coûté 22 milliards d’euros en 2010 aux caisses de l’État. « A quoi bon ? s’interroge tout haut l’un des représentants du patronat. Les groupes de BTP et la grande distribution profitent massivement de ces aides. Or ces emplois sont non délocalisables. On ferait mieux d’utiliser cet argent pour aider les secteurs exposés à la concurrence internationale. » On a changé de logiciel ! On le voit, il ne s’agit plus de défendre l’emploi, il s’agit de rendre la France plus compétitive pour en faire une « terre d’emploi » ! Continue reading

Afghanistan : tenir ou partir ?

Par François Clemenceau

L’Afghanistan s’est tragiquement invité dans la présidentielle. François Hollande a confirmé que, s’il était élu président, il accélérerait le retrait des troupes françaises. Nicolas Sarkozy, qui reçoit Hamid Karzaï vendredi, a évoqué cette possibilité après l’attentat qui a coûté la vie à quatre soldats français. Mais un retrait anticipé sera compliqué à organiser militairement et politiquement.

Gérard Longuet. Le ministre de la Défense se recueille devant les cercueils des quatre soldats français tués en Afghanistan le 20 janvier. Photo Joël Sage / AFP

Diplomates, militaires, politiques ont retourné le problème dans tous les sens, la question de la présence des forces françaises en Afghanistan relève de la quadrature du cercle. « Anticiper » ou « accélérer » le retrait de nos forces reviendrait en effet à bâcler la mission sur laquelle porte l’essentiel de nos priorités et de nos moyens : la formation des forces de sécurité afghanes. Les états-majors alliés se sont donnés jusqu’à fin 2014 pour pouvoir passer le témoin à l’Armée nationale afghane (ANA) ainsi qu’à la police et à la gendarmerie locales lorsqu’elles auront atteint un effectif d’au moins 225 000 hommes. Les autorités afghanes souhaitaient au départ qu’il soit porté à 400 000. L’an dernier, le chiffre a été revu à la baisse, aux alentours de 300 000, pour des raisons de calendrier et de budget, puis finalement à un peu plus de 200 000, car le temps presse. Continue reading

Une ville de confluences

Par Pierre de Vilno

Avec l’aide de nombreux architectes, dont les Suisses Herzog & de Meuron, le sénateur-maire de Lyon ouvre pour sa ville une période de grands travaux. Aménagements des rues, constructions d’immeubles, créations de musées, la capitale des Gaules va être redessinée pour organiser la confluence entre Saône et Rhône.

Panoramique du quai Rambaud en 2011. © THIERRY BAZIN

Innover d’abord, dupliquer ensuite. Voilà l’esprit de Gérard Collomb, sénateur-maire de Lyon et président du Grand Lyon, sur ce projet urbain pharaonique et diversifié, qui devrait s’achever à l’horizon 2025. Sans remonter aux Romains, qui, déjà, avaient établi des fortifications sur les collines qui surplombent le confluent au premier siècle avant J.-C., cela fait plus de deux cents ans que ce projet d’habilitation de la Confluence existe. Après une longue période de bagne, où cette rareté naturelle qu’est la jonction de deux fleuves majeurs avait été reléguée à l’industrie, aux prisons et aux abattoirs (à tel point qu’on l’appelait « derrière les voûtes de Perrache »), la Confluence va enfin devenir un vrai quartier. Mieux que cela : le projet va consister en un test grandeur nature de ce que pourraient devenir, dans un futur proche, toutes les grandes agglomérations. C’est la raison pour laquelle la Cité de l’architecture, à Paris, dans sa galerie d’actualité, propose de découvrir à quoi ressemble une « redéfinition de la ville ». Car, explique Francis Rambert, le commissaire de cette exposition et directeur de l’Institut français d’architecture, ce projet est une expérimentation, comme c’est le cas avec l’île de Nantes, Euroméditerranée à Marseille, le bassin à flots à Bordeaux ou encore la deuxième phase d’Euralille. « Dans les années 1960, dit Francis Rambert, le principe était la tabula rasa. Aujourd’hui, on aménage l’existant. » Continue reading

Les députés de gauche plus grincheux qu’enthousiastes

Aux Quatre Colonnes Par Nathalie Segaunes

Officiellement ils étaient tous favorables, mais dans les couloirs de l’Assemblée beaucoup de parlementaires socialistes ont eu parfois le sentiment d’être laissés au bord de la route. Démocratie d’opinion contre démocratie parlementaire ? Pour de nombreux députés PS, c’est un effet pervers des primaires sur lequel leur candidat devra réfléchir.

Dominique Raimbourg, député PS de Loire-Atlantique Photo Pierre Verdy / AFP

Cela ne s’est pas vu, mais le groupe SRC (Socialiste, radical, citoyen et divers gauche) de l’Assemblée nationale était divisé en six parts d’inégale importance depuis fin juin. Sur près de 200 députés, la majorité, une centaine (parmi lesquels Laurent Fabius, Élisabeth Guigou ou JeanChristophe Cambadélis), a soutenu Martine Aubry à la primaire citoyenne. « Un effet de fidélité à une bonne première secrétaire du Parti socialiste », décrypte Dominique Raimbourg (Loire-Atlantique), qui a soutenu François Hollande, deuxième au hit-parade avec quelque 90 députés (dont JeanMarc Ayrault, président du groupe, Michel Sapin et le strauss-kahnien Pierre Moscovici). Ségolène Royal a pu compter sur sept ou huit députés (dont Jean-Louis Bianco et Guillaume Garot), Arnaud Montebourg sur trois ou quatre (notamment Christiane Taubira), JeanMichel Baylet sur la dizaine de radicaux de gauche, et Manuel Valls… sur lui-même ! Continue reading

Cahiers de campagne – 6

Par Michèle Cotta

Lundi 10 octobre
Arnaud Montebourg en fait un peu trop. Certes, il a fait une percée inespérée à ce premier tour des primaires qu’il avait lui-même imaginées, et imposées à l’ensemble des éléphants socialistes. De là, du haut de ses 17 % de suffrages, à poser ses conditions aux deux « impétrants », comme il les appelle, sans crainte d’employer un mot inconnu pour une bonne partie de ceux à qui il s’adresse, il y a une marge.

Les amuseurs et autres commentateurs comiques ne s’y sont pas trompés : dès ce lundi matin, Nicolas Canteloup et Laurent Gerra ont repris, sur les antennes, en les brocardant, le vocabulaire précieux et les accents volontiers aristocratiques du député de Saôneet-Loire – qui aime à préciser qu’il n’y a pas de particule avant son nom.

 

Les primaires ? Ils n’étaient pas d’accord cette semaine. Photo Philippe Wojazer / AFP

Mardi 11 octobre
Est-ce l’influence des primaires ? Est-ce le sentiment que la place qui leur est faite, pas seulement dans les médias audiovisuels, mais dans la presse écrite, est-ce l’agacement ? En tout cas, le président de la République, resté muet jusqu’ici sur le scrutin, s’exprime alors qu’il est en déplacement dans la Creuse. Continue reading

Mal dans leur peau

Par Joël Genard

Les indicateurs de confiance sont au plus bas. Selon une étude TNS Sofres, de plus en plus de Français se sentent frustrés et se mettent à l’écart du système économique et politique.

Jamais les Français n’ont été aussi pessimistes… C’est le principal constat de l’étude TNS Sofres réalisée pour le compte de l’agence Australie. La photographie de l’état d’esprit de nos concitoyens est bien sombre. À 88 %, ils sont inquiets pour la situation économique de la France. À 76 %, ils le sont aussi pour leur situation personnelle, notamment en matière de niveau de vie et de pouvoir d’achat. « L’opinion décroche sur plusieurs sujets, comme si les Français étaient de plus en plus nombreux à vouloir se tenir à l’écart du système », estime Vincent Leclabart, patron de l’agence Australie et commanditaire de cette enquête. Continue reading

Tempête sur l’éolien en mer

De Noirmoutier au Tréport, les sites qui accueilleront les premiers parcs éoliens en mer à l’horizon 2015 suscitent des réactions contradictoires où l’on retrouve pêle-mêle des oppositions locales et des rivalités interrégionales. L’enjeu : la création de filières industrielles des énergies renouvelables.

Estelle Grelier. Présidente de la Communauté de communes de Fécamp et députée européenne. Photo Kenzo Tribouillard : AFP

Lancé cet été par le Gouvernement, le premier appel d’offres pour l’installation de 600 éoliennes en mer au large des côtes de la Manche et de l’Atlantique attise les convoitises. Il s’inscrit dans l’objectif fixé par le Grenelle de l’environnement, qui prévoit de consacrer 23 % de l’énergie consommée en 2020 aux ressources renouvelables. Sur les 25 000 mégawatts (MW) produits par l’éolien, 6 000 MW proviendront à terme de quelque 1 200 installations en mer. Celles-ci devraient assurer 3,5 % de l’électricité consommée en France. Aujourd’hui, l’éolien terrestre fournit moins de 2 % de la consommation française. « Au-delà de l’évolution du mix énergétique de la France, l’enjeu est de constituer une filière industrielle française et de conquérir une position de leader dans l’industrie des énergies éoliennes en mer. Plus de 10 000 emplois pourraient ainsi être créés à l’horizon 2020 », estime la ministre de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet. Continue reading

Tramway toulousain : c’est reparti

Photo Pascal Pavani / AFP

Principale source de discorde entre la majorité et l’opposition municipale, la prolongation du tramway de Toulouse a été validée par le Conseil d’État.

Pierre Cohen peut être « soulagé ». Le Conseil d’État vient d’annuler l’ordonnance rendue le 1er juin dernier par le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse, qui avait infligé un camouflet à la mairie socialiste de la ville en exigeant la suspension des travaux prévus pour la prolongation du tramway, à la demande de riverains et de commerçants.

Le chantier controversé devrait débuter fin décembre, précise le maire de Toulouse. Des travaux préalables de déviation des réseaux d’eau, d’électricité et de téléphonie ont déjà été réalisés. Continue reading

Élus : savoir plus pour décider mieux

Michèle Tabarot, députée UMP des Alpes-Maritimes et maire du Cannet

3 questions à Michèle Tabarot

Michèle Tabarot est la nouvelle présidente de l’Association nationale pour la démocratie locale (ANDL). Une structure en charge depuis 1983 de la formation et de l’information des élus territoriaux.

À quels enjeux répondent les formations dispensées aux élus ?
La complexité de la gestion d’une ville impose que les élus connaissent les principales règles en termes juridiques et financiers, en particulier pour pouvoir dialoguer utilement avec les techniciens et diriger leur action. Les élus veulent être efficaces dans leur gestion, ils veulent tenir leurs engagements et désirent aussi faire connaître leur action à la population. C’est un élément important de la démocratie locale. La manière de communiquer a connu une évolution considérable ces dernières années. Les élus locaux se disent aussi parfois préoccupés par les changements qui peuvent intervenir. Nous le voyons par exemple avec la réforme de l’intercommunalité, autour de laquelle il faut faire œuvre de beaucoup de pédagogie. Continue reading

Gaz de schiste : la cacophonie mondiale

Enquête de Jean-Louis Caffier

La décision française d’interdire l’exploitation du gaz de schiste n’a pas fait beaucoup d’émules. Si la Commission européenne s’est emparée du dossier, la plupart des États n’entendent pas prendre une position commune.

Connie Hedegaard, commissaire européenne à l’Action pour le climat. Contrairement à la France, elle ne souhaite pas dire non d’emblée à la fracturation hydraulique. Photo Georges Gobet / AFP

En Europe, la thématique environnementale n’a été abordée qu’a priori. Il faudra attendre les premières campagnes d’exploration pour mesurer en grandeur nature les risques liés à l’exploitation et le degré d’acceptation des populations. Seuls les Polonais sont pour le moment très majoritairement favorables à l’exploitation des schistes. Mais il est vrai que la Pologne est un pays déjà très lié au charbon, qui lui fournit 90 % de son électricité. C’est une sorte de paradoxe environnemental : si la Pologne remplaçait une partie de son charbon par du gaz, ce serait un bien moindre mal pour le climat. Cette préoccupation émerge d’ailleurs au plus haut niveau européen. La commissaire à l’Action pour le climat, Connie Hedegaard, a confirmé cette ambiguïté en déclarant à propos de la fracturation qu’il ne fallait « pas dire non d’emblée à une technologie ». (Précisons cependant que cette commissaire est Danoise, et que le Danemark se lance résolument dans l’exploration des gaz de schistes !) De son côté, le commissaire à l’Énergie, Günther Oettinger, appuie sur le frein en insistant sur l’impératif de très hautes exigences concernant l’environnement et la sécurité. Continue reading