L’impact négatif de l’exploitation du gaz de schiste : la preuve par l’expertise

La députée européenne Sandrine Bélier, membre d’Europe Écologie-Les Verts, affirme que de nombreuses études ont déjà fait la preuve des conséquences négatives sur l’environnement que pourrait avoir l’extraction du gaz de schiste.

 

Photo François Nascimbeni / AFP

Une interdiction européenne de la fracturation hydraulique est-elle envisageable ?
Théoriquement oui, mais il faut être réaliste sur le rapport de force actuel : on ne peut pas espérer un texte qui interdirait l’exploration ou l’exploitation, et même si cela se fait avec la fracturation hydraulique. Au-delà, le problème est double : d’abord, il existe un vide juridique absolu dans l’Union. Il n’y a pas de cadre européen pour l’exploitation minière. Ensuite, les schistes sont nouveaux dans le paysage et l’Europe n’a rien vu venir, rien anticipé. Aucun texte ne fait référence à la fracturation !

Cela signifie que vous ne pouvez rien faire ?
Pas tout à fait. L’angle français est de dire que l’on peut s’appuyer sur des études scientifiques pour prouver que la fracturation est incompatible avec la préservation des sols et de l’eau. Or, il existe dans ces deux domaines des directives européennes très précises, même si elles ne sont pas toujours respectées – comme en Bretagne par exemple, avec les nitrates et les algues vertes. Ces directives peuvent nous donner un angle d’attaque. Nous disposons de tout un paquet de textes disponibles, comme Natura 2000 sur les paysages. Ils n’avaient pas été conçus pour la fracturation mais nous pouvons très bien nous en servir. Continue reading

France-Allemagne, le grand écart

Par Axel de Tarlé

Français et Allemands multiplient les sommets et pourtant le fossé n’a jamais été aussi grand des deux côtés du Rhin. Les économies divergent et les Allemands s’agacent de plus en plus ouvertement des faiblesses françaises. Un axe rouillé pour une politique peu commune.

Photo Eric Feferberg / AFP

Nicolas Sarkozy s’est-il rendu à Berlin le dimanche 9 octobre pour prendre le thé ou boire une bière ? On pourrait le croire au vu du résultat pitoyable de ce sommet franco-allemand. Alors même qu’on s’interroge sur l’avenir de la monnaie unique, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont décidé… de ne rien décider avant plusieurs semaines ! Il y a le feu dans la maison Europe, mais on a le temps d’attendre ! Continue reading

Les orphelins du centre

Aux Quatre Colonnes, Par Anita Hausser

Bousculés par la Droite populaire, qui fait campagne dans les couloirs de l’Assemblée, les députés centristes donnaient le sentiment la semaine dernière de ne plus savoir à quelle famille se vouer. Les amis d’Éric Ciotti d’un côté et ceux de Pierre Méhaignerie ou de Jean-Pierre Raffarin de l’autre débattent à coups de fleurets de moins en moins mouchetés.

Jean-Paul Garraud. Leader de la Droite populaire, il occupe l’espace médiatique avec ses 41 collègues qui appartiennent à ce courant de l’UMP. Photo Martin Bureau / AFP

Entre stupeur et déception chez les uns, soulagement et espoir voire jubilation chez les autres, la défection de Jean-Louis Borloo a provoqué une onde de choc. Derrière les commentaires assez mesurés, on s’agite et on cogite beaucoup à droite et au centre. À l’Assemblée, les plus proches soutiens de l’ex-futur candidat, le député de Meurthe-et-Moselle Laurent Hénart et le député Nouveau Centre de Seine-Saint-Denis Jean-Christophe Lagarde ont séché leurs larmes et réfléchissent à l’avenir. En effet qu’adviendra-t-il de l’ARES (Alliance républicaine, écologiste et sociale), lancée par Borloo et Hervé Morin au printemps dernier, qui regroupe le Nouveau Centre, la Gauche moderne, le Parti radical et la Convention démocrate (créé par Hervé de Charette). C’est autour de l’ARES que devait se constituer le futur groupe centriste de l’Assemblée. Mais pour l’instant l’ARES est une coquille vide, aucun député n’ayant voulu franchir le pas avant 2012. Tout reste ouvert pour l’année prochaine. Mais aujourd’hui certains voient plus large et rêvent d’un futur groupe où se retrouveraient aussi les centristes de sensibilité démocrate chrétienne qui avaient rejoint l’UMP sous la houlette de Pierre Méhaignerie, voire François Bayrou, autrement dit un groupe qui aurait les contours de l’ancienne UDF. Pour l’heure Pierre Méhaignerie se contente de répondre qu’il faut travailler avec toutes les sensibilités. Il a souvent rué dans les brancards contre le Gouvernement et quand ses amis le pressaient de quitter l’UMP trop droitisée à leur goût il ne manquait pas de rappeler que les députés ont conclu « un contrat de législature ». Or ce contrat est renouvelable en juin prochain. Avec la petite trentaine de députés centristes de l’UMP il a, au printemps dernier, joint ses voix à celles du Nouveau Centre et de la gauche, empêchant ainsi le vote de la déchéance de nationalité pour les assassins de policiers. Un geste fort. Suffisamment pour être structurant ? Pas sûr. Continue reading

Cahiers de campagne – 5

Par Michèle Cotta

Mardi 4 octobre

Les déçus de Borloo. Photo Gérard Cercles / AFP

Sondage BVA pour le Nouvel Observateur qui paraîtra le lendemain : si le choix leur était offert entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, 48 % des sympathisants de la droite et du Modem choisiraient Alain Juppé plutôt que Nicolas Sarkozy. Si, parmi les adhérents de l’UMP, le président de la République devance son ministre des Affaires étrangères, il n’en est pas de même parmi les centristes, qui affichent leurs préférences pour Alain Juppé. Continue reading

Des délinquants chez les militaires : ça grince et ça coince

L’Assemblée nationale se prononce cette semaine sur la proposition de loi du député UMP Éric Ciotti instaurant une forme d’encadrement militaire pour les mineurs délinquants. Le Sénat, nouvellement à gauche, devrait s’opposer à ce texte.

Michel Mercier. Le garde des Sceaux soutient la proposition Ciotti. Photo Cyril Folliot / AFP

Soutenu par le président Sarkozy, qui avait approuvé l’idée, mi-septembre, lors de son discours de Réau sur l’application des peines, le texte prévoit l’encadrement des mineurs délinquants de 16 à 18 ans au sein d’un « service citoyen ». Financé par les taxes perçues sur le tabac, ce programme vise selon son auteur à « réinculquer des principes de vie en société tels que le respect de l’autre, de la collectivité, mais aussi le respect de soi et le goût du travail grâce à une discipline stricte mais valorisante, inspirée de la rigueur militaire. » Le dispositif, qui doit créer dans un premier temps 220 places d’accueil pour une durée de six à douze mois, semble avoir bénéficié de toute l’attention de l’Élysée et de l’UMP. Continue reading

Concilier rigueur économique et intégration sociale

La crise s’est invitée dans l’économie des collectivités locales. Les maires des grandes villes de France, réunis à Paris fin septembre, ont tenté de trouver des politiques qui concilient la rigueur économique et une politique sociale dynamique.

Photo Jean Ayissi / AFP

Après avoir misé sur la rénovation urbaine, à grand renfort de tramways et de quartiers remodelés faisant la part belle aux bourgeois bohèmes adeptes de Vélib’ et de voitures électriques, les maires des grandes villes de France doivent faire face au défi de la cohésion sociale. Un enjeu majeur à l’heure où la crise noircit le moral des Français – la dernière enquête TNS-Sofres fait ainsi apparaître que deux tiers des sondés redoutent le chômage, 76 % souhaitant de nouvelles réponses pour une réforme de la société – et creuse un peu plus les inégalités. Pour Jean-Paul Delevoye, président du Conseil économique, social et environnemental : « La société moderne a une soif de liberté individuelle qui pose des problèmes de vie collective, d’instabilité et de précarité. » Face au conflit transgénérationnel, au problème identitaire et de basculement culturel qui se dessinent, « les politiques doivent responsabiliser les citoyens, éveiller les consciences et innover au plan local, au risque de créer des phénomènes d’exclusion ». Continue reading

Les HLM face au désengagement de l’État

Thierry Repentin, président de l’Union sociale pour l’habitat (USH), réunie en congrès à Bordeaux, dénonce les choix budgétaires de l’État. Et reproche au Gouvernement de ne pas apporter les bonnes réponses face à l’explosion des besoins sociaux en matière de logement.

Thierry Repentin. Le sénateur socialiste préside l’Union sociale pour l’habitat. Il s’inquiète de l’appauvrissement des locataires, qui provoque de nombreux défauts de paiement. Photo Jean-Pierre Muller / AFP

Avec 1 200 000 ménages en attente d’un logement social, « Les moments difficiles sont plutôt devant nous en raison de la baisse prévue des subventions et des financements de l’État, du 1 % logement et des collectivités locales », prédit Thierry Repentin, président de l’Union sociale pour l’habitat (USH), qui chapeaute les organismes HLM, représentant 10 millions de personnes logées. « Les locataires sont de plus en plus pauvres, les situations d’impayés se développent, le logement social subit la crise de plein fouet », rappelle encore Thierry Repentin. Continue reading

Les dommages collatéraux de la crise en Europe : des sans-abri par millions

Par Joël Génard

Depuis deux ans, le nombre des sans-abri a augmenté de manière spectaculaire parmi les pays les plus touchés par la crise : la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Italie et même le Royaume-Uni. Dans ces pays, ceux qui n’ont plus de toit sont en augmentation de 15 à 50 %. Deux députées européennes ont fait adopter par le parlement de Strasbourg une résolution qui demande à la Commission de prendre des initiatives pour contraindre les États membres à lutter contre ce fléau.

Pervenche Berès, députée socialiste au Parlement européen. Photo Lluis Gene / AFP

« Être sans-abri est la pire forme d’exclusion sociale » pour la socialiste Pervenche Berès. « Il est temps que les gouvernements prennent leurs responsabilités. Notre premier devoir est de protéger les plus vulnérables », selon la verte Karima Delli. Les deux Françaises ont préparé la résolution du Parlement qui vient d’être adoptée.

Si le terme de « sans-abri » évoque des exclus de la société dormant sous des tentes ou sur des cartons, cette image ne recouvre en fait qu’une petite partie de la réalité. De plus en plus de personnes en Europe sont touchées par la précarité : une perte d’emploi, une baisse de revenus conséquente à la crise peuvent avoir des effets dramatiques. Il est alors difficile de trouver un toit – un phénomène renforcé par la flambée des prix du logement. Continue reading

Pas de larmes pour les SDF, des solutions concrètes

3 questions à Karima Delli, par Joel Génard

Photo Miguel Medina / AFP

Vous vous êtes engagée avec Pervenche Berès dans ce combat contre la précarité. Avez-vous le sentiment qu’un pas a été franchi avec cette résolution votée ?

C’est une avancée importante et il faut absolument régler ce problème d’ici 2015. Il fallait cette résolution et, dans la commission des affaires sociales et de l’emploi, j’ai réussi à faire adopter un texte débattu ensuite en plénière. Il faut savoir que l’estimation minimum des sans-abri en Europe est de 3 millions de personnes. Mais c’est sans doute beaucoup plus. Des millions de personnes vivent aussi dans des situations difficiles, voire précaires. L’absence de chez-soi est une violation grave des droits. Mais la forme la plus visible et criante du mal-logement est celle des sans-abri. Il faut lutter contre le scandale de l’inaction des gou- vernements sur ces problématiques. Continue reading

Nostalgie ou avant-garde ? Une Europe à quelques-uns… ce serait tellement mieux

Par Axel de Tarlé

Le Grand Rendez-vous Europe 1 – iTélé – Le Parisien, 2 octobre : François Hollande fait une proposition curieusement passée inaperçue. Il préconise la constitution d’un noyau central au sein de l’Europe des 27. En quelque sorte, une Europe à deux vitesses. Et un vrai débat pour la présidentielle.

François Hollande. Le responsable socialiste prône la création d’une « Europe d’avant-garde ». Photo Thomas Samson / AFP

La petite phrase de François Hollande est passée totalement inaperçue, et pourtant c’est une bombe ! Invité du Grand Rendez-vous d’Europe 1, le candidat socialiste, en tête dans les sondages, a expliqué qu’il fallait qu’un « petit nombre de pays, au sein des vingt-sept, puissent se constituer en noyau central ». François Hollande prône la création d’une « Europe d’avant- garde ». Car la crise grecque montre l’échec de l’Europe « monolithique », où un seul pays, comme la Finlande ou la Slovaquie, peut bloquer toute décision, quitte à plonger le Vieux Continent dans le chaos. Cette Europe-là, plus personne n’en veut, à commencer par les Allemands. Dans une interview aux Échos, le député libéral Frank Schäffler lance sans détour : « C’est une erreur fondamentale que l’Allemagne soit représentée au sein du Conseil (de la Banque centrale européenne) de la même façon que Malte. » Le directeur de l’institut économique Ifo, à Munich, Hans- Werner Sinn, enfonce le clou : « Des pays comme Malte ou Chypre ont autant à dire que la France ou l’Allemagne. C’est intolérable. Nous nous dirigeons vers un conflit d’importance au sein de la zone euro. » Continue reading