Le retour à la croissance : une affaire de compétitivité

Par Axel de Tarlé
Pour l’éditorialiste d’Europe 1, c’est moins le coût du travail que l’innovation et l’intelligence créatrice qui sont en cause dans la compétitivité. Selon Axel de Tarlé, c’est l’excellence qui permettra aux entreprises françaises de redevenir concurrentielles. Airbus, Vuitton et quelques autres donnent l’exemple.

Nicolas Sarkozy avec le maire (PS) de Lyon, Gérard Collomb. En présentant ses vœux aux acteurs économiques et sociaux le 19 janvier à Lyon, le président de la République a souligné que la bataille de la compétitivité était pour lui essentielle. Photo Robert Pratta / AFP

La bataille de l’emploi a cédé sa place à la bataille de la compétitivité. Il ne s’agit plus de soutenir l’emploi à bout de bras, avec des contrats aidés. Il s’agit de faire revenir en France nos emplois, en redevenant compétitif. Nuance ! Et ça change tout. Au point d’entendre le patronat s’interroger sur la pertinence des réductions de charges sur tous les bas salaires. Les allégements de charges sur les bas salaires (inférieurs à 1,6 fois le Smic) ont coûté 22 milliards d’euros en 2010 aux caisses de l’État. « A quoi bon ? s’interroge tout haut l’un des représentants du patronat. Les groupes de BTP et la grande distribution profitent massivement de ces aides. Or ces emplois sont non délocalisables. On ferait mieux d’utiliser cet argent pour aider les secteurs exposés à la concurrence internationale. » On a changé de logiciel ! On le voit, il ne s’agit plus de défendre l’emploi, il s’agit de rendre la France plus compétitive pour en faire une « terre d’emploi » ! Continue reading

Avec les réseaux sociaux une veille à visage humain

Par Manuel Singeot

zuckerberg-lhemicycle

Mark Zuckerberg présente Facebook 8. Un exemple de réseau social qui peut être utilisé à des fins de veille industrielle. Photo Justin Sullivan / AFP

L’intelligence économique, autre nom de la veille, est une activité ancienne et stratégique pour les entreprises. Avec les réseaux sociaux, ce secteur d’activité a pris une nouvelle ampleur.

La veille n’est pas l’espionnage. Cette surveillance de son secteur d’activité s’est toujours fondée sur les données publiques : études statistiques publiées par les grands instituts publics et privés, comptes et résultats des concurrents, état des marchés nationaux et internationaux, ces indicateurs n’ont rien de confidentiel et les entreprises de veille n’ont rien à voir avec des officines plus ou moins légales. Mais Internet constitue un très vaste fonds documentaire et les réseaux sociaux ont permis l’émergence de données autrefois inaccessibles. Continue reading

Levée de rideau

Le candidat socialiste vu par Michèle Cotta

Sommet européen, plateaux de télévision pour Nicolas Sarkozy et les dirigeants de l’UMP, après le choix du candidat socialiste, la droite entend reprendre la main. De son côté François Hollande a estimé nécessaire une diète médiatique avant de plonger dans le grand bain des présidentielles.

François Hollande. Sur l'avant-dernière marche. Photo Fred Dufour / AFP

27 ans à peine, un mois après l’élection de François Mitterrand en 1981, il avait choisi de se présenter aux élections législatives. Et où cela ? En Corrèze, dans le département conquis, vingt ans auparavant, par Jacques Chirac, qui ambitionnait, à droite, la fonction suprême. Pourquoi le jeune Hollande, à qui un choix plus facile avait été proposé, avait-il voulu défier, sur son terrain, le plus expérimenté de ses adversaires ? Réponse simple, donnée à l’époque par François Hollande lui-même : si la victoire était moins assurée, le combat était plus glorieux. Continue reading

Boutin : « Jamais je ne renoncerai »

La présidente du Parti chrétien-démocrate candidate à la présidentielle de 2012 répond au questionnaire de l’Hémicycle. L’ancienne ministre du Logement a du caractère. Et des convictions qui, parfois, décoiffent.

 

Photo Thomas Samson / AFP

Quel événement vous a décidée à faire de la politique ?
L’élection de François Mitterrand en 1981, pas forcément pour les bonnes raisons d’ailleurs : j’imaginais que les chars russes allaient débarquer en France. On ne savait pas encore, à l’époque, que Mitterrand était un homme de droite !

La réforme que vous rêvez de voir adoptée ?
L’instauration d’un revenu de base en lieu et place de la myriade d’allocations sociales existantes. Cette profonde simplification permettrait, sans aucune charge supplémentaire pour le budget de l’État, de donner à tous un revenu de base de 400 euros pour les adultes et de 200 euros pour les moins de 18 ans. Cette réforme permettrait d’en finir avec un système de solidarité illisible et coûteux, de créer une solidarité qui favorise le dynamisme et la responsabilité, de donner à chacun un atout pour ne pas tomber dans la misère et être reconnu dans sa participation spécifique à la richesse nationale. Continue reading

Dati : Walesa et moi

Par Éric Fottorino

Elle était ado. Il était son héros insoupçonné. Celui qu’elle voyait le soir à la télévision dans les années 1980 et qui portait sur le visage le masque de l’héroïsme modeste. Pour la jeune Rachida, il était l’un des siens, celui qui ressemblait à son père.

Photo Abdelhak Senna / AFP

Elle reçoit dans sa mairie du 7e arrondissement aux façades orangées par l’été indien. En l’attendant, on a pu lire à même le marbre les noms des déportés du quartier pendant la Seconde Guerre mondiale. Est gravé le nom de Robert Antelme, l’époux de Marguerite Duras, qui rentra mort-vivant de Dachau et réchappa in extremis du typhus. Il pourrait avoir inspiré l’ancienne garde des Sceaux, elle qui dit aimer « les personnes avec des vies denses, qui manifestent une détermination dans leur art ou dans leur action ; qui vont jusqu’au bout ». Nul doute qu’elle ne récuserait pas l’auteur de L’Espèce humaine, un des livres les plus poignants écrit sur la vie dans les camps. Mais Rachida Dati joue franco. Elle ne va pas vous envoyer à la figure un penseur ronflant, un idéologue avec des références longues comme le bras. Elle n’est pas venue en politique par et pour les grandes théories, mais à seule fin d’agir dans l’espace public. «À 15 ans, à 20 ans, à 35 ans ou maintenant, je me suis toujours émerveillée et je m’émerveille encore. Je ne suis jamais grisée, ni blasée, ni cynique. » Elle avoue sans détour n’avoir pas la politique « chevillée au corps ». Ce qui la fascine, ce sont les destins qui sont allés « à l’encontre du déterminisme ». L’objet de ses admirations ne pouvait qu’illustrer cette capacité forcenée à s’opposer. C’est pourquoi on n’est guère surpris d’apprendre qu’adolescente, collégienne en Saône-et-Loire, Rachida Dati vibrait pour Lech Walesa, le cofondateur du syndicat Solidarnosc, qui changea la donne du communisme en Pologne et bien au-delà, dont le verbe et le courage secouèrent comme jamais ce qu’on appelait le glacis soviétique. Continue reading