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Politiques

23 septembre 2011

Chaud et venteux !

Le climat politique vu par Brice Teinturier
Une remontée de popularité de Nicolas Sarkozy stoppée net cet été et des primaires socialistes qui pour l’instant intéressent peu les électeurs, c’est le constat du directeur général d’Ipsos, qui mesure jour après jour une opinion de plus en plus déboussolée. Entre révolte et résignation, les Français balancent. L’été devait être beau. Il fut humide. La croissance devait progressivement revenir. Nous eûmes un krach boursier en août et un plan de mesures d’économies pour la rentrée. Les Français broient du noir ? Mais depuis tellement longtemps ! Tout change, rien ne change ? Non, la plaque tectonique des mentalités continue de se fabriquer et cette rentrée 2011 le signifie plus que les précédentes. Crise d'identité À droite en effet, la remontée de Nicolas Sarkozy, ténue mais perceptible au début de l’été, semble s’être cassée sur le plan de mesures arrêté par le Gouvernement. Mais on aurait tort de penser qu’il ne s’agit que d’un effet « plan de mesures ». Car la majorité est en réalité au cœur d’une crise d’identité extrêmement profonde, que ce plan, en dehors de ses effets dans l’opinion, vient surtout matérialiser. En 2007, la victoire de Nicolas Sarkozy est, entre autres raisons, la victoire d’une idéologie particulièrement cohérente – et donc forte : la revalorisation du travail, l’exaltation des valeurs individuelles, du mérite et de la responsabilité, l’éloge de la réussite, tout cela sous l’égide de l’autorité, d’une réaffirmation de l’ordre et de la nécessaire mise au ban de la pensée de mai 68, forment un socle cohérent et sont articulés à des mesures précises qui le renforcent encore : défiscalisation des heures supplémentaires, bouclier fiscal, etc. Plus de travail, plus de croissance et moins de dépenses publiques doivent ainsi permettre de maintenir, et à terme de baisser, les prélèvements obligatoires. Or, c’est ce schéma qui s’est, dès 2008, brisé sur la crise. On ne le voyait pas trop, le Président s’étant gardé de théoriser une inflexion, comme l’avait fait François Mitterrand ou Jacques Chirac en leur temps, et ayant gardé les principaux marqueurs de 2007. Avec le ralentissement de la croissance et leur reconsidération, c’est maintenant une évidence. Ce qui manque le plus à la majorité, c’est maintenant une ligne claire : elle ne peut prétendre pouvoir à la fois baisser la dépense publique pour limiter les déficits et rassurer les marchés sans augmenter les prélèvements tout en maintenant qu’elle n’a pas fondamentalement changé de braquet. Sociologie contre idéologie Les récents débats qui agitent la majorité sur la fiscalité sont révélateurs de la profondeur des divergences et Jean-François Copé a pour le coup parfaitement raison d’évoquer des débats « de fond » internes à la majorité et pas ou pas seulement de personnes. À cela s’ajoute le fait que les personnes âgées, au cœur de l’électorat de la majorité, ont des demandes particulièrement onéreuses... et difficiles à satisfaire dans la période : elles veulent davantage de sécurité et qu’on les rassure sur l’avenir du système de santé. Cela passe en général par plus de dépense publique ou une augmentation des prélèvements. La sociologie colle ainsi de moins en moins à l’idéologie. La majorité est donc toujours concurrencée par une extrême droite à un niveau élevé – Marine Le Pen résiste bien dans la zone des 18 à 19% d’intentions de vote – et par une sensibilité de centre droit toujours présente, mais elle est en plus traversée par des tensions, voire des contradictions internes qui sont aujourd’hui de plus en plus visibles et que les Français ressentent, notamment sur le cap à venir et ce qui les attend demain. C’est ce qu’a révélé la rentrée. C’est aussi, et c’est une première, ce qu’il faut lire en creux dans les résultats d’un sondage Ipsos – Logica Business Consulting qui, pour la première fois, indique que les Français font davantage confiance à Martine Aubry ou François Hollande pour lutter contre la dette et les déficits qu’à Nicolas Sarkozy. Avantage à François Hollande De l’autre côté de l’échiquier politique, la rentrée se fait sous l’égide des primaires socialistes. Ce nouveau mécanisme de désignation du candidat, ajouté à la crise économique, pénalise les autres formations politiques, qui dans ce contexte sont (provisoirement) difficilement audibles. François Hollande a clairement l’avantage mais rien n’est définitivement joué tant la fluidité est grande au sein d’un vote intrapartisan, y compris la configuration finale du second tour. Il est en revanche intéressant de mesurer que son avantage est le fruit de trois éléments : en ayant préempté la question des déficits et de la dette bien avant Martine Aubry et mis l’accent sur la réforme fiscale, le candidat Hollande s’est construit une crédibilité plus forte ; en jouant la carte du rassemblement, il renforce cette dimension « présidentielle » et donne des gages à l’électorat des primaires pour l’après-primaires, en même temps qu’il envoie un signal à l’ensemble des Français. Enfin, et c’est à l’évidence une performance, il donne le sentiment d’être plus nouveau ou neuf que ses concurrents ! Ces trois points et surtout les deux premiers font qu’il est considéré comme le candidat socialiste le plus sûr pour l’emporter contre Nicolas Sarkozy en 2012, ce qui le renforce à nouveau dans l’électorat des primaires. Une rentrée maussade En cette rentrée 2011, on pourrait donc conclure : une droite en difficulté, une gauche qui a le vent dans les voiles ? Rien de moins sûr ! D’abord, il faudrait que la désignation du candidat socialiste se fasse dans de bonnes conditions et nous ne sommes qu’au début de la campagne. Ensuite, les primaires passionnent les journalistes et le milieu politique... et n’intéressent qu’une minorité de Français ! Dans la communauté d’internautes qu’a montée Ipsos, c’est un sujet qui n’est jamais spontanément abordé et qui suscite plus d’ennui que d’intérêt quand on relance sur ce qui se passe à gauche. Pour les Français, la rentrée est donc maussade : l’avenir reste gris et plus incertain que jamais, la majorité est en difficulté et l’opposition n’incarne pas, ou pas encore, d’espérance. Où va le navire ?

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