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Monde

8 février 2017

Comment les démocrates vont résister à Trump

Le Président américain qui vient d’entamer son mandat n’a pas été élu par le vote populaire et sa majorité au Congrès devra faire preuve de discipline pour tenir bon face à une opposition démocrate qui n’entend pas rester passive.

 

Victorieux au sein du Collège électoral mais avec près de trois millions de voix de moins qu’Hillary Clinton et un taux de participation à l’élection présidentielle de 55 %, le président Trump arrive dans le Bureau Ovale avec un taux de popularité négatif, une première depuis 1945. C’est dans cette absence d’état de grâce et sur ce socle que la fronde anti-Trump va essayer de capitaliser au plus vite.

Au Congrès

Le rapport de forces est défavorable aux démocrates à la Chambre des représentants bien qu’ils aient repris six districts aux républicains. Mais avec 47 sièges de moins, difficile d’envisager un autre rôle que celui d’une opposition classique. Pour prévenir toute tentative d’obstruction, le chef de la majorité républicaine, le speaker Paul Ryan, a fait adopter un règlement des débats plus sévère. Il reste malgré tout une marge de manœuvre possible pour la patronne de la minorité démocrate, l’indéboulonnable Nancy Pelosi. L’idée, comme au Sénat, est de miser sur une collaboration possible, au cas par cas, avec certains des élus républicains les plus récalcitrants vis-à-vis du programme de la présidence Trump. On pourrait en avoir un aperçu lors de la bataille à venir sur le démantèlement de l’Obamacare, la réforme de l’assurance-santé qui a permis de faire bénéficier près de 20 millions d’Américains d’une couverture sociale en cas de maladie.

Dans son rôle de première opposante, Nancy Pelosi devra malgré tout veiller à maintenir la cohésion de la minorité démocrate. La campagne des primaires puis la défaite d’Hillary Clinton ont en effet créé un fossé entre les partisans de l’ancienne Secrétaire d’État et ceux de Bernie Sanders. Ces derniers sont regroupés dans un « Progressive caucus » de quelque 70 élus, co-présidé par le représentant du Minnesota Keith Ellison, lui-même candidat au poste de président du Parti démocrate (DNC) dont le scrutin aura lieu le 23 février. S’il l’emporte, la tâche de Nancy Pelosi pourrait s’avérer compliquée, car un Parti démocrate orienté plus à gauche pourrait faire les affaires du Parti républicain sous prétexte que l’opposition n’offre guère d’alternative ni de possibilité de coopérer sur une base bipartisane.

Au Sénat, il en va autrement. D’abord parce que le contrôle des républicains est plus étroit qu’à la Chambre. Avec 52 sénateurs de droite contre 46 démocrates et deux élus indépendants qui leur sont généralement ralliés, le chef de la majorité républicaine,
Mitch McConnell, va devoir surveiller de près ses pairs républicains capables de s’abstenir ou de voter avec les démocrates sur les projets les plus conservateurs de l’administration Trump. Le chef de la minorité démocrate, le sénateur de New York Chuck Schumer, a d’ores et déjà fixé une ligne de conduite à son groupe : opposition totale sauf exception. Selon lui, il ne serait pas totalement aberrant de voter en faveur du vaste plan de relance de l’économie que Donald Trump veut mettre en œuvre, notamment à travers la reconstruction et le développement des infrastructures. Non seulement cela permettrait à cette initiative plutôt rooseveltienne d’être renforcée, mais cela illustrerait la bonne volonté des démocrates tout en enfonçant un coin au sein de la droite entre les élus « fiscalement conservateurs » et les suivistes d’une ligne Trump plus dépensière.

Mais l’objectif global des élus démocrates et du Parti est de démarrer au plus tôt la campagne des élections de mi-mandat prévue en novembre 2018. Si un renversement de tendance à la Chambre paraît très difficile, bien que tout dépende de la façon dont Donald Trump gouvernera le pays d’ici-là, il n’est pas impossible que les démocrates puissent poursuivre leur reconquête au Sénat. Selon une enquête réalisée dans 14 États-clefs par le sondeur Geoff Garin pour le Center for American Progress, une forte majorité d’Américains (près de 60 %) souhaitent que les sénateurs démocrates forment un contre-pouvoir face à Donald Trump. Deux dossiers seront suivis attentivement par l’électorat dans ces États : la lutte contre la corruption et la relation avec la Russie alors que 65 % des électeurs, selon cette étude, pensent que le régime de Vladimir Poutine « représente une menace pour la sécurité nationale et les intérêts des États-Unis dans le monde ».

Dans les villes et les États

Avec pas loin de 60 millions d’habitants, la Californie et l’État de New York sont depuis les années 1990 de solides bastions démocrates. Dotés chacun d’un gouverneur démocrate (Jerry Brown et Andrew Cuomo), de plusieurs maires de grandes métropoles très populaires (Eric Garcetti à Los Angeles et Bill de Blasio à New York), il n’est pas très étonnant que ces deux États se veuillent désormais à la pointe du combat contre Donald Trump. Car légiférer à Washington ne veut pas dire imposer sa loi dans le reste du pays. On l’a vu sous la présidence Obama, lorsque des États fédérés veulent contester l’application d’une loi fédérale sur leur territoire, les choses peuvent devenir très compliquées et finir devant la Cour Suprême. D’ores et déjà, les maires et les gouverneurs démocrates dans d’autres États à majorité démocrate ont prévenu l’administration Trump qu’ils s’opposeraient par tous les moyens légaux à sa politique d’expulsion forcée des immigrés clandestins. Le programme baptisé « Sanctuary Cities » vise pour l’instant à récolter des fonds pour payer les frais de justice de chaque immigré à qui sera notifié son ordre d’expulsion. Certains recteurs de grandes universités dans le pays, essentiellement des établissements publics comme en Pennsylvanie, au Texas ou dans l’Illinois, ont pris des mesures pour protéger leurs « Dreamers », des étudiants sans-papiers nés de parents immigrés illégaux. Des combats similaires pour défendre le Planning familial ou des droits des gays ou des minorités religieuses s’organisent déjà également comme l’ont prouvé les manifestations géantes des femmes dès le lendemain de l’investiture du Président.

 

 

Écrit par

François Clemenceau

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