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Politiques

28 septembre 2011

Des valises sous les yeux

Aux Quatre Colonnes, Par Anita Hausser
[caption id="attachment_216" align="alignleft" width="300" caption="Brice Hortefeux et Thierry Gaubert. Des coups de téléphone bien embarrassants. Photos Guillot - Demarthon / AFP"][/caption] À l’Assemblée, face à une fatigue des députés de la majorité qui tourne à l’exaspération, les élus de gauche restent prudents à propos d’affaires dont les effets sont de plus en plus imprévisibles. Attention, dossier explosif ! Questionnés sur les possibles conséquences des révélations autour des suites de l’attentat de Karachi, les députés de la majorité de passage au Palais-Bourbon avant la rentrée parlementaire ne se montraient pas très empressés pour faire part de leurs sentiments. Entre les « no comment ! », « c’est off ! » ou encore « laissons travailler la justice », il restait peu de place pour le commentaire assumé. Et pourtant ils gambergent dur, les députés, sur les suites possibles de cette nouvelle affaire dans l’affaire. Avérées ou non, les valises de billets de 500 francs nourrissent les imaginations. Certains échafaudent les hypothèses les plus extrêmes, tel cet élu de droite (qui veut conserver l’anonymat) qui va répétant depuis des mois que Nicolas Sarkozy ne pourra pas se représenter en 2012, à cause de son impopularité, et qui voit aujourd’hui sa conviction renforcée. Le socialiste Gérard Bapt va dans le même sens : il imagine Nicolas Sarkozy « tirant sa révérence, fort de son succès en Libye, mais ne voulant pas prendre le risque d’un échec électoral ». Hypothèse balayée par Pierre Moscovici, le directeur de campagne de François Hollande : « Empêché de se présenter ? Non, mais Nicolas Sarkozy sera lesté par un boulet d’une singulière lourdeur... » affirme-t-il. Quant à Bernard Cazeneuve, le député- maire PS de Cherbourg-Octeville, qui avait tenté sans succès de faire la lumière sur les causes de l’attentat à travers une mission d’information parlementaire, il s’en tient toujours à son principe : on doit la vérité aux familles des victimes. Et en dépit des obstacles et entraves à sa quête, il croit dur comme fer qu’un jour on saura. Ce qui fait dire à son collègue Bruno Le Roux, « les choses sont parties ». En attendant ce sont les élus du camp majoritaire qui redoutent de subir les contrecoups de cette affaire politico-financière, qui affecte selon eux l’image de la politique et des hommes qui l’incarnent. Ils ne dissimulent pas leur inquiétude sur l’avenir de la majorité et accessoirement le leur. Partagés entre révolte et résignation, ils fustigent ces affaires, qualifiées tantôt de nauséabondes, tantôt de désastreuses, et dénoncent « un climat déliquescent et glauque ». « Ce n’est pas ma conception de la politique, on est tous éclaboussés », déplore Marie-Jo Zimmermann. « Quand je pense qu’un député dont les comptes de campagne dépassent quelques centaines d’euros peut être invalidé et rendu inéligible ! » renchérit Philippe Vigier, qui évoque le cas d’un de ses amis politiques victime de cette loi d’airain. Si la plupart se sont montrés fatalistes, prêts à subir la grogne de leurs électeurs et le courroux de ceux qui sont leurs relais sur le terrain, les élus locaux (ces derniers l’ont déjà exprimé d’une certaine manière dimanche aux sénatoriales !), il y a tout de même quelques individualités décidées à relever la tête ; elles se retranchent derrière l’enquête judiciaire en cours. « D’ailleurs existe-t-il des preuves de toutes ces allégations ? » s’interroge le Parisien Jean-François Lamour. [caption id="attachment_217" align="alignright" width="300" caption="Le candidat Edouard Balladur et son directeur de campagne, Nicolas Bazire, en 1995. Photo Pascal Guyot / AFP"][/caption] Quelques questions demeurent : ce grand déballage va-t-il rallumer la guerre des droites ? « C’est du passé tout ça », affirmait Éric Raoult jeudi matin (avant la « confession » d’Hélène de Yougoslavie). Le député de Seine-Saint-Denis se voulait alors formel : « ça n’intéresse pas les gens ; avec la crise ils ont d’autres préoccupations ; dans mon département il y a des cas de tuberculose... Je fais campagne sur les tribunes, pas dans les poubelles ! » En 1995, alors que la guerre faisait rage entre le camp d’Édouard Balladur et celui de Jacques Chirac, Raoult, copain de régiment de Nicolas Sarkozy, était aux côtés du maire de Paris. « Nos attaques ne portaient pas sur les finances, mais sur la “trahison” de Balladur » se souvient-il. Françoise de Panafieu est sur la même ligne : « les députés ne s’occupaient pas de financement ! » Autres témoins de l’époque de la guerre fratricide au RPR, mais dans le camp balladurien cette fois, les anciens ministres Patrick Devedjian et Christian Estrosi, tous les deux ex-proches de Nicolas Sarkozy. Si le député-maire de Nice ne veut pas commenter les derniers rebondissements, c’est parce que ce n’est plus son « choix de vie ». Une façon d’expliquer qu’il a pris ses distances avec les dirigeants actuels de l’UMP. Quant à Patrick Devedjian, aujourd’hui en délicatesse avec ses anciens amis, il s’interroge sur les mobiles de l’attentat de Karachi, qui a coûté la vie à onze ingénieurs de la DCN de Cherbourg ; pour lui, le délai de sept ans qui s’est écoulé entre l’hypothétique arrêt du versement des commissions et le drame est trop long pour être plausible. Son hypothèse à lui, c’est une vengeance contre la France qui, sous le gouvernement Jospin, a vendu des sous-marins à l’Inde, ennemi historique du Pakistan. Il revendique la cohérence de sa thèse. Pas sûre qu’elle satisfasse tous ceux qui cherchent à percer les mystères qui continuent de s’accumuler autour de cette affaire.

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