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19 septembre 2012

Faut-il sauver le diplomate Hollande ?

[caption id="attachment_1357" align="alignleft" width="583" caption="Le président de la République à la tribune de la XXe Conférence des ambassadeurs, le 27 août dernier. Crédits: BERTRAND LANGLOIS/AFP"][/caption] Quatre mois après son arrivée à l’Élysée, trois semaines après son premier discours aux ambassadeurs et à la veille de son premier déplacement devant l’Assemblée générale des Nations unies, François Hollande s’inscrit dans la continuité de ses prédécesseurs et n’a pas encore imprimé sa marque sur le domaine réservé. Mais le veut-il vraiment ? François Hollande est l’un des rares présidents de la Ve République à ne pas avoir fait campagne sur un seul thème de politique étrangère. Pour prouver qu’il se focalisait sur les seules priorités très domestiques exprimées par les électeurs dans un pays en crise ? Parce que la géopolitique ne l’intéresse que mollement ou pas du tout ? Ou parce qu’il estimait qu’il battrait Nicolas Sarkozy sur son seul bilan économique et social et non sur ses mérites supposés ou avérés de chef d’État au cœur des tempêtes ? Beaucoup de questions ont été posées pendant la campagne sur son manque d’expérience des affaires de l’État. Comment un premier secrétaire du PS pouvait s’improviser chef d’État, maître de la diplomatie et chef des armées sans avoir au moins étudié ou analysé les grands défis posés par les crises ou les défis planétaires ? Saurait-il tenir tête à ses futurs interlocuteurs rompus aux exercices de la négociation européenne ou internationale ? En coulisses pourtant, et à sa demande, une cellule de diplomates proches du PS dotée de réseaux précieux s’activait depuis des mois. Au moins deux directeurs de département au Quai-d’Orsay étaient déjà à l’œuvre pour le briefer et le préparer aux décisions urgentes qu’il aurait à prendre. Idem dans les milieux de la défense nationale et du renseignement. Et puis tout est allé très vite. Dans la foulée de sa victoire, François Hollande est parti immédiatement à Berlin, puis à Washington et Chicago. Or, ce qu’il avait à dire à la chancelière, au Pré- sident Obama puis à ses pairs de l’Otan avait été mûrement préparé en amont. Comme le racontait l’ambassadeur Charles Rivkin récemment, « heureusement que les contacts avec l’Amérique d’Obama avaient été pris un par un depuis l’hiver dernier ». Que ce soit à Paris ou à Washington, les émissaires de l’équipe Hollande (Moscovici et Le Drian essentiellement) ont préparé le terrain à une victoire hollandaise et aux change- ments auxquels il faudrait s’attendre. De ce point de vue, l’annonce du retrait des troupes combattantes d’Afghanistan d’ici décembre 2012 ne fut une surprise pour personne, ni pour les Américains, ni pour les Afghans, ni pour les alliés. Il en va de même pour l’agenda européen. Comme le confie son conseiller à la cellule diplomatique Romain Nadal, « la priorité de François Hollande était de donner une cohérence entre ses priorités de poli- tique intérieure et ses premières mis- sions de politique étrangère ». C’est la fameuse inscription du défi de la croissance dans la discussion qui s’est engagée dès son arrivée à l’Élysée avec Angela Merkel et ses collègues européens mais également avec Barack Obama. Son idée était que « l’Europe avait suffisamment couru après la crise et au-devant des marchés et qu’il était temps de prendre des décisions structurantes » pour calmer le jeu dans la zone euro. « Il était un peu seul au début, il ne l’a rapidement plus été », avance Nadal. Quatre mois après, alors que les députés et les sénateurs vont devoir adopter le Pacte de stabilité budgétaire puis, séparément, les mesures de relance de la croissance en France et en Europe, les critiques à droite comme à gauche fusent. Pour l’ancien ministre des Affaires européennes Pierre Lellouche, « François Hollande a reculé. Il avait critiqué le Pacte de stabilité adopté en mars par Nicolas Sarkozy et, au final, il le fait voter tel quel en y ajoutant des volets qui étaient déjà dans les tuyaux. » Allusion, par exemple, à la Taxe sur les transactions financières. Selon Dominique Moïsi, conseiller spécial à la direction de l’Institut français de relations internationales (IFRI), François Hollande « aurait dû tenir tout de suite un discours de vérité en faisant comprendre que l’on était plus proche de l’Espagne que de l’Allemagne ». Mais le Président a voulu apparaître comme « celui qui pouvait dire non à Merkel sans se comporter comme son caniche », sous entendu comme Sarkozy. Pourtant, assure Moïsi, « Hollande a une fibre plus européenne que celle de Sarkozy en 2007 et il est dommage que, pour ce fils adop- tif de Delors, elle ne se soit pas encore traduite dans les faits ». Les dossiers chauds La crise syrienne, le dossier crispant du Mali et l’impasse dans les négociations sur le nucléaire iranien sont venus ponctuer l’été de leurs soubre- sauts parfois explosifs. À la mi-août, l’opposition (déclenchée par une intervention surprenante de Nicolas Sarkozy) a accusé le chef de l’État d’immobilisme, d’absence, ou de manque d’audace et de vision sur la situation en Syrie. L’Élysée a mis du temps à répondre, persuadée que Hollande, Fabius et Le Drian ne pouvaient faire davantage après avoir fait beaucoup. « Ces critiques étaient injustes et peu crédibles », corrige Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations interna- tionales et stratégiques (IRIS). Marqué à gauche et proche d’Hubert Védrine, Boniface souligne le peu de marge de manœuvre d’une France pourtant en pointe par rapport à ses voisins européens sur ce dossier. En revanche, il n’a que moyennement apprécié le manque de soutien à la revendication palestinienne dans le premier discours aux ambassadeurs qu’a tenu François Hol- lande, à l’Élysée, le 27 août. Pas un mot pour dénoncer la colonisation israélienne, pas un mot pour tracer la perspective d’un État palestinien, rien sur les blocages israéliens alors que les préconditions palestiniennes devraient « être levées ». François Hollande serait même sorti de son texte pour l’atténuer. « François Mitterrand n’aurait pas fait ce genre de discours », assène Boniface. Les médias ont retenu de ce premier discours aux ambassadeurs que François Hollande, après avoir hésité, se rendrait finalement à Kinshasa, en octobre, pour le sommet de la Francophonie. Malgré le peu de progrès enregistré dans l’ex-Zaïre sur les droits de l’homme et le pluralisme politique. Selon Antoine Glaser, spécia- liste du continent et des rapports franco-africains, « François Hollande a compris que la réalpolitique était in- contournable, même en Afrique ». Changement de style Que son discours universaliste devrait s’accommoder très vite de la nécessité de défendre les intérêts économiques et stratégiques de la France en Afrique. Pour le reste, c’est un changement de style et de méthode par rapport aux années Sarko. « Le fait qu’il n’y ait pratiquement que des femmes aujourd’hui à la tête de la politique africaine de la France est une bonne chose, que le ministère de la Coopération ait été enfin démantelé au profit d’un ministère du développement aussi. » Pour le reste, conclut Glaser, « j’attends de ce Pré- sident qu’il soit davantage proactif que réactif ». Comme s’il était nécessaire de prendre les devants avec un projet qui porte sa marque. Mais François Hollande le souhaite- t-il lui-même ? Pas sûr. À l’Élysée, son entourage parle d’un Président « à l’écoute, dans l’action, dont la politique étrangère n’est pas étanche de sa politique intérieure ». Ce qui fait dire à Pascal Boniface que François Hol- lande est un « pragmatique » et à Dominique Moïsi que le Président s’est montré jusqu’à présent trop « tacticien ». « Il nous aurait fallu un Churchill, nous ne l’avons pas », regrette-t-il. Pierre Lellouche, dans son registre d’opposant doté toutefois d’une expérience internationale, enfonce le clou pour évoquer Laurent Fabius, le patron du Quai, censé mettre en valeur la politique étrangère du pays : « le personnage est suffisant et son bilan insuffisant ». Au-delà des formules, il y a clairement une déception et si peu d’indulgence pour des débuts en trombe sur le champ des crises européennes et moyen-orientales. Pour chacun des nouveaux Présidents, il a pourtant fallu trouver ses marques. Mitterrand et le bras de fer des euromissiles en 1983, Sarkozy face à Poutine sur la Géorgie en 2008. Seul Chirac dut affronter la crise yougoslave dès ses premiers jours de présidence en 1995, lors de la prise du Pont-de-Vrbanja, à Sarajevo. Faudrait-il laisser du temps au temps, selon la formule ? S’inquiéter déjà d’un héritage alors que l’ouvrage est à peine ébauché. La venue de François Hollande la semaine prochaine à New York pour l’Assemblée générale des Nations unies, son premier rendez-vous avec la terre entière, devrait permettre d’affiner le tableau.

François Clemenceau Article paru dans le numéro 449 du mercredi 19 SEPTEMBRE 2012

Écrit par

François Clemenceau

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