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Politiques

17 octobre 2012

Flexijobs

[caption id="attachment_1452" align="alignleft" width="300" caption="Crédit : GWENDAL LESCOUL"]Flexijobs[/caption] La mise en réseau des internautes éclate l’ancienne dichotomie producteur / consommateur pour nous faire entrer dans une ère de la contribution généralisée, à titre gratuit ou payant, avec des partenaires de plus en plus occasionnels et variés. Une mutation qui remet en question de nombreux schémas. Explication. Que nous apprend la multiplication des plateformes contributives telles que Kaggle (participation volontaire de scientifiques à des questions posées par des entreprises ou des gouvernements) ou Amazon Mechanical Turk, où chacun propose une rémunération pour la réalisation de « minitâches »? Pour Henri Verdier, président du pôle de compétitivité Cap Digital, ce genre de nouveaux services démontre que « nous sommes entrés dans une nouvelle ère industrielle, où il y a beaucoup plus d’intelligence à l’extérieur des organisations qu’à l’intérieur ». Cette externalisation de l’intelligence pose question : collaborer de l’extérieur prive-t-il du lien social et collectif ? Comment assurer la qualité de la production d’un contributeur ou, d’une équipe éphémère ? Sans oublier la délicate question de la précarité : proposer librement ses compétences et se voir rétribué à la tâche pourrait bien représenter un changement positif, pourvu que chacun trouve sa place sur un marché de la « contribution » généralisée. Michel Sasson, consultant en management de l’innovation, distingue justement trois types de collaboration : la collaboration de « valorisation, telle la contribution Wikipédia, où l’expertise prédomine ; celle d’obligation, incitée par l’employeur ou destinée à bénéficier d’une rémunération ; et celle de substitution, inévitable, pour faire face à une crise économique ». La première typologie présente l’avantage de lier les contributeurs selon de nouvelles bases sociales, sans monétisation. Quant aux deux autres, seule une dimension volontaire et valorisante permettrait aux travailleurs de trouver du sens, de s’engager sur des projets convenant davantage à leurs compétences et à leurs valeurs. À l’image de certains travailleurs hyperflexibles et cumulards appelés slashers (2,5 % de la population), qui nous donnent un aperçu d’un avenir où les travailleurs, comme les contributions atomisées du Net, passent d’un projet ou d’une entreprise à une autre au gré de leurs envies. Symptôme principal des effets de cette culture de la contribution sur le marché du travail : la cote des « entreprises éphémères » montées le temps d’un projet éducatif ou associatif. Ces nouvelles structures, qui font leur miel de l’ADN contributif et collaboratif du Net, préfigurent sans doute les nouvelles formes de travail qui succèderont à celles d’un modèle aujourd’hui en crise : le contrat à durée indéterminée et la carrière linéaire dans une grande entreprise. La création d’une entreprise sur deux en 2011 sous le statut d’auto-entrepreneur est peut-être aussi à considérer sous cet angle.

En collaboration avec Logo SFR Player , le magazine des mondes numériques

Pascal Bories Article paru dans le numéro 453 du mercredi 17 OCTOBRE 2012

Écrit par

Pascal Bories, en collaboration avec SFR PLAYER

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