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Économies

19 octobre 2011

Gaz de schiste : la cacophonie mondiale

Enquête de Jean-Louis Caffier
[caption id="attachment_511" align="alignleft" width="300" caption="Connie Hedegaard, commissaire européenne à l’Action pour le climat. Contrairement à la France, elle ne souhaite pas dire non d’emblée à la fracturation hydraulique. Photo Georges Gobet / AFP"][/caption] La décision française d’interdire l’exploitation du gaz de schiste n’a pas fait beaucoup d’émules. Si la Commission européenne s’est emparée du dossier, la plupart des États n’entendent pas prendre une position commune. En Europe, la thématique environnementale n’a été abordée qu’a priori. Il faudra attendre les premières campagnes d’exploration pour mesurer en grandeur nature les risques liés à l’exploitation et le degré d’acceptation des populations. Seuls les Polonais sont pour le moment très majoritairement favorables à l’exploitation des schistes. Mais il est vrai que la Pologne est un pays déjà très lié au charbon, qui lui fournit 90 % de son électricité. C’est une sorte de paradoxe environnemental : si la Pologne remplaçait une partie de son charbon par du gaz, ce serait un bien moindre mal pour le climat. Cette préoccupation émerge d’ailleurs au plus haut niveau européen. La commissaire à l’Action pour le climat, Connie Hedegaard, a confirmé cette ambiguïté en déclarant à propos de la fracturation qu’il ne fallait « pas dire non d’emblée à une technologie ». (Précisons cependant que cette commissaire est Danoise, et que le Danemark se lance résolument dans l’exploration des gaz de schistes !) De son côté, le commissaire à l’Énergie, Günther Oettinger, appuie sur le frein en insistant sur l’impératif de très hautes exigences concernant l’environnement et la sécurité. Il faut ensuite préciser que tous les pays du monde ne sont pas directement concernés car les schistes sont inéquitablement répartis, tout comme les gaz ou pétroles conventionnels. À l’exception des États-Unis, la fracturation hydraulique ne sert pour le moment qu’à l’exploration. Il n’est écrit nulle part que la technique serait autorisée pour une exploitation à grande échelle. Le problème n’est pas seulement lié à l’environnement. Les freins sont divers et nombreux. La fracturation coûte très cher. Elle nécessite de grandes quantités d’eau et beaucoup d’énergie. Les équipements de forage n’existent pas. Il faudrait tout créer d’un seul coup. Le dernier barrage financier concerne le régime minier et les contraintes fiscales. Aux États-Unis, le propriétaire d’un terrain possède également ce qu’il y a en sous-sol ; il peut donc gagner beaucoup d’argent en cas d’exploitation de « son » gaz de schiste. Mais ce système n’existe pas en Europe. Enfin, la pression citoyenne existe et il ne faut pas la négliger. Le Canada est en train d’en faire l’expérience. Après s’être vanté de ses belles réserves d’hydrocarbures, sous formes de schistes et de sables bitumineux, le Gouvernement doit faire face à la montée d’une opposition effarée par les images de destruction de l’environnement. La France est donc toute seule, pour le moment. Mais cette solitude ne signifie pas du tout isolement. Comme à chaque fois, en matière d’énergie, il faudra bien mesurer les avantages supposés et les risques potentiels. La commission Énergie de l’Europe s’est enfin emparée du dossier, le 4 octobre dernier.

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