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Europe

4 avril 2017

Hollande et l’Europe, l’histoire d’un rendez-vous manqué

Par Yannick Jadot, député européen

François Hollande sera tout simplement passé à côté de l’histoire européenne. Un constat terrible au regard de la crise existentielle que traverse l’Europe, surprenant au regard de l’héritage revendiqué de Jacques Delors. Il restera, bien sûr, les images des dizaines de « sommets de la dernière chance ». Et jamais, faute d’un présent désirable et d’un projet d’avenir, l’Europe ne se sera autant réfugiée dans les commémorations des épisodes terribles qui ont marqué son histoire.

François Hollande restera l’un des artisans d’un statu quo synonyme d’affaissement, qui n’est en rien celui des pro-européens. C’est celui des euro-fainéants, incapables, de construire des souverainetés partagées pour pallier des souverainetés nationales défaillantes, en matières sociale, de migrations, d’énergie, d’industrie, de défense et de fiscalité. Le statu quo des héritiers autoproclamés des couples mythiques de Gaulle-Adenauer, Giscard-Schmidt, Mitterrand-Kohl, mais qui en ont dilapidé l’esprit et l’ambition collective. Le statu quo des égoïsmes nationaux qui vient toujours en soustraction de l’intérêt général européen. C’est l’Europe des nations lâches qui acceptent la remise en cause de l’état de droit en Hongrie et en Pologne, renforcent l’Europe du pouvoir de l’argent contre celle des droits, délèguent au Président Erdogan notre humanité, nos valeurs et nos obligations en matière d’accueil des réfugiés. Le statu quo de la concentration des pouvoirs entre les mains des dirigeants sans aucun contrôle démocratique, qui se traduit en Grèce, par exemple, par l’humiliation d’un peuple condamné à la régression sociale. Ce statu quo est le tapis rouge électoral que nos dirigeants déroulent aux extrêmes droites et aux nationalistes.

L’Union européenne, aujourd’hui, est moins une prison qu’une maison vide. Elle est une petite mondialisation libérale quand elle devrait être un levier pour sa régulation.  Les quinze premiers jours de son mandat auront, à bien des égards, scellé le bilan de son quinquennat. François Hollande avait été élu pour renégocier le traité de stabilité budgétaire, infléchir l’austérité et relancer l’investissement. Il avait la légitimité démocratique et le soutien de l’Espagne et de l’Italie. L’engagement n’a pas été tenu, ajoutant de la défiance à la défiance. La France que l’on disait en mauvaise forme s’est elle-même mise en arrêt maladie.

Et de se soigner au rythme des remèdes du docteur Schäuble. Une réduction trop rapide des déficits qui étouffe les PME et les collectivités, une loi de séparation bancaire qui ne sépare pas vraiment, un rabotage des investissements, notamment dans la transition énergétique, qui nous a fait perdre du temps et des emplois, une loi travail qui fragilise les salariés dans un contexte général de déclassement. Les faux remèdes sont devenus une ligne politique. La défense acharnée des grandes banques françaises a fragilisé le projet de taxe sur les transactions financières. Le succès réel de la COP 21 pour le climat n’a pas caché les incohérences des politiques publiques, sur l’écotaxe, le diesel, le maintien de Notre-Dame-des-Landes, la non-fermeture de Fessenheim et un paquet climat-énergie européen vidé de ses ambitions originales… Autant de décisions qui abîment le climat et la santé, et qui nous ont privés de dizaines de milliers de nouveaux emplois.

Les incohérences et autres renoncements ont rendu inaudibles les batailles menées de bonne foi par le gouvernement de François Hollande, notamment contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme ou pour la révision en cours de la directive sur le détachement des travailleurs.

Les discours de commémoration se sont fracassés sur une autre réalité, celle de ces centaines de milliers de réfugiés syriens fuyant la guerre et les nouveaux tyrans. Alors que l’Allemagne s’élevait au niveau de l’Histoire, ouvrant ses bras à la souffrance, alors que la Grèce et l’Italie géraient comme elles le pouvaient l’arrivée de milliers de parents et d’enfants sur leurs plages, le gouvernement de François Hollande, par la voix de Manuel Valls, s’est entaché d’indignité en reprochant à Angela Merkel, à Munich, sa solidarité. François Hollande, après Nicolas Sarkozy, porte donc une lourde responsabilité dans cette dissolution de la relation entre la France et l’Europe. Jamais la France n’a eu aussi peu d’influence dans les institutions européennes, jamais elle s’en est si peu souciée ! Beaucoup s’inquiètent que l’Europe perde la France comme moteur ? C’est, plus gravement, la France qui perd l’Europe comme horizon et, avec lui, la perspective de rester un grand pays dans une Europe forte.

Le procès dressé ici est dur, brutal comme l’état de l’Union. Avec le Brexit, face à Trump, Poutine, Erdogan et Xi Jinping, l’Europe est désormais seule face à son destin,
car le parapluie américain s’est refermé pour longtemps. Seule pour se refonder autour d’un projet démocratique de solidarité. Seule pour empêcher un nouvel ordre mondial fondé sur les égoïsmes nationaux et les replis identitaires. Seule pour porter un projet global de coopération, de multilatéralisme et de gestion des biens communs. Pour cela, l’Europe a besoin de la France autant que la France a besoin de l’Europe.

Soixante ans après la signature du traité de Rome, l’Europe a besoin d’un New Deal : l’investissement contre l’austérité, la démocratie contre la technocratie et l’opacité, la solidarité contre les replis identitaires, la régulation de la mondialisation contre les tentations nationalistes.  Plus que jamais, l’Europe doit devenir un projet de civilisation et de métissage dans un monde en rupture, un espace utile qui protège et innove. Face à l’internationale de l’argent et du pétrole, elle peut encore devenir, si elle prend conscience du danger et retrouve le chemin de la coopération, le vecteur d’une internationale des citoyens agissant pour la solidarité et la paix dans le monde.

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