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Territoires

10 octobre 2012

Les baleines sacrées de La Réunion

[caption id="attachment_1423" align="alignleft" width="525" caption="Crédit : MARCEL MOCHET/AFP"][/caption] Alors que le Japon prépare une nouvelle campagne de pêche à la baleine, La Réunion s’est engagée aux côtés des associations pour préserver le sanctuaire baleinier de l’océan Indien. Une promotion de l’écotourisme aussi pour l’île, dont l’image pâtit des attaques contre les surfeurs et de la chasse au requin. Chaque année, de juin à septembre, des baleines à bosse migrent dans les eaux chaudes de La Réunion. Un spectacle à la fois exceptionnel et fragile. Afin de garantir la sécurité des plaisanciers et le bien-être des cétacés, une charte d’approche et d’observation responsables vient d’être élaborée par les professionnels du tourisme réunionnais, les associa- tions et les services de l’État. « Nous sommes tous attachés à notre île, à la biodiversité, et nous devons tous porter ensemble la même responsabilité pour pouvoir la préserver aujourd’hui et mieux la transmettre demain. » Président (UMP) de la région Réunion, Didier Robert a engagé l’île dans une démarche d’écotourisme. Un programme destiné à sauvegarder une espèce sensible, respecter l’environnement et valoriser une richesse naturelle. « On est encore dans une situation tranquille mais un co- mité scientifique a été constitué pour qu’il y ait une vraie vigilance. La mauvaise décision tombera à un moment ou un autre », craint encore le président du Conseil régional. Face à la pression de la Corée et du Japon – qui prépare actuellement son navire-usine baleinier pour mener des campagnes de pêche dans les dix prochaines années en Antarctique, sous couvert de chasse scientifique –, « il y a un vrai combat à tenir qui n’est jamais gagné d’avance ». L’océan Indien dispose pourtant d’un sanctuaire baleinier depuis 1979. Placé sous l’égide de la Commission baleinière internationale (CBI), il vise à sauvegarder et protéger les baleines contre la chasse excessive. Mais l’organisme international, qui se réunit chaque année, risque de redéfinir à tout moment les contours du parc marin. Bien que les États membres de la Commission de l’océan Indien (COI) aient réitéré leur volonté de renforcer la conservation des cétacés dans leurs zones économiques exclusives (ZEE) respectives, tous ne siègent pas à la CBI pour défendre cette approche. Protéger, préserver et valoriser En partenariat avec les associations Abyss et Globice, une campagne de sensibilisation pour la sauvegarde des baleines a donc été lancée par la Région avant la tenue de la 64e Commission baleinière internationale, organisée cet été au Panama. Une institution qui reste minée par des soupçons de corruption et paralysée par l’opposition entre pays protecteurs des cétacés et pays chasseurs. Encouragée dans sa démarche par la fondation WWF France et le Fonds Biome, La Réunion a lancé une pétition pour soutenir sa démarche qui a réuni près de 8 000 signataires.
« LE DÉPARTEMENT, QUI A PLACÉ L’ANNÉE SOUS LE SIGNE DE L’ÉCOLOGIE, VEUT MARQUER SON ENGAGEMENT POUR LA PRÉSERVATION ET LA PROTECTION DE LA BIODIVERSITÉ RÉUNIONNAISE »
Le département, qui a placé l’année sous le signe de l’écologie, veut marquer son engagement pour la préservation et la protection de la biodiversité réunionnaise. « Positionner l’île comme un centre de ressource pour la sensibilisation et le maintien de la sanctuarisation de l’océan Indien et pour empêcher la reprise de la chasse à la baleine est une priorité », nous dit-on encore. Un engagement qui fera de La Réunion un centre d’intérêt pour l’éco-tourisme et la recherche scientifique. « L’île pourrait ainsi devenir un site mondialement reconnu qui ne peut être compromis par la reprise de la chasse industrielle. » Pour ses défenseurs, l’enjeu est triple : protéger une espèce sensible contre les risques de collision, la pollution et la reprise de la chasse autorisée, préserver leur habitat naturel, leur site de reproduction et leurs itinéraires migratoires, et enfin valoriser une richesse marine. « On peut faire de la destination Réunion un spot unique exceptionnel », poursuit Didier Robert. « Un élément gagnant » pour le développement touristique du département d’outre-mer. À la seule condition que « l’impact environnemental soit le plus faible possible ». La justice interdit la pêche aux requins Pourtant, du côté d’Europe Écologie-Les Verts, l’inquiétude plane. « La Commission baleinière internationale, qui devait statuer sur la sanc- tuarisation de l’océan Indien afin de protéger les cétacés qui fréquentent chaque année nos côtes, a semble-t-il échoué. Tous les pays présents dont le Japon n’ont pu trouver un accord pour arrêter la chasse à la baleine. Déjà très menacées, elles ne seront pas protégées dans l’océan Indien si la chasse s’ouvre. » Et de s’interroger : « Qu’en est-il à ce jour de cette Convention baleinière internationale signée en 1948, ratifiée par 45 pays dont la France ? Qu’en est-il du sanctuaire international de l’océan Indien ? Qu’en est-il du moratoire ? Que va faire la Région pour protéger nos baleines menacées ? » Des cétacés qui constituent un nouvel atout pour les collectivités locales alors que la justice a suspendu l’autorisation de la pêche au requin. Une démarche moins éco- logique. « L’arrêté est suspendu parce qu’il autorisait le prélèvement de requins dans la zone de protection renforcée et la zone de protection intégrale de la réserve marine », détaille Stéphane Girard, représentant de l’organisation non gouvernementale Sea Shepherd, à l’origine du recours avec l’Association citoyenne de Saint-Pierre. « La décision est une grande satisfaction, car cela prouve qu’on ne peut pas faire tout et n’importe quoi dans la réserve marine », se félicite encore Stéphane Girard. Les deux associations considèrent que le requin-tigre et le requin-bouledogue – mis en cause dans l’attaque de surfeurs cet été – sont classés dans la catégorie « espèce quasi menacée » sur la liste rouge de l’Union mondiale pour la conservation de la nature. Des requins moins porteurs pour l’attrait touristique de l’île que la baleine à bosse.

Ludovic Bellanger Article paru dans le numéro 452 du mercredi 10 OCTOBRE 2012

Écrit par

Ludovic Bellanger

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