Accueil / Débats / « L’Europe est aujourd’hui plus faible »
arrowRetour
Débats

4 avril 2017

« L’Europe est aujourd’hui plus faible »

Entretien avec Bruno Le Maire, député de l’Eure, ancien ministre de l’Agriculture.

Comment jugez-vous le bilan européen de ce quinquennat ?

Bruno Le Maire : Le bilan européen de François Hollande est très léger. Où en est la construction européenne après ces cinq années? L’Europe est aujourd’hui plus faible. Elle est illisible sur ses grands projets, incapable de répondre à ses citoyens en matière de sécurité, de défense des frontières, d’intervention extérieure, d’emploi…

Quel est le principal échec de François Hollande ?

B. L. M. : C’est son incapacité à réinventer le projet européen, l’une de ses promesses de campagne. Depuis plusieurs années, l’idée même de construction européenne est menacée. Pour qu’elle soit relancée, il faut que la France retrouve une voix politique forte et donc une bonne santé économique, indispensable pour être crédible sur la scène européenne. Cet échec européen est le résultat du quinquennat insuffisant, voire calamiteux de François Hollande, qui a été incapable de mener des réformes de fond. Aujourd’hui, il faut bien le comprendre: une nation n’a de voix forte que si elle est une puissance économique.

C’est la cause du déséquilibre du couple franco-allemand?

B. L. M. : Oui, l’une des causes importantes de cet affaiblissement de la France sur la scène européenne, c’est la manière dont l’Allemagne s’est imposée comme le seul leader du continent –ce n’est bon ni pour l’Europe ni pour l’Allemagne elle-même.

François Hollande n’est pas le seul responsable de l’affaiblissement économique français…

B. L. M. : La chancelière allemande a signé avec la Turquie un accord sur l’accueil des réfugiés sans que la présidence française ne soit consultée. C’est sans précédent. Que la chancelière allemande signe un accord avec un État non membre sans que la France soit associée à la négociation, c’était auparavant inimaginable ! On ne peut montrer plus clairement la marginalisation de notre pays en Europe.

L’Allemagne a considéré que la France n’avait pas pris sa part dans cette tragédie internationale, qu’elle n’avait pas assez ouvert ses frontières. Mais qu’aurait dit votre formation politique si nous avions accueilli plus de réfugiés ?

B. L. M. : C’est un point de principe : dans l’histoire de la construction européenne, aucun accord avec une grande puissance étrangère ne peut être signé sans que la France soit consultée. Pour la première fois, l’Allemagne a décidé de nous exclure d’une négociation. C’est une décision dangereuse pour la construction européenne, humiliante pour la France.

François Hollande dit avoir imposé à l’Allemagne l’union ban­caire et le maintien de la Grèce dans l’Union européenne…

B. L. M. : J’ai parlé d’un bilan très léger, pas d’un bilan nul : il y a des points intéressants. Ce que je juge, c’est le mouvement général : une relégation de la France et une affirmation de l’Allemagne.

Il y a effectivement l’union bancaire, qui est un point positif, mais qui reste un point technique. Quant au maintien de la Grèce dans l’Union européenne, il n’est pas seulement à mettre à l’actif de François Hollande, mais aussi à celui d’autres pays européens. Enfin, l’Allemagne n’a pas souhaité créer une crise majeure au sein de la zone euro.

Un autre point positif?

B. L. M. : La gestion de la crise ukrainienne en «format Normandie» [qui regroupe la France, l’Allemagne, la Russie et l’Ukraine, NDLR], qui a permis de traiter cette crise de manière intelligente –même si, à ce jour, la situation n’a guère évolué. Je considère que c’est un point positif, mais cela ne change rien au bilan global de ce quinquennat : l’effacement de la France de la scène européenne.

Que devra faire le prochain président pour redonner du souffle à la construction européenne?

B. L. M. : Plusieurs actions sont essentielles. D’abord restaurer la crédibilité économique de la France. Sans cela, comme je le disais, pas de puissance politique. Il faut réformer notre pays en profondeur. Deuxième chose indispensable: relancer notre relation avec l’Allemagne avec des chantiers concrets et ambitieux. Nous pouvons aller, par exemple, très loin sur la sécurité des contrôles aux frontières. On peut imaginer une police franco-allemande dévolue à cette tâche, de la même manière qu’il existe un corps d’armée commun à nos deux pays. La défense ensuite. La France et l’Allemagne pourraient avancer sur des projets militaires extrêmement tangibles. Quatrième priorité, l’intégration de la zone euro : nous devons avancer sur un gouvernement économique, sur l’harmoni­sation fiscale. La cinquième priorité, selon moi, ce sont les grands équilibres mondiaux : la défense de l’accord sur le climat, notamment, et un soutien plus fort aux pays en voie de développement. Enfin, il faut définir le cap. À quoi sert l’Union européenne? Quel est le sens de cette union politique? Le prochain Président devra donner du sens à la construction européenne. Créer un espace de sécurité et de stabilité dans ce monde.

Écrit par

Thomas Renou

Les autres articles

Débats

4 avril 2017

Une femme comme les autres

Par Monique Pelletier, ancien ministre

 

Débats

4 avril 2017

« L’Europe renoue avec la croissance »

Entretien avec Harlem Désir, secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères et du Développement international, chargé des affaires européennes.

Débats

4 avril 2017

Vladimir Fédorovski : « Poutine n’offre qu’une illusion de stabilité »

Ancien traducteur de Brejnev et diplomate, auteur de dizaines de best-sellers sur la Russie, l’ex-porte-parole du Mouvement des réformes démocratiques vient de publier Poutine de A à Z (Stock).

Cultures

4 avril 2017

Le Traité de Rome en débat

Le traité de Rome a 60 ans : signé le 25 mars 1957 par l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas, il donne lieu en juillet de la même année à un débat de ratification très enlevé.

Débats

4 avril 2017

Clivages

La chronique de Marie-Ève Malouines

Débats

8 février 2017

« On ne réussira pas la France sans les communes »

L’AMF (qui organisera son centième congrès en novembre !) s’invite dans la campagne présidentielle en soumettant aux candidats un « Manifeste des maires de France et des présidents d’intercommunalité ». « Un authentique contrat de mandature », dit son président François Baroin.

fermer