Accueil / Débats / « L’Europe renoue avec la croissance »
arrowRetour
Débats

4 avril 2017

« L’Europe renoue avec la croissance »

Entretien avec Harlem Désir, secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères et du Développement international, chargé des affaires européennes.

La réorientation de la construction européenne « a bien eu lieu », a dit récemment le président de la République, citant la flexibilité dans l’interprétation du traité budgétaire, l’union bancaire et le plan Juncker pour l’investissement. N’est-ce pas un bilan faible au regard des ambitions affichées avant son élection ?

Harlem Désir : Je ne le crois pas. En 2012, lorsque François Hollande est élu président de la République, la priorité, au sein des institutions européennes, est à l’austérité et à l’ajustement budgétaire : lors du Conseil européen de juin 2012, le président de la République plaide pour un changement de stratégie de sortie de crise. Il demande que la priorité soit donnée au soutien à la croissance et à l’investissement, que l’on combine de façon plus équilibrée consolidation budgétaire, à un rythme qui n’entrave pas la reprise, réformes et soutien aux investissements. C’est ce triptyque qui finira par s’imposer. La flexibilité est introduite dans le Pacte de stabilité. Avec Mario Draghi, la politique monétaire change, comme nous le souhaitions, avec la baisse des taux d’intérêt et le Quantitative Easing. L’Union bancaire est lancée pour lutter contre les risques de nouvelles crises financières. Le capital de la Banque européenne d’investissement est augmenté, permettant 60 milliards d’euros d’investissements supplémentaires, puis, le plan Juncker vient soutenir les investissements dans la transition énergétique, les transports et le numérique. Nous venons d’obtenir son extension à 500 milliards d’euros. La Garantie Jeunes est également créée pour l’aide au retour à l’emploi. Aujourd’hui, l’Europe renoue avec la croissance, le chômage baisse dans tous les états membres, l’austérité n’est plus imposée aux pays du Sud. Le plan de sauvetage de la Grèce a été adopté grâce à la détermination du président de la République. Mais la réorientation va au-delà des seules questions économiques. L’Europe s’est attelée à de nouvelles priorités qui correspondent aux grands défis d’aujourd’hui : la sécurité, la lutte contre le terrorisme, la défense européenne, la réponse à la crise migratoire, la lutte contre le changement climatique. Des mesures décisives ont été adoptées comme le Passenger Name Record (PNR), le corps européen de gardes-frontières, la réforme de Schengen, le projet d’un Fonds européen de défense et un état-major européen, ou encore le Cadre énergie-climat 2030.

Le couple franco-allemand est déséquilibré, et François Hollande n’a pas souhaité créer de rapport
de force avec l’Allemagne. Il n’en avait pas les moyens ? Prenons l’exemple des eurobonds…

H. D. : Le couple franco-allemand a été décisif pour toutes les grandes décisions européennes au cours des cinq dernières années. Celles que j’ai évoquées, mais aussi pour la réponse à la crise en Ukraine avec le format « Normandie ». Si nous pouvons avoir des points de vue différents, sur l’achèvement de l’Union bancaire ou le projet d’eurobonds, par exemple, nous avons toujours cherché et trouvé des accords pour permettre à l’Europe d’avancer. Quant aux points de débat, nous continuons à en débattre ! Mais l’engagement de nos deux pays est essentiel pour répondre à chacune des grandes crises européennes. Et l’Union n’aurait pas survécu sans cela. Il n’y a pas de déséquilibre politique car l’Europe ne peut avancer sans notre impulsion commune et chacun reconnaît notre rôle incontournable dans des domaines décisifs comme la défense. Quant aux déséquilibres économiques, ils se réduisent au fur et à mesure des réformes engagées par la France. Ce qui a été fait depuis 2012 est à cet égard essentiel et ne doit pas être remis en cause.

Comment justifier que la France ait été exclue des négociations avec la Turquie sur la question des réfugiés ?

H. D. : Elle n’a pas été exclue de ces négociations et si la France n’avait pas voulu de cet accord il n’aurait pas été conclu. La France l’a soutenu parce qu’il était nécessaire pour lutter contre le trafic d’êtres humains et les naufrages meurtriers en mer Egée. L’Allemagne était dans une situation d’urgence. La France est aujourd’hui le premier pays pour les relocalisations et l’accueil de réfugiés depuis la Grèce.

Le Président a récemment critiqué les propositions du candidat PS sur la création d’un Parlement de la zone euro. Quel est votre avis personnel ?

H. D. : Tout d’abord, le Président a répondu à une question précise sur la légitimité des gouvernements de la zone euro et d’un éventuel Parlement de la zone euro. Je pense, comme lui, que l’on ne peut pas transférer la souveraineté budgétaire des États à une Assemblée parlementaire de la zone euro. Nous avons établi une coordination économique et budgétaire, mais ce sont les gouvernements qui décident concernant leur budget, avec leurs parlements nationaux, car ils en ont la légitimité et il en va de même au sein de l’Eurogroupe. Je ne crois pas que les Français accepteraient qu’une assemblée de la zone euro décide à la place de l’Assemblée nationale du budget de l’éducation nationale, de la Sécurité sociale ou de la défense de la France. Un Parlement de la zone euro serait
en revanche utile, et je crois que le Président y est favorable, pour gérer un budget de la zone euro.

Sur quels dossiers européens prioritaires devra se pencher le prochain président de la République ?

H. D. : L’Europe doit être une protection dans un monde incertain, capable de défendre ses intérêts et ses valeurs, sa sécurité, son économie et son modèle social unique au monde. La priorité, c’est de poursuivre la mise en œuvre des mesures décidées en matière de protection des frontières communes,  de lutte contre le terrorisme, de défense européenne, de politique migratoire, de coopération avec l’Afrique et, sur le plan économique, l’approfondissement de l’Union économique et monétaire et l’harmonisation fiscale et sociale.

Écrit par

Thomas Renou

Les autres articles

Débats

4 avril 2017

Une femme comme les autres

Par Monique Pelletier, ancien ministre

 

Débats

4 avril 2017

« L’Europe est aujourd’hui plus faible »

Entretien avec Bruno Le Maire, député de l’Eure, ancien ministre de l’Agriculture.

Débats

4 avril 2017

Vladimir Fédorovski : « Poutine n’offre qu’une illusion de stabilité »

Ancien traducteur de Brejnev et diplomate, auteur de dizaines de best-sellers sur la Russie, l’ex-porte-parole du Mouvement des réformes démocratiques vient de publier Poutine de A à Z (Stock).

Cultures

4 avril 2017

Le Traité de Rome en débat

Le traité de Rome a 60 ans : signé le 25 mars 1957 par l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas, il donne lieu en juillet de la même année à un débat de ratification très enlevé.

Débats

4 avril 2017

Clivages

La chronique de Marie-Ève Malouines

Débats

8 février 2017

« On ne réussira pas la France sans les communes »

L’AMF (qui organisera son centième congrès en novembre !) s’invite dans la campagne présidentielle en soumettant aux candidats un « Manifeste des maires de France et des présidents d’intercommunalité ». « Un authentique contrat de mandature », dit son président François Baroin.

fermer