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Débats

4 juillet 2012

Maîtriser l’incendie des finances locales

[caption id="attachment_1329" align="alignleft" width="300" caption="Photo : XAVIER RICHER / LIONEL BONAVENTURE / LOIC VENANCE - AFP"][/caption] La Banque postale et le Crédit agricole mettent à la disposition des collectivités locales près de 4 milliards d’euros sous forme de prêts. Un geste nécessaire, mais loin d’être suffisant pour combler des besoins financiers criants. Il y a le feu aux finances des collectivités locales. De la ville qui ne repeindra pas les salles de classe au département qui mettra un frein à l’entretien des routes, c’est toute une mécanique de tré- sorerie et d’investissement qui est grippée. Le constat chiffré est inquiétant : selon Dexia, il devrait manquer cette année 6 milliards d’euros de crédit à long terme au niveau local. Et l’an prochain sera à peine meilleur : la pénurie de financement devrait atteindre 4,7 milliards d’euros, pour un besoin total de 17,5 milliards. Pour tenter de circonscrire l’incen- die, deux établissements bancaires jouent les pompiers. La Banque postale a dégainé en premier. Elle débloque une enveloppe de 2 milliards d’euros de crédit à court terme, des prêts à un an maximum. Cet argent sera puisé dans les li- quidités de la filiale de La Poste, qui peut se targuer d’être la seule banque à afficher des dépôts lar- gement excédentaires par rapport à ses crédits. L’autre geste vient du Crédit agricole, qui détient 20 % du marché du financement des collectivités selon la Banque de France. La Banque verte met sur la table 1,9 milliard d’euros pour des crédits à long terme, cette fois. L’offre consiste en un prêt amortissable sur quinze ans, à un taux légèrement inférieur à 5 %. Elle s’adresse aux collectivités moyennes et grandes, pour des projets d’une certaine envergure, de 5 à 50 millions d’euros. Et, perspective rassurante, le Crédit agricole n’exclut pas de renouveler ce type d’offre à l’avenir. Si cet incendie financier n’en finit pas de prospérer, c’est qu’il évolue sur un terrain favorable, celui de l’assèchement du crédit. Depuis le début de la crise, les banques font preuve d’une extrême prudence en accordant des prêts avec parci- monie et selon des critères de plus en plus stricts. De plus, en ce qui concerne le financement à moyen et long termes, la succession de Dexia – principal bailleur de fonds des collectivités – prend forme dans la douleur. Un projet d’établissement bancaire associant La Banque postale et la Caisse des Dépôts est, certes, censé voir le jour avant la fin de l’année, mais il se heurte à l’examen tatillon de Bruxelles. La Commission européenne émet des réserves sur le plan de démantèlement de la banque franco-belge. Le problème ? Les modalités de liquidation, éta- blies en octobre dernier, prévoient que Dexma – la structure de re- financement de la banque moribonde – lui survive et serve à financer les prêts de la future banque aux collectivités. Inacceptable pour Bruxelles, qui y voit une pérennisation du modèle, jugé bancal, de Dexia. Du coup, le nouveau ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, use de toute son influence pour convaincre les autorités européennes du bien-fondé du plan de l’automne dernier, élaboré par... le gouvernement de François Fillon ! Paradoxe qui n’est pas couronné de succès jusqu’à présent. Mais bon. Sautons l’étape, admettons que les hypothèques bruxelloises soient levées et que la nouvelle entité voie le jour. Elle ne couvrira pas tout le terrain occupé par Dexia, acteur historique. Détenue à 65 % par La Banque postale et à 35 % par la Caisse des dépôts, elle devrait distribuer en rythme de croisière environ 5 milliards d’euros de crédit à long terme, alors que la Franco-Belge n’en octroyait pas moins de 8 milliards au plus fort de son activité. La crise des finances publiques locales n’est donc pas près d’être résolue, ce qui ne manquera pas de laisser bien des pans de l’économie française dans l’ornière (le bâtiment, par exemple), dans la mesure où l’échelon local porte près des trois quarts de l’investissement public. Les efforts des pompiers sont donc bienvenus... mais insuffisants.

Florence Cohen Article paru dans le numéro 448 du mercredi 4 JUILLET 2012

Écrit par

Florence Cohen

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