Accueil / Politiques / Nicolas, le roi nu
arrowRetour
Politiques

28 septembre 2011

Nicolas, le roi nu

Par Philippe Tesson
[caption id="attachment_203" align="alignleft" width="300" caption="Philippe Wojazer / AFP"][/caption] Pour Philippe Tesson, ces élections sénatoriales marquent l’ultime échec des réformes de Nicolas Sarkozy. Désormais, le Président est seul face à lui-même. Et du coup, selon l’éditorialiste-écrivain, il est condamné à adopter une stratégie de personnalisation extrême pour tenter de reconquérir l’opinion d’ici mai 2012. Faut-il parler de révolution avec cette victoire de la gauche aux élections séna- toriales ? Le mot est peut-être excessif mais il a ceci de vrai qu’il marque une rupture avec le paysage politique qui était le nôtre depuis 1958. Cette « révolution » ponctue en réalité une succession de défaites de la droite aux diverses élections locales et régionales qui ont eu lieu depuis sept ans et s’inscrit dans une logique arithmétique très démocratique. C’est une conclusion, un point d’arrivée. La question est de savoir si elle marque également un point de départ. L’événement n’en a pas moins une grande portée symbolique et des effets politiques. Ces derniers concernent les rapports entre la Haute Assemblée et le pouvoir exécutif. C’est à moyen terme que se pose ce problème. Déjà présent, le président de la République va certes se heurter à un Sénat hostile, ce qui le condamne à réviser à la baisse ses projets réformateurs. Mais le réalisme ne l’aurait-il pas déjà invité à la modération, à sept mois des élections ? En revanche s’il est réélu il devra se soumettre aux lois d’une cohabitation difficile. S’il ne l’est pas, le président de gauche bénéficiera au contraire d’une confortable tranquillité dans sa relation avec le législatif. Qu’elle fût prévisible, la victoire de la gauche n’en est pas moins une sanction contre la politique gouvernementale. Le glissement à gauche des assemblées locales et régionales n’explique pas tout, ou plus exactement il répond à des raisons qui tiennent à un mécontentement général, lui-même relatif à des motifs objectifs : la crise, ses effets, les « affaires », etc. Pour la première fois depuis l’avènement de la Ve République, le Sénat, assemblée traditionnellement conservatrice, se fait l’écho de la sensibilité populaire. À quoi s’ajoute, de la part des grands électeurs, une réaction de défense voire de révolte contre les récentes réformes territoriale et fiscale qui ont atteint leurs intérêts. Le Sénat nouveau apporte sa voix au concert d’hostilité qui accompagne la politique de Nicolas Sarkozy. Or le Sénat est l’institution la plus emblématique de la République, au second rang derrière l’Élysée. Elle l’est dans l’ordre symbolique, à défaut de l’être en termes de pouvoir. Elle est une force structurante éminente de l’État. Et de la nation: elle émane en effet du suffrage universel, fût-il indirect. Son passage à l’opposition est donc en soi un fait politique important, mais plus important encore si on le rapporte à un mouvement général. Depuis son arrivée au pouvoir, Nicolas Sarkozy a vu en effet la plupart des institutions représentatives de la nation prendre leurs distances avec lui, dans des domaines aussi divers que le social, l’économique, le judiciaire, le culturel, etc. Il ne s’agit pas ici de juger du bien-fondé de ce phénomène, mais de le constater. Or aujourd’hui, le corps politique le plus référentiel de l’État, et qui figure parmi les plus historiques, et dont l’image est celle de la sagesse et de la modération, passe à l’opposition au pouvoir en place et apporte sa caution à l’opinion majoritaire, au moment où ce pouvoir est contesté. Ainsi, à sept mois de la présidentielle, la situation de Nicolas Sarkozy apparaît-elle dans sa vérité. L’élection sénatoriale éclaire celle-ci d’une lumière particulière, plus solennelle, on allait dire plus officielle. Quelle vérité ? Le roi est nu. Il est dans une grande solitude, contesté par le peuple, mis en cause par de nombreux corps constitués et mal assuré au sein même de sa propre majorité. Il a mené depuis son avènement un chemin personnel, au mépris de sa popularité. Il paie cet orgueil et le fait dans une posture d’indifférence qui ajoute au désarroi du peuple. Le voici par là même condamné, dans les mois qui viennent et durant sa campagne, à une stratégie de personnalisation, conforme au demeurant à sa nature qui le pousse volontiers au défi. Il va jouer cette épreuve, ainsi qu’il le fit en 2007, comme un face-à-face direct avec le peuple, mais dans un rapport de force moins favorable qu’à l’époque, loin des usages démocratiques traditionnels auxquels les Français restent attachés, et dans la certitude de sa pertinence. Ce sera un quitte ou double.

Les autres articles

Politiques

11 octobre 2017

Questions au gouvernement : du vrai théâtre au théâtre vrai

Invectives aussi nombreuses qu’inintelligibles. Pupitres qui claquent au rythme d’une indignation orchestrée. Députés se lançant des regards aussi tranchants que des coups d’épées… Le spectacle des Questions au gouvernement à l’Assemblée est souvent décrié tant il offre une image dévalorisée de la fonction parlementaire. Il correspondrait à un jeu théâtral aussi bien rodé que dépassé.

Politiques

18 juillet 2017

François Patriat : "Le groupe LREM au Sénat ne peut espérer devenir majoritaire en septembre"

Entretien avec François Patriat, sénateur de la Côte d’Or, président du groupe LREM au Sénat

 

Politiques

10 juillet 2017

Les élus de La République en marche incarnent-ils le renouveau démocratique ?

Politiques

4 avril 2017

Législatives : le casse-tête du renouvellement

Malgré les départs d’élus sortants, les partis traditionnels peinent à renouveler en profondeur les profils de leurs candidats. Chez « 577 pour la France », le parti du centriste Jean-Christophe Fromantin, et surtout au sein d’En marche !, on croule au contraire sous les dossiers de personnes issues de la société civile.

Politiques

4 avril 2017

Jérôme Chartier : l'impassible

En tant que conseiller spécial de François Fillon, le député du Val-d’Oise Jérôme Chartier est de toutes les batailles.

Politiques

4 avril 2017

« J’ai tellement eu de bonheur à être parlementaire… »

Claude Bartolone nous livre son regard aiguisé sur la campagne présidentielle, puis se remémore le film de cette 14e législature. Le président de l’Assemblée nationale nous fait enfin une annonce : il retourne travailler dans le secteur privé, une première pour un président de l’Assemblée.

fermer