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Portraits

8 février 2017

Olivier Faure : en quête d’équilibre

Il n’a jamais été frondeur, mais n’est pas non plus légitimiste. Le nouveau chef de file des socialistes à l’Assemblée entend surtout remettre la machine en route, retrouver le sens du collectif. Un rôle pour lequel il semble s’être toujours préparé

Il s’est longtemps vu comme « le gagnant du loto ». Désormais, il serait davantage « l’enfant du divorce ». Olivier Faure est un cas rare au PS. Proche collaborateur de Martine Aubry lorsque cette dernière était ministre de l’Emploi au sein du du gouvernement de Lionel Jospin, il a ensuite accompagné François Hollande, alors premier secrétaire du PS, pendant sept ans. Forcément, la parenté intrigue. Lui aimerait aujourd’hui encore « réconcilier le père et la mère », dit « vivre avec l’idée – peut-être un peu naïve – que ça a été possible et que ça le sera à nouveau ». Une chose est certaine cependant : à ses yeux, les « deux gauches irréconciliables », un temps théorisées par Manuel Valls, n’existent pas. « Elle sont toujours aussi complémentaires, comme le passé l’a si souvent démontré », assène-t-il avec conviction. Il est comme ça, le nouveau président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale. Parfaitement serein, bien que le parti dans lequel il milite depuis ses 16 ans n’ait jamais paru aussi divisé et affaibli. D’ailleurs, le député de Seine-et-Marne ne croit pas davantage à « la terrible défaite » que tous les oiseaux de mau­vaise augure promettent au PS aux prochaines législatives.

Est-ce donc en raison de son optimisme à toute épreuve que les élus socialistes l’ont préféré, le 13 décembre dernier, à Guillaume Bachelay ? Ou plutôt parce que ce dernier s’est toujours illustré par son sens poussé du dialogue ? Avec son franc-parler habituel, le chef de file des frondeurs, Christian Paul, a résumé l’affaire dans les colonnes de l’Opinion : « Le tandem Cazeneuve-Faure, c’est quand même autre chose que Valls-Le Roux. On n’est plus dans une caserne. Si on avait eu ce duo plus tôt, on n’en serait sûrement pas là. » Chez les légitimistes, nombreux sont ceux qui n’en pensent pas moins. Et de rappeler que le parcours d’Olivier Faure prouve sa capacité à travailler avec tout le monde. À peine élu, et sans accabler son prédécesseur, Olivier Faure s’est simplement contenté de souligner que le groupe avait besoin de retrouver convivialité et solidarité. Aussi a-t-il pris soin de représenter les différents courants du parti au moment de choisir les vice-présidents de groupe. « Et puis, il n’était pas inféodé, remarque l’un de ses voisins de banc de l’hémicycle. Les quelques coups de fils des ténors en faveur de son adversaire ont eu l’effet inverse à celui escompté. Il n’y a d’ailleurs qu’eux pour croire que ça marche encore… »

Les amendements qui fâchent

Pour autant, Olivier Faure n’a pas toujours été perçu comme celui qui n’était pas « le candidat de… ». Bien au contraire. Car après Martine Aubry, puis François Hollande, cet « apparatchik pur jus et assumé », comme l’a un jour décrit Le Monde, a longtemps été le bras droit de Jean-Marc Ayrault. De 2007 à 2012, il a ainsi rempli les fonctions de secrétaire général du groupe socialiste à l’Assemblée. Cinq années d’étroite collaboration qui lui ont valu l’inévitable étiquette d’« ayraultiste ». Or, être aussi proche du chef de la majorité n’aide pas vraiment à se faire accepter. D’autant plus si l’on est député fraîchement élu. Dans les premiers mois, on aurait même tendance à se méfier de lui. « Beaucoup le voyaient comme le porte-parole officieux de Matignon, reconnaît un parlementaire, ce qui a rendu ses débuts un peu compliqués. Lui-même était en retrait, coincé d’une certaine manière. » En 2014, le retour contraint du député de Loire-Atlantique au Palais-Bourbon libère son ancien protégé. Et Manuel Valls, désormais installé à Matignon, ne va pas tarder à s’en apercevoir. La première anicroche a lieu à la fin 2015, quand Olivier Faure cosigne avec 159 autres parlementaires un amendement fiscal au budget, un article sur la CSG dégressive dont ne voulait pourtant pas le gouvernement. Mais ce n’est rien comparé à la « sacrée avoinée » – dixit un témoin de la scène – qu’Olivier Faure reçoit, le 5 juillet dernier, durant une réunion de groupe. Le débat sur la loi travail fait rage et chez les députés proches de Valls, on ne décolère pas. Car, celui qui n’est alors que vice-président de groupe PS tente par tous les moyens d’éviter un nouveau 49.3. Énième passage en force qu’il juge bien trop délétère. Accompagné de Kader Arif et  Marie-Arlette Carlotti, il propose donc un amendement de compromis : un texte, soutenu par 123 députés socialistes, qui prévoit de maintenir à 25 % le taux de majoration des heures supplémentaires. « Le genre de point d’équilibre qui permet de vivre ensemble longtemps », expose-t-il encore aujourd’hui. Moins fleur bleue, ses contempteurs n’y verront qu’une attaque à peine déguisée contre le Premier ministre. « C’est vrai qu’il proposait une porte de sortie, une solution collective, c’est pénible ! », ironise Valérie Corre. La députée du Loiret n’a pas été surprise ce jour-là. « Olivier n’en fait jamais une histoire de personnes, déteste les conflits inutiles, est du genre à chercher l’arrangement jusqu’au bout », le décrit-elle. Amis d’enfance à Orléans, tous deux ont commencé à militer dès les années lycée. Elle se souvient d’un camarade au tempérament déjà fichtrement pondéré et qui ne laissait jamais son idéalisme empiéter sur la recherche d’efficacité. Un sens de la retenue qui lui « va mieux à l’approche de la cinquantaine », plaisante-t-elle. « Car avant, c’était plus agaçant. Déjà qu’être au MJS dans les années 1980, et d’autant plus chez les rocardiens, ça ne témoignait pas d’un grand esprit révolutionnaire. Mais, c’était encore plus vrai pour lui. »

« Ah, si seulement, ils m’avaient écouté… »

Eurasien, né d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Faure y voit, amusé, « son côté confucéen ». Avant de citer plus sérieusement un extrait du livre Le Troisième Homme de Graham Greene : « Les principes sont faits pour être violés. Être humain est aussi un devoir. » « J’y puise l’idée qu’au-delà des grandes phrases, il y a d’abord la nécessité de trouver la voie qui rassemble et permet d’avancer », traduit-il. Raison aussi pour laquelle celui qui, adolescent, acceptait mal qu’on le surnomme « le bridé » ou « le Chinois », avait pris la parole devant les élus socialistes pour déclarer : « Avec la déchéance de nationalité, nous aurons la division de la gauche en première lecture et nous n’aurons pas le Congrès en deuxième lecture. » Secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen lui avait alors reproché son manque de vision politique, sa naïveté quant aux logiques d’appareil. L’histoire a depuis tranché. Si on le sent toujours sur la réserve, soucieux de ne pas trop se mettre en avant, Olivier Faure ne peut s’empêcher de noter : « Manuel Valls et le 49.3, François Hollande et la déchéance de nationalité. Tous deux, aujourd’hui, en éprouvent des remords. Ah, si seulement, ils m’avaient écouté… » Le patron des députés socialistes y voit d’ailleurs une autre raison à son élection. Une prime à celui qui, contre toute attente, a su tenir tête. Il ne faut pourtant pas attendre de lui d’autres critiques du quinquennat. François Hollande est, à ses yeux, bien trop durement jugé eu égard aux multiples crises auxquelles il a dû faire face tout au long de son mandat. Le 6 mai 2012, c’est Olivier Faure, en charge des sondages, qui avait annoncé au député de la Corrèze sa victoire face à Nicolas Sarkozy. « Il n’a jamais mérité ce procès en incompétence que trop lui ont fait », remarque-t-il dépité. Il était de ceux qui travaillaient et appelaient à la bataille pour sa réélection face à une droite « ultra-libérale et néo-conservatrice ». Elle n’aura pas lieu. Alors, Olivier Faure, qui s’est bien gardé de s’exprimer pendant les primaires, entend aujourd’hui être un repère, un trait d’union. Après la fin de la session parlementaire, le 24 février prochain, il entend maintenir les réunions de groupe, éviter toute dispersion des troupes. « Parce que j’ai en mémoire la campagne de Lionel Jospin, où les élus et leur connaissance des différents territoires furent trop longtemps négligés… », argue-t-il. En 2002, la déroute du candidat socialiste fut l’une des plus grandes surprises de l’histoire politique du pays, une victoire en mai 2017 n’en serait pas moins une. Toujours aussi impassible et optimiste, Olivier Faure, lui, y croit. Hamon candidat ? « Nous aurons tous à cœur de nous retrouver et de le soutenir en lui permettant aussi de faire évoluer son projet pour rassembler l’ensemble des socialistes et plus largement l’ensemble de la gauche. », dit-il. Un nouveau point d’équilibre à trouver.

Écrit par

Vincent Berthe

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