Avec les réseaux sociaux une veille à visage humain

Par Manuel Singeot

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Mark Zuckerberg présente Facebook 8. Un exemple de réseau social qui peut être utilisé à des fins de veille industrielle. Photo Justin Sullivan / AFP

L’intelligence économique, autre nom de la veille, est une activité ancienne et stratégique pour les entreprises. Avec les réseaux sociaux, ce secteur d’activité a pris une nouvelle ampleur.

La veille n’est pas l’espionnage. Cette surveillance de son secteur d’activité s’est toujours fondée sur les données publiques : études statistiques publiées par les grands instituts publics et privés, comptes et résultats des concurrents, état des marchés nationaux et internationaux, ces indicateurs n’ont rien de confidentiel et les entreprises de veille n’ont rien à voir avec des officines plus ou moins légales. Mais Internet constitue un très vaste fonds documentaire et les réseaux sociaux ont permis l’émergence de données autrefois inaccessibles. Continue reading

L’emploi, l’emploi et… encore l’emploi !

Par Axel de Tarlé

S’il ne devait y avoir qu’un thème de bataille dans la campagne qui s’annonce, ce serait à coup sûr l’emploi. Avec le pouvoir d’achat, c’est redevenu la préoccupation majeure des Français. Ils sont 81 % à penser que la lutte contre le chômage doit être la priorité absolue du prochain Président. À droite et à gauche, on met la dernière main aux propositions des candidats.

Luc Oursel et François Baroin. Le ministre des Finances a signifié au patron d’Areva que l’emploi ne pouvait être « une variable d’ajustement ». Photo Fred Dufour / AFP

Avec 2,8 millions de personnes sans emploi, le chômage est à son plus haut niveau depuis décembre 1999, depuis le siècle dernier ! Et ce n’est qu’un début. Selon l’OCDE, il atteindra 10,4 % d’ici la fin 2012, contre 9,7 % actuellement. En cause, le ralentissement économique. Toujours selon l’OCDE, la croissance devrait se limiter à 0,3 % l’année prochaine, contre 1 % attendu par le Gouvernement. Naturellement, l’emploi sera au cœur des élections. Un jeune au chômage, c’est trois électeurs mécontents, le jeune et ses deux parents ! François Baroin a décrété une sorte de moratoire sur les plans sociaux dans les entreprises semi-publiques. C’est la « jurisprudence Areva ». Le ministre de l’Economie a convoqué dans l’urgence son patron sur de simples rumeurs de plan social pour lui signifier que l’emploi ne pouvait être « en aucun cas une variable d’ajustement ». Le ministre exhorte « Areva, au même titre que toutes les entreprises publiques », à se « mobiliser sur le maintien de l’emploi en France ». Message reçu chez EDF, Air France, Renault, EDF, ADP, GDF Suez… Continue reading

Roussat, un homme de valeurs

Par Jean-François Coulomb des Arts

Puissant patron du troisième opérateur de téléphonie mobile, Olivier Roussat se dit toujours prêt à affronter les concurrences. Bouygues Telecom entend bien conforter ses positions sur un marché très chahuté. Et son directeur général ne manque pas d’atouts pour y parvenir.

Olivier Roussat, directeur général de Bouygues Telecom. Le secret de sa réussite : une double vie qui le rassure, Bouygues d’un côté et sa vie de famille de l’autre. Photo Eric Piermont / AFPAFP

De son bureau, du 22e étage de la tour Bouygues Telecom, à Issy-les-Moulineaux, la vue est superbe. Paris à ses pieds. De quoi faire tourner les têtes. Olivier Roussat reste de marbre. L’homme est chaleureux et réservé. Direct et simple. C’est dans son ADN. Il émane de lui une force tranquille. Enfant de l’Allier, c’est un terrien, pétri de bon sens. Il a le côté rafraîchissant du provincial à Paris. Pas dupe un instant des mirages de la capitale. Ce n’est pas lui qui se perdra dans la comédie parisienne. Ses valeurs le protègent. Une vraie cotte de mailles. Valeurs, le mot revient régulièrement dans son discours. Ses valeurs ne sont pas négociables, gare à celui qui y touche. Continue reading

Une ville de confluences

Par Pierre de Vilno

Avec l’aide de nombreux architectes, dont les Suisses Herzog & de Meuron, le sénateur-maire de Lyon ouvre pour sa ville une période de grands travaux. Aménagements des rues, constructions d’immeubles, créations de musées, la capitale des Gaules va être redessinée pour organiser la confluence entre Saône et Rhône.

Panoramique du quai Rambaud en 2011. © THIERRY BAZIN

Innover d’abord, dupliquer ensuite. Voilà l’esprit de Gérard Collomb, sénateur-maire de Lyon et président du Grand Lyon, sur ce projet urbain pharaonique et diversifié, qui devrait s’achever à l’horizon 2025. Sans remonter aux Romains, qui, déjà, avaient établi des fortifications sur les collines qui surplombent le confluent au premier siècle avant J.-C., cela fait plus de deux cents ans que ce projet d’habilitation de la Confluence existe. Après une longue période de bagne, où cette rareté naturelle qu’est la jonction de deux fleuves majeurs avait été reléguée à l’industrie, aux prisons et aux abattoirs (à tel point qu’on l’appelait « derrière les voûtes de Perrache »), la Confluence va enfin devenir un vrai quartier. Mieux que cela : le projet va consister en un test grandeur nature de ce que pourraient devenir, dans un futur proche, toutes les grandes agglomérations. C’est la raison pour laquelle la Cité de l’architecture, à Paris, dans sa galerie d’actualité, propose de découvrir à quoi ressemble une « redéfinition de la ville ». Car, explique Francis Rambert, le commissaire de cette exposition et directeur de l’Institut français d’architecture, ce projet est une expérimentation, comme c’est le cas avec l’île de Nantes, Euroméditerranée à Marseille, le bassin à flots à Bordeaux ou encore la deuxième phase d’Euralille. « Dans les années 1960, dit Francis Rambert, le principe était la tabula rasa. Aujourd’hui, on aménage l’existant. » Continue reading

Après les élections législatives en Russie Poutine (re)prend la direction du Kremlin

Par François Clemenceau

Avec 238 députés et une courte majorité absolue, les partisans de Vladimir Poutine vont permettre à l’actuel Premier ministre russe de reprendre la présidence dès le printemps prochain. Même s’il reste populaire, force est de constater que Poutine règne sur une Russie qui a du mal à trouver son équilibre entre régime soviétique et démocratie à l’occidentale.

Photo Sergei Karpukhin / AFP

À la veille du scrutin bien peu d’observateurs auraient osé parier sur une défaite de Russie unie. Ils ont bien fait puisque même si Russie unie, le parti qui soutient Poutine, a perdu près de 15 points, il n’en conserve pas moins d’une courte tête la majorité absolue à la chambre basse du Parlement. Quand à ceux qui ont profité de cette baisse de tonus du Premier ministre russe, ils se sont tous positionnés commes des concurrents directs de Poutine sur son aile droite ou sur son aile gauche. En aucun cas il ne pouvait s’agir de partis démocratiques pro-occidentaux, décapités d’avance par un régime électoral à la proportionnelle qui ne répartit les sièges qu’au-delà du seuil de 7 % des voix. Autrement dit, rien à craindre pour Vladimir Poutine et son complice Dmitri Medvedev. La version officielle ordonne de ne voir à travers les résultats qu’une érosion naturelle, nullement un rejet de la politique imposée ces dernières années par le système. Les rédacteurs du Centre de projets stratégiques, la cellule chargée de l’élaboration du programme politique de Poutine, avaient d’ailleurs parfaitement anticipé et diagnostiqué cet effritement. Dans leur rapport daté du 10 novembre, les études menées auprès de l’opinion publique russe montraient clairement un affaiblissement du tandem bicéphale Poutine-Medvedev. Selon leur enquête, l’image « modernisatrice » du Président a été ternie par un jeu politique qui tourne à l’immobilisme. Comme l’écrivait récemment la Nezavissimaïa Gazeta, « cette atteinte à la crédibilité de Medvedev n’a pas profité à Poutine, un phénomène particulièrement flagrant dans l’aile droite de l’électorat ». D’où la remontée dans les urnes du Parti communiste et du Parti libéral-démocrate (ultranationaliste) du toujours aussi controversé Vladimir Jirinovski. Continue reading

Bachelot kiffe Clemenceau

Par Éric Fottorino

La ministre des Solidarités aime les grandes gueules, les résistants, les féministes et l’humour. À ses yeux, depuis un siècle, seul Clemenceau symbolise ses passions multiples. Un mentor dont elle pourrait parler pendant des heures.

Photo Fred Dufour / AFP

Dans son bureau de la rue de Varenne où trône une grande photo en noir et blanc du Premier ministre François Fillon, la ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale Roselyne Bachelot n’hésite pas une seconde : pour exprimer son tribut d’admiration et d’engagement, c’est la figure de Georges Clemenceau qui lui vient à l’esprit. « Un homme politique puissamment original », dit-elle d’entrée de jeu, après avoir souligné que ce médecin – il exerça pendant vingt ans – était originaire de sa région ou presque. La Vendée pour le « Tigre », né à Mouilleron-enPareds, le Maine-et-Loire pour elle.

Du bon côté

Mai si Roselyne Bachelot ne tarit pas d’éloge sur l’ancien président du Conseil, ce n’est pas, loin s’en faut, au nom de la seule fibre régionale ou médicale. Elle respecte cette personnalité impossible à enfermer dans une case, qu’une partie de la droite considérait comme un dangereux trublion d’extrême gauche, et qui aimait le pouvoir sans s’en rendre prisonnier, l’esprit libre. « Il était attaché à son indépendance et sut quitter les ors de la République quand il n’était pas d’accord », mentionne la ministre. À preuve cette grande simplicité qu’il savait adopter jusque dans sa maison de Jard-sur-mer. « On lui demandait où était la salle de bains. Il ouvrait la fenêtre et montrait la mer ! » s’exclame-t-elle avant de lancer ce cri du cœur : « Il était toujours du bon côté. » Continue reading

La quadrature du centre

Par Robert Namias

Après Hervé Morin, François Bayrou annonce à son tour sa candidature. Le président du MoDem fait le pari d’atteindre au minimum son score de 2007, voire de l’augmenter pour être présent au deuxième tour.

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François Bayrou. Le candidat du MoDem vise la deuxième marche du podium.

Le centre peut-il rester au centre ? Ni droite ni gauche, pour la troisième fois, François Bayrou se jette dans l’arène présidentielle en espérant faire plier l’un des deux camps pour se retrouver face à l’autre au deuxième tour. Près de 7 % en 2002, plus de 18 % en 2007, aucun pari n’est impossible. Mais celui-ci s’avère particulièrement ambitieux. Redoutable et pertinent dans le constat, le leader du MoDem doit encore convaincre sur un projet centriste difficile à cerner. Et c’est bien toute la difficulté des représentants du centre, qui ont du mal à résister à la cannibalisation de l’UMP ou du PS. Borloo a jeté l’éponge, d’autres affichent leur appartenance au camp du Président. Quant à Hervé Morin, ancien ministre qui revendique aujourd’hui son autonomie, il peine à convaincre.

Reste donc François Bayrou qui demeure aujourd’hui un incontournable de la bande des quatre (avec Sarkozy, Hollande et Marine Le Pen). Seule question : que fera-t-il si d’aventure il n’était pas en piste pour le 6 mai. C’est la quadrature du centre. Les atermoiements de François Bayrou entre les deux tours de 2007 l’ont durablement desservi depuis cinq ans. S’il veut continuer d’exister après l’élection, il devra choisir. Clairement cette fois. Avec l’assurance rassurante que sa peau vaudra très cher en termes de contenus présidentiels. Sarkozy et Hollande n’hésiteront pas à y mettre le prix.

Vox Populi

Editorial, par Robert Namias

Il était une fois un pays où les ouvriers votaient à gauche et les bourgeois à droite. C’est un temps que les moins de trente ans ne connaissent pas et que les électeurs de moins de cinquante ans ont oublié. En 1981, même si Georges Marchais avait déjà accusé une forte baisse, le PC était encore à 15%. Des scores aujourd’hui inaccessibles au point que même un leader du Front de gauche n’oserait en rêver. Au PS même constatation : une bonne partie de l’électorat populaire a déserté ce côté de l’échiquier politique pour passer avec armes et bagages à l’extrême de la droite, quand ce n’est pas directement au Front National. Conséquence, Nicolas Sarkozy n’est aujourd’hui pas mieux loti que son challenger socialiste. Lui aussi a vu filer au cours de son quinquennat le vote des classes moyennes qu’il avait réussi à récupérer en 2007 au point de déshabiller en partie la mouvance de Jean-Marie Le Pen. Bref, le peuple affiche plus que jamais une défiance dans ses élites qui pénalisera au premier tour de la présidentielle, les deux favoris de 2012.

Depuis 1958, droite et gauche n’ont pu gagner qu’en captant ces voix populaires. C’était déjà vrai pour de Gaulle, ça l’était encore pour Chirac et Sarkozy et évidemment pour Mitterrand. Du coup, l’actuel président et le candidat socialiste vont devoir trouver les arguments de campagnes qui attireront ces votes décisifs. Sarkozy jouera à l’évidence sur l’aspect protecteur de son rôle face à la crise, y compris en mettant à nouveau l’accent sur les questions de la sécurité et de l’immigration. Quant à Hollande, c’est sur l’emploi et le pouvoir d’achat qu’il va concentrer ses propositions. Chcun parlant d’une même voix pour dire sa volonté de réduire la dette. Et c’est bien là leur difficulté. Comment se différencier alors que les marges de manoeuvres sont quasi inexistantes ? Comment redonner envie à ces couches populaires qui considérent que l’un et l’autre ne sont que les deux visages d’une même politique ?

Dans tous les cas, c’est celui qui s’avérera le plus convaincant auprès des plus modestes qui finira par l’emporter. En rassemblant mieux que l’autre au second tour.

«Aujourd’hui, le centre a plus d’idées que de troupes, il doit donc privilégier une stratégie d’influence plutôt qu’une stratégie de puissance »

Interview se Jean-Pierre Raffarin, par Eric Mandonnet.

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Jean-Pierre Raffarin, ancien premier ministre, sénateur UMP de la Vienne

Le centre, aujourd’hui, est-ce une idéologie, une méthode ou un tempérament ?

Ce n’est pas une idéologie et c’est un refus de l’esprit de système. D’évidence, le centre est l’alliance d’un tempérament et de quelques thématiques. Le tempérament est celui du respect, de la tempérance, de la modération – un comportement ferme mais pas brutal, ouvert mais pas anarchique. Le centriste se place en position centrale, il est un militant de la cohésion. Les thématiques, quand Valéry Giscard d’Estaing fait gagner le centre, sont l’économie libérale, l’ambition européenne et la décentralisation. Aujourd’hui, je perçois trois autres priorités. D’abord, la promotion de la « smart génération », celle née avec l’aptitude numérique, pour mieux équilibrer la société face à son vieillissement. Ensuite, le nouveau partage du pouvoir : la Ve République a construit la République du leadership, mais l’exercice solitaire du pouvoir est toujours menaçant. N’oublions pas Montesquieu et, donc, légitimons davantage le dialogue social et relançons la décentralisation. Avec la crise, la centralisation est de retour, et elle conserve ses défauts. Enfin, il nous faut ouvrir les fenêtres de la France sur le monde. Notre pays a trop les volets clos. Le centre est à l’aise avec la diversité culturelle, il retrouve ici à la fois son goût de l’ouverture et les racines chrétiennes de ses convictions. Continue reading

«Si l’élection ne se gagne pas au centre, le vainqueur ne pourra pas ensuite ignorer le centre »

interview de M. Jaffré, par Ludovic Vigogne
Pour Jérôme Jaffré, la priorité de François Bayrou va être de dire qui est son adversaire principal. Nicolas Sarkozy ou François Hollande, le leader du MoDem devra choisir s’il veut peser après le 6 mai. Pour le directeur du Cecop, la question est de savoir de quelle déception il sera le réceptacle au premier tour ?
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Jérôme Jaffré, directeur du CECOP (Centre d'Etudes et de Connaissance sur l'Opinion Publique)

Quel est aujourd’hui l’espace électoral de François Bayrou ?

Son talent de candidat, son expérience politique, son goût des campagnes conduisent logiquement à le classer parmi les grands candidats. Mais le score que lui accordent les sondages aujourd’hui montre que sa situation est difficile. Faute d’avoir su ou pu construire une vraie force politique depuis 2007, il n’a d’autre assise électorale que son image personnelle. Soit dit en passant, on voit que François Hollande a raison d’accorder une si grande importance à une bonne coordination avec le PS. C’est ce qui lui donne son assise électorale.

Le score de 18,5 % de François Bayrou en 2007 est un exploit occasionnel dont il lui faut trouver la recette pour le rééditer ou au moins l’approcher. Quand on regarde dans les enquêtes les transferts des électeurs de 2007 sur les candidats d’aujourd’hui, on s’aperçoit que Marine Le Pen retrouve 85 % des électeurs de son père, François Hollande 80 % de ceux de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy moins, soit tout de même 75 % de ses propres électeurs. Mais François Bayrou, lui, en retrouve moins du tiers des siens ! Désormais, la moitié de ses électeurs de 2007 considère qu’il ne ferait pas un bon président de la République. Il est dans la situation où tout est à refaire. Jusqu’à présent, il a bâti sur du sable. Continue reading