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Débats

31 janvier 2014

Pour la première fois, il sera impossible d’invoquer l’inutilité des élections européennes

[caption id="attachment_4160" align="aligncenter" width="600"]Par Martin Schulz, président du Parlement européen Par Martin Schulz, président du Parlement européen[/caption] Entre le 22 et le 25 mai prochains, les citoyens européens seront appelés à élire leurs représentants au Parlement européen. Ce n’est pas une échéance inattendue : depuis 1979, les élections européennes ont lieu tous les cinq ans. Malgré cette régularité de métronome, le scrutin n’a pas réussi à convaincre les citoyens européens. En 2009, plus de 55 % d’entre eux se sont abstenus. Ils étaient près de 60 % en France. Ce n’est pas une nouveauté : la participation aux élections européennes subit depuis 35 ans une érosion inexorable, alors même que les pouvoirs du Parlement n’ont cessé de croître durant cette même période. Peut-on en déduire que les citoyens méprisent l’Europe ? Non, d’autres scrutins sur les enjeux européens ont suscité des débats passionnés et des participations fortes. On peut cependant saisir une lassitude, une incompréhension. L’Europe est une promesse pour des millions de personnes. Une promesse de paix, de sécurité, d’idéaux humanistes, mais aussi d’impératifs sociaux et de croissance. Si la paix est assurée et son principe ancré dans tous les cœurs, l’Europe n’a pas su répondre aux autres défis. L’Europe n’est plus un foyer de croissance, l’emploi n’y est plus assuré, l’Europe a parfois failli dans sa tâche de protection des droits. L’idée que, ensemble, les Européens seraient plus forts, n’est plus incarnée par l’Union européenne. Face à cette situation, les Européens ont voulu s’exprimer, ont réclamé du changement. Cette exigence pour le projet européen était peut-être entendue, mais pas répercutée. Le format inédit des prochaines élections européennes change la donne. En effet, le traité de Lisbonne prévoit que, pour la première fois, cette année, les chefs d’État et de gouvernement tiennent compte des résultats des élections dans le choix du candidat à la présidence de la Commission européenne qu’ils présenteront au vote du Parlement. Cette désignation se déroulait autrefois derrière les portes closes d’un conclave réunissant les têtes des exécutifs européens. Elle se fera désormais face aux citoyens, dans le respect de leur vote. Pour le Parlement européen, l’esprit de Lisbonne s’interprète ainsi : le parti qui parvient à fédérer une majorité au Parlement derrière son candidat doit remporter la présidence de la Commission. Cette élection est calquée sur les élections législatives nationales qui recueillent l’attention et les suffrages des électeurs européens. Pour la première fois, il sera impossible d’invoquer l’inutilité des élections européennes, de clamer que leur déroulement est exempt d’enjeu de pouvoir. Leur issue modifiera l’équilibre des forces, car ces élections donneront l’occasion aux citoyens de choisir l’Europe qu’ils veulent. Ce nouveau processus entraînera des effets positifs en cascade pour l’Union européenne. Il confortera le Parlement européen dans son rôle de contrôle des institutions européennes. L’exécutif européen dont le président sera élu devra répondre de ses actes devant les électeurs et en sera légitimé et renforcé. Ce processus démocratique ne fait pourtant pas l’unanimité. Les dirigeants des États d’Europe ne veulent pas renoncer à leurs prérogatives et préfèrent rester sourds à la voix des peuples. Une offense à la démocratie qu’ils n’oseraient réclamer pour leur propre pays. Mais offrons-leur le bénéfice du doute. Écoutons plutôt ceux qui expriment leur opposition en soutenant que la Commission européenne ne doit pas être politique. Je leur réponds que la Commission est politique depuis de nombreuses années. Mais cela a été une politique entre élites, loin des citoyens et des élus qui les représentent. Aujourd’hui, un lien clair est établi entre les citoyens et les institutions européens. C’est une promesse de démocratie à des millions de citoyens : l’Europe ne pourra plus se faire sans eux. C’est un pas important en direction de ceux qui, consciemment ou inconsciemment, sont devenus eurosceptiques. C’est un premier pas nécessaire car je comprends leur scepticisme. Je le partage même. L’Union européenne a perdu de vue son objectif : prendre le relais des États membres pour des enjeux supranationaux – l’économie, l’environnement, l’emploi… Elle s’est aujourd’hui perdue dans des errements administratifs, dans des règlements tatillons. Elle s’est déconnectée des Européens. Cette déconnexion, ou son sentiment, a été aggravée par des hommes politiques nationaux qui ont martelé que l’Europe était définitivement un projet lointain, incompréhensible pour le commun des mortels. Ils n’ont désormais plus d’excuse. Les partis européens et leurs composantes nationales ont comme responsabilité de sensibiliser leurs électeurs, de défendre leur programme politique européen, de présenter des candidats aux élections dévoués à leur tâche de législateur et soucieux d’expliquer leur action à leurs concitoyens. Il est de leur responsabilité de rappeler que le Parlement européen est la voix du peuple européen. Un parlement dont les prérogatives se sont élargies. C’est lui qui s’est battu pour un budget à long terme stabilisé, pour des bonus de banquiers encadrés, pour une taxe sur les transactions financières. C’est lui qui s’est battu pour que la contribution aux plus démunis en Europe soit sanctuarisée. Il est de leur responsabilité de rappeler aux Européens que l’Europe est leur quotidien. Que ce qui se décide à Bruxelles n’est pas le fait d’une oligarchie inconséquente. Ils ne doivent plus accabler « Bruxelles » pour des décisions que leurs dirigeants nationaux ont eux-mêmes prises. Il est temps pour eux de redonner à l’Europe ses lettres de noblesse. Ce scrutin sera aussi l’occasion pour les grandes forces politiques de confronter leur vision de l’Europe, de soutenir une candidature trans-européenne pour la tête de l’exécutif européen. La montée redoutée des forces populistes au Parlement européen ne peut être une excuse pour se désengager, une échappatoire pour les pays membres et leurs partis pour traiter à la légère ces élections. En ne prenant part aux élections que du bout des doigts, certains espèrent ne pas avoir à payer les conséquences d’un vote anti-européen. Il n’en sera rien. D’autant que nous le savons tous, aucune élection n’est jouée d’avance. Je porterai les couleurs des socialistes européens à ces élections. Parlementaire européen depuis 20 ans, je me suis battu pour que mon institution soit connue, reconnue et respectée. Européen convaincu, je souhaite réconcilier l’idée européenne avec les attentes des citoyens. Et pour cela, je leur promets un changement de cap, après 10 ans de politique de droite, mais surtout une Commission à l’écoute des citoyens, à l’écoute et sous le contrôle des parlementaires qu’ils ont élus. Martin Schulz

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