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Non classé

8 février 2017

Pourquoi ils ne se représentent pas

Alors que les électeurs aspirent à un renouvellement de la classe politique, seulement un tiers des députés décident de passer le flambeau. Entre bons souvenirs et vagues à l’âme, sept députés de gauche et de droite expliquent pourquoi ils ne se représenteront pas.

Ils sont sept députés de gauche, de droite et du centre. La plupart font peu de bruit médiatique, mais sont souvent qualifiés par leurs pairs de techniciens dans leur domaine. Ils font partie des 118 députés qui ont décidé de ne pas se représenter (voir encadré). Leurs motivations : l’âge, la loi sur le non-cumul ou pour certains désabusés, surtout à gauche, l’envie de se tourner vers de nouveaux horizons, après un quinquennat qu’ils estiment souvent gâché. Le député (LR) Olivier Carré (photo ci-dessus) préfère ainsi lâcher son mandat de parlementaire au profit de sa fonction locale. Ce fidèle soutien de Bruno Le Maire pendant la primaire, réputé pour son expertise sur les questions budgétaires et financières, est maire d’Orléans depuis 2015.

Depuis que la ville a accédé au statut de métropole, son choix s’avérait encore plus évident : « Alors que Bruno Le Maire est favorable à la loi sur le non-cumul, il me faut faire preuve de cohérence. Et puis présider une métropole de 280 000 habitants avec un milliard d’euros de budget, c’est un job qui demande du temps et qui n’est pas conciliable avec un retour dans la majorité. » Si Olivier Carré estime être plus à sa place à la tête d’Orléans Métropole, il considère aussi avoir fait le tour de son mandat. « Il est difficile d’exercer son rôle de contrôle du gouvernement, observe-t-il. J’attends par exemple toujours la réponse à mes questions sur l’assiette des actions dans l’ISF. » La montée en puissance de la technocratie dans le système politique, en germe déjà dans les mandatures précédentes, lui a pesé. « Si on veut faire vraiment de la politique c’est difficile, soupire-t-il. Il faudrait vraiment redonner des marges au Parlement. » De ces cinq années passées au Palais-Bourbon, il regrette déjà la vision globale du territoire qu’il a pu développée. « Avec des parlementaires de tous bords, nous partageons nos expériences. J’aimais bien échanger avec les socialistes Christophe Caresche ou François Pupponi. »

Ces contacts nourris avec l’opposition vont aussi manquer à André Schneider. Il se souvient encore avec émotion de ses échanges courtois avec Martine Aubry, quand elle défendait son plan emploi jeune. À 70 ans, le député LR du Bas-Rhin va quitter le Palais-Bourbon pour « cultiver son jardin ». Comme ses collègues François Scellier (80 ans), Jean-Claude Guibal (76 ans), Michel Terrot (69 ans), l’âge est déterminant : « Je suis pour une limitation de l’âge. Je m’applique la règle : à 70 ans on doit s’arrêter, considère-t-il. C’est à la nouvelle génération d’assumer les responsabilités. » Après quatre mandats, ce membre de la commission des Affaires étrangères, qui occupe la place 164 à côté du banc des ministres, part avec le sentiment du travail accompli. « On peut faire des choses quand on est de bonne composition », analyse-t-il, même s’il regrette la montée du sectarisme de part et d’autre et le manque de temps grandissant pour installer des débats de fond. Pour sa part, le député LR Patrice Martin-Lalande, âgé de 69 ans, veut s’occuper davantage de sa famille : « 25 ans à l’Assemblée c’est déjà bien, dit ce partisan de NKM à la primaire. Il est normal de faire place à une nouvelle génération. Le renouvellement est demandé par nos concitoyens. »

Pour l’élu du Loir-et-Cher, qui s’intéresse au numérique depuis 1997, ce changement d’élus est d’autant plus nécessaire que « le monde est en pleine mutation. Le rôle des intermédiaires a changé. Il faut faire émerger de nouvelles idées. » Avec de nouvelles têtes donc. Même constat pour Michel Piron (UDI) qui transmet son siège à son suppléant. L’élu du Maine-et-Loire a 73 ans. S’il gagne en 2017, il aura 79 ans à la fin de son mandat. « Il est normal de passer la main », affirme-t-il. Avant de partir en juin, il a déjà prévenu son successeur : « On peut faire du travail mais cela demande du temps. Le Parlement ne joue pas son rôle pleinement, à cause de l’inversion du calendrier. Je m’inscris en faux contre le principe selon lequel il est naturel que la majorité suive et la minorité s’oppose. »

Changement de décor et de ton. En ce jour blafard de janvier, à la table d’un café situé en face de l’Assemblée nationale, le député PS Christophe Caresche défend bec et ongles la retenue fiscale à la source. Selon cet expert reconnu en matière économique et financière, ce texte sera sans doute l’un des derniers grands projets du quinquennat. Et sûrement son dernier. L’élu du 18arrondissement à la longue silhouette et la mise impeccable, pilier du pôle des réformateurs au PS, a décidé de partir. Comme bon nombre de ses collègues socialistes. Sa place, qu’il laisse à la ministre du Travail Myriam El Khomri, est pourtant largement gagnable. Le 18e arrondissement, ancien fief de Lionel Jospin et aujourd’hui de l’ancien ministre Daniel Vaillant, est acquis à la gauche depuis de nombreuses années. Ancien maire-adjoint de Bertrand Delanöe, Christophe Caresche a été de toutes les batailles parisiennes. Il fait partie de la génération 97, arrivée à l’Assemblée dans l’euphorie de la dissolution décidée par Jacques Chirac. Ses camarades de l’époque s’appelaient Christian Paul, Arnaud Montebourg et François Lamy.

Ils sont toujours députés et veulent encore l’être. Pour Christophe Caresche, en revanche, il est temps de tourner la page. « À 56 ans, c’est le bon moment pour moi, confie-t-il. Je ne veux pas m’accrocher à mon mandat, je ne veux pas être dépressif. Si je reste, je suis encalminé. En quatre mandats j’ai fait le tour. » La perspective de la perte de la majorité à l’Assemblée a accéléré son choix. « Si je suis réélu, je serai minoritaire. Attendre encore dix ans… », glisse-t-il d’un sourire. De toutes les façons, refaire campagne, il ne le sentait pas : «  Je n’ai pas vocation à jouer les martyrs. » Pour lui, une nouvelle page de la gauche doit s’écrire : « Elle est à la fin d’un cycle dont je fais partie, considère-t-il. Elle va connaître une période de reconstruction et de refondation. Je n’en serai pas. »

Si Christophe Caresche laisse sa place à d’autres, il exprime aussi de nombreux griefs à l’égard de son camp. Le député a le sentiment de ne pas avoir pu correctement exercer son travail, alors qu’il y avait tant de combats à mener, comme « renforcer l’État-providence et rendre les dépenses publiques plus efficaces ». L’action revendicative des fron­deurs, qui dès le début du quinquennat s’est manifestée, il ne l’a toujours pas digérée. « Le quinquennat n’a pas permis de conforter le rassemblement, il a révélé au contraire ses failles. La majorité et le gouvernement doivent faire bloc. Ce n’est pas à la majorité d’exercer le rôle de l’opposition. » Dans ce qui est devenu le psychodrame de la majorité, le gouvernement et aussi le chef de l’État doivent prendre leur part de responsabilité : « François Hollande n’a pas réfléchi à consolider la majorité. Il n’a pas pensé à articuler le travail entre le groupe et le gouvernement. Il n’a jamais assumé le rôle de chef de la majorité présidentielle. » Alors qu’il se souvient des cars d’élus qui se déversaient à l’Élysée pour voir le président Nicolas Sarkozy, aucun lien d’affect n’a été construit avec le chef de l’État. François Hollande a préféré parler à des journalistes…

Veste noire chic et pantalon noir et blanc, Nathalie Nieson, 48 ans, s’asseoit à la buvette des journalistes. Devant un Perrier, la députée PS rappelle les bons et les mauvais souvenirs de ses cinq dernières années : son travail pour aider les associations d’aide aux victimes d’un côté, les scandales Cahuzac et Thevenoud de l’autre. Puis, la quadra, élue en 2012, confie qu’elle ne souhaite pas se représenter. Cette décision est mûrement réfléchie : dès le vote de la loi en 2014 sur le non-cumul, elle a tranché en faveur de son mandat de maire à Bourg-de-Péage dans la Drôme, qu’elle administre depuis 2008. « Comme je me représentais aux municipales de 2014 dans ma ville, je voulais être claire vis-à-vis de mes électeurs, insiste-t-elle. Et puis je m’éclate dans mon mandat de maire. Les nids-de-poule, les questions de voisinage ou de logement, j’aime m’en occuper. À ce niveau, la capacité d’action est grande. » Dans son mandat de députée, Nathalie Nieson s’y est trouvée beaucoup moins à l’aise. Et elle ne s’en cache pas : « Ce n’est pas une fonction faite pour moi, analyse-t-elle. Je ne veux pas être dans la posture. » Celle qui se qualifie comme « un bon petit soldat » a aussi été choquée par le comportement des frondeurs : « Cette manière d’exister, ce n’est pas pour moi. Je ne pensais pas que l’on pouvait siéger pour contrer le vote de ses collègues. Je ne m’y retrouve pas dans cette façon de faire. Pourquoi n’ont-ils jamais été exclus ou reçu des sanctions ? Il y a décidément trop de politique politicienne », complète la députée d’un air presque las.

Quelques jours plus tard c’est au tour du député PS Michel Issindou d’épancher son vague à l’âme, au calme dans son bureau. À l’extérieur, c’est le tumulte : l’Angleterre a décidé le Brexit ; Donald Trump a remporté les élections américaines. « Nous sommes dans un nouveau cycle marqué par des gros slogans, fait remarquer le député PS de l’Isère d’une voix douce. Cela me conforte dans mon choix de ne pas me représenter. » Michel Issindou, 64 ans, est arrivé à l’Assemblée en 2007. Il a été rapporteur de la réforme des retraites de 2013 et aux avant-postes sur les dossiers concernant la sécurité sociale. Il fait partie de la majorité silencieuse depuis le début du quinquennat, face au vacarme médiatique des frondeurs. « Je n’ai pas rêvé de politique avant 43 ans, poursuit-il. J’ai changé de métier plusieurs fois dans ma vie. Je veux donc connaître autre chose après. Je ne veux pas partir les pieds devant.  » Michel Issindou souhaite profiter de ses enfants et ses petits-enfants et voyager. Il s’applique aussi avant l’heure le non-cumul dans le temps : « J’estime que deux ou trois mandats cela suffit. Après on perd sa fraîcheur. L’enthousiasme s’émousse. » Les divisions au sein du groupe PS ont conforté sa décision : « À chaque vote, on en était à compter les loyaux et les déloyaux. Le pic s’est produit lors des grands débats budgétaires. Cela crée des coupures, même humaines. Je ne peux plus parler à certains députés. L’autorité de l’État a été bafouée par des députés. Il n’y avait pas de politique de groupe. C’était à celui qui tente sa chance dans l’Hémicycle. À la fin c’était quasi systématique : même pour un texte banal, les positions orthogonales se faisaient entendre. Il est temps que cela se termine. » D’ici le mois de juin, Michel Issindou entend pouvoir encore admirer les ors de la République, comme il lui arrive souvent de le faire : «  Ces lieux sont porteurs d’une histoire extraordinaire : Jean Jaurès est passé par là. »

118 DÉPARTS ANNONCÉS

Les électeurs réclament à cor et à cri un renouvellement de la classe politique. Ils devront encore patienter un peu, concernant l’Assemblée nationale. Selon une enquête de France Info, sur 486 députés sortants qui ont fait leur choix, seulement 118 ont décidé de se retirer contre 368 qui décident de briguer un nouveau mandat. Ces chiffres marquent des différences notoires entre les groupes politiques. Au PS, la perspective d’une défaite pousse de nombreux parlementaires à anticiper leur retrait. 79 sur 288 ont déjà annoncé qu’ils ne se représenteraient pas. L’application de la loi sur le non-cumul des mandats est aussi un autre facteur de non-candidature, comme l’ont indiqué Sébastien Pietrasanta ou Laurent Grandguillaume. Certains, comme Gérard Bapt et Claude Bartolone, continuent de s’accrocher à leur siège. Ils briguent tous les deux un neuvième mandat. Du côté des Républicains, seulement 24 ont annoncé leur retrait. Là encore la loi sur le non-cumul pèse dans ce choix. L’âge avancé pousse certains à se retirer de la vie politique. Mais pas tous. Lucien Degauchy (Oise), 79 ans, Bernard Brochand (Alpes-Maritimes), 78 ans et Jean-Claude Mathis (Aube), 77 ans, pourraient bien devenir les doyens d’âge de l’Hémicycle, s’ils sont réélus.

Écrit par

Pascale Tournier

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