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Territoires

6 février 2017

Région : l’adieu au 7e !

Le futur siège la Région IDF

Quitter le quartier des ministères, traverser le périphérique et installer son siège dans l’Est parisien. La décision de Valérie Pécresse marque un tournant majeur pour la région Île-de-France. Car, au-delà du simple déménagement, c’est l’ensemble du projet d’administration qu’elle entend redéfinir. Un changement radical difficile à imposer.

Même les plus rétifs aux mathématiques n’y sont pas insensibles. C’est un fait, les responsables politiques adorent les chiffres, les électeurs aussi. À l’ère de la surinformation, ils ont le mérite – ou l’apparence – de la clarté. Qualité d’autant plus appréciable s’il s’agit du domaine public. Valérie Pécresse l’a bien compris. Le déménagement du Conseil régional « de l’autre côté du périph’ » était l’une de ses promesses de campagne, la réduction des frais de fonctionnement aussi. En choisissant, le 1er juillet dernier, Saint-Ouen comme nouvelle ville hôte pour son administration, la présidente d’Île-de-France semble avoir fait coup double. Chiffres à l’appui : en regroupant ses 2 000 agents répartis jusque-là sur une dizaine de sites, la région louera ses nouveaux bâtiments à un tarif moyen de 237 euros/m2, soit deux fois moins que ses locaux actuels du 7e arrondissement parisien. Gain d’économies ? Près de 9,2 millions d’euros par an. Adieu donc les beaux quartiers, direction la ZAC des Docks et ses bureaux flambant neufs. Reliés par une passerelle, dotés d’un jardin central paysager, les deux bâtiments, Influence et Influence 2.0, accueilleront la majorité des services en janvier 2018, avant de recevoir un an plus tard les élus. Justement, que dire de la portée politique d’un tel déménagement ? Elle paraît évidente. Au moment de choisir « la maison de tous les Franciliens », la native des Hauts-de-Seine, l’ancienne députée des Yvelines, a snobé l’Ouest parisien. Question de rééquilibrage. « Ce n’est pas qu’un déménagement, c’est une opération dans laquelle tous les territoires auront une même dignité », a-t-elle insisté. La décision fait mouche jusqu’à être saluée par la partie adverse. Patrick Braouezec en tête, qui se félicite ainsi d’un « choix hautement symbolique ». Attitude certes compréhensible, l’ancien responsable communiste et homme fort du 93 est le président de la Plaine Commune, intercommunalité à laquelle appartient justement Saint-Ouen.

Un surcoût de 100 millions d’euros ?

Au sein de l’opposition, si nul ne conteste le caractère symbolique de cette décision, ils sont nombreux par contre à critiquer la manière dont elle a été prise. Valérie Pécresse est allée vite, très vite. Huit mois seulement après son élection, le choix de Saint-Ouen était acté, avant d’être voté définitivement par le Conseil régional le 18 novembre dernier. Chez ses partisans, on s’en félicite arguant que la précédente majorité, malgré des velléités de départ maintes fois exprimées, n’en avait jamais été capable. Piquée au vif, celle-ci n’a pas tardé à répliquer. Dès le mois d’octobre, une mission d’information et d’évaluation (MIE) est réclamée à gauche et chez les écologistes. Prétexte invoqué ? Un manque d’information qui serait criant. « Même pas le minimum légal dans le cadre du déménagement d’une collectivité », tacle François Damerval. Le conseiller régional Cap21 a désormais en charge la présidence de la MIE. Cette dernière dispose de 6 mois pour rendre ses conclusions. Composée de 16 élus dont la majorité issue des Républicains, la mission a pour rapporteur Jean-François Legaret, le maire du 1er arrondissement. « Un fidèle parmi les fidèles de Valérie Pécresse », précise l’élu vert qui dit craindre un rapport final un peu trop complaisant. À ses yeux pourtant, les motifs d’inquiétudes sont réels, notamment sur le plan financier. « J’ai fait mes calculs, prévient ainsi François Damerval. Aujourd’hui, on nous parle d’une location avec option d’achat à hauteur de 400 millions d’euros. Mais, c’est sans compter sur les 100 millions d’euros que devrait coûter l’emménagement : mise en place du réseau informatique, agencement des bureaux, construction du nouvel hémicycle, etc. » Une estimation que conteste mordicus Marie-Carole Ciuntu, vice-présidente en charge de l’Administration générale, sans entrer pourtant dans les détails. D’ailleurs, si l’aspect économique de l’opération est un enjeu majeur, certains conseillers régionaux estiment qu’un facteur – moins avouable – serait plus décisif : le fait que Saint-Ouen soit l’une des prises de guerre de la droite aux dernières municipales. L’élection en 2014 de William Delannoy (UDI) a mis ainsi fin à presque 70 ans de gestion communiste. Parmi les trois autres finalistes identifiées par le cabinet Colliers International pour accueillir le futur siège, Ivry-sur-Seine, Saint-Denis et Bagnolet sont, elles, toujours dirigées par la gauche. Une tare irrémissible ? Un élu de l’opposition le laisse entendre : « Les dés étaient vraisemblablement pipés, le choix de Saint-Ouen entériné d’entrée. Faire appel à ce cabinet extérieur n’était-il pas une manière de faire croire l’inverse, une simple mise en scène ? C’est l’une des questions que doit se poser la MIE. »

« C’est toute la vision du travail qui est modifiée »

A contrario, le cabinet de Valérie Pécresse se prévaut, dans ses différents communiqués, d’une « intense concer­tation » associant aussi bien les élus que les représentants du personnel.
Secrétaire au syndicat CGT, Anne-Marie Laspougeas se montre volontiers dubitative. Elle en veut pour preuve une votation syndicale, organisée en novembre dernier, sur la question des open spaces. Souvent prisé dans le privé, moins courant dans le public, ce mode d’organisation sera la norme à Saint-Ouen, avec près de 70 % des salariés concernés. Un bouleversement qui passe mal. « Lors de cette consultation, le résultat a été sans appel, avec 1 001 contre et seulement 9 pour, rappelle Anne-Marie Laspougeas. Mais, Valérie Pécresse n’en a jamais tenu compte. » Si elle juge « les inquiétudes légitimes en période de grand changement », Marie-Carole Ciuntu considère, au contraire, que le déménagement est l’opportunité « de se mettre enfin au diapason avec des méthodes de travail plus modernes ». « Ce qui nous fait actuellement cruellement défaut, il faut bien le reconnaître », appuie-t-elle dans la foulée.

François Damerval

Le fait est, depuis plusieurs mois, la présidence est claire sur ce point et ne cache pas sa volonté de transformer « l’administration régionale en la rendant plus ouverte et plus innovante ». Dématé­rialisation, nouveaux outils de commu­nication, open spaces, télé­travail… « C’est toute la vision du travail qui est modifiée », confirme Marie-Carole Ciuntu. Pour François Damerval, cette volonté de réformer « au pas de charge » aurait surtout pour effet de dégrader grandement le climat social. « Une réorganisation des services, cela s’appelle un plan social en langage non technocratique », ironise-t-il. Et de faire référence à cet engagement pris par Valérie Pécresse avant d’être élue : la suppression de 420 postes durant l’ensemble de sa mandature, via le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Du côté de la CGT, on rit jaune. Selon le syndicat majoritaire auprès du personnel de la collectivité, l’arrivée prochaine à Saint-Ouen pousserait un nombre croissant d’agents au départ, qu’ils aient plus de 60 ans ou non. La question des transports en commun serait la raison majeure de cette désaffection. Desservi par une ligne 13 déjà saturée, le site ne bénéficiera du prolongement de la ligne 14 au mieux qu’en 2019. Un réseau de transport suffisant alors que le futur hôpital universitaire et ses 7 000 étudiants sont aussi attendus sur la ZAC ? « Vouloir rester à Paris n’a rien à voir avec du parisianisme, martèle Anne-Marie Laspougeas. La banlieue, on y vit, on n’a besoin de la découvrir ! Mais, pour la plupart, Saint-Ouen correspond à un allongement du temps de trajet difficilement supportable. » Ces craintes, le Conseil régional les balaye clairement. « Au final, le temps de trajet domicile-travail par agent n’augmentera en moyenne que de 4 minutes, répond-on au cabinet de Valérie Pécresse. Et restera inférieur de 5 minutes au temps moyen des salariés franciliens, qui est de 58 minutes. » Une histoire de chiffres encore.

Valérie Pécresse

« La Seine-Saint-Denis, un choix de cœur »

Par Valérie Pécresse, présidente de la Région île-de-France

« Le déménagement du siège de la région île-de-France, au-delà du périphérique, était l’une de mes promesses de campagne. Promesse tenue ! En un an, nous avons mené une intense concertation avec les syndicats et les agents pour déboucher sur le choix de notre nouveau siège à Saint-Ouen en Seine-Saint-Denis.  S’installer en  Seine-Saint-Denis était aussi un choix de cœur,  pour envoyer un signal à ce territoire en pleine mutation, dans une région qui subit des fractures territoriales.

Mais le projet de déménagement n’est pas juste un changement de site ou un changement d’adresse postale. C’est bien plus. C’est la volonté de transformer l’administration régionale, pour en faire une administration ouverte et innovante. Elle accompagne une réorganisation des services, qui aujourd’hui sont disséminés sur une quinzaine de sites, pour les décloisonner  et favoriser le travail collaboratif. Des ateliers de concertation sont d’ailleurs organisés en ce moment dans l’ensemble des services, afin de déterminer les spécificités métier de chaque service : travail en « fablab », espaces « bibliothèque », travail sur plans, entretiens bilatéraux, visio-conférence etc.

Le nouveau siège de la Région doit être aussi un lieu de rencontres, entre les agents et avec les Franciliens. Il doit être le symbole d’une administration territoriale qui a pris le tournant de la transition numérique et écologique. Le nouveau siège de Saint-Ouen fera de la région Île-de-France une administration pilote pour les aménagements en espaces ouverts et collaboratifs. Ces aménagements accompagneront aussi une nouvelle organisation du travail, intégrant la possibilité de faire du télétravail. Enfin, le regroupement des agents et des élus sur un même site permettra également de réaliser des économies substantielles. Le loyer au mètre carré sera ainsi divisé par deux par rapport aux locaux actuellement loués par la Région dans le centre de Paris.  Autant d’économies, qui seront réinvesties au bénéfice des Franciliens. »

 

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