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Portraits

8 décembre 2011

Roussat, un homme de valeurs

Par Jean-François Coulomb des Arts
[caption id="attachment_712" align="alignleft" width="300" caption="Olivier Roussat, directeur général de Bouygues Telecom. Le secret de sa réussite : une double vie qui le rassure, Bouygues d’un côté et sa vie de famille de l’autre. Photo Eric Piermont / AFPAFP"][/caption] Puissant patron du troisième opérateur de téléphonie mobile, Olivier Roussat se dit toujours prêt à affronter les concurrences. Bouygues Telecom entend bien conforter ses positions sur un marché très chahuté. Et son directeur général ne manque pas d’atouts pour y parvenir. De son bureau, du 22e étage de la tour Bouygues Telecom, à Issy-les-Moulineaux, la vue est superbe. Paris à ses pieds. De quoi faire tourner les têtes. Olivier Roussat reste de marbre. L’homme est chaleureux et réservé. Direct et simple. C’est dans son ADN. Il émane de lui une force tranquille. Enfant de l’Allier, c’est un terrien, pétri de bon sens. Il a le côté rafraîchissant du provincial à Paris. Pas dupe un instant des mirages de la capitale. Ce n’est pas lui qui se perdra dans la comédie parisienne. Ses valeurs le protègent. Une vraie cotte de mailles. Valeurs, le mot revient régulièrement dans son discours. Ses valeurs ne sont pas négociables, gare à celui qui y touche. Avril 1995, Olivier a 31 ans. C’est le plus jeune manager d’IBM France. Son avenir est prometteur ; pis, radieux. « J’ai quitté l’entreprise en 48 heures, sur un coup de tête. » Ses valeurs, bien sûr, ont dicté sa conduite. Il ne supporte pas une mauvaise affaire dont est victime une jeune contrôleuse de gestion. La jeune femme s’appelle Florence. C’est aujourd’hui sa femme et la mère de ses deux enfants. Mai 1995, il entre chez Bouygues Telecom. Badge n° 265. Il est à la tête d’une demi-douzaine de personnes. Sa mission : la supervisation du réseau. « Je recommençais à la base... », commente-t-il sobrement. Volonté, énergie et travail : le cocktail est connu. Il va le propulser en haut de l’affiche. En 2007, le voilà directeur général. Il lance l’ADSL, gagne trois millions de clients... Aujourd’hui il investit dans la fibre optique, prépare le 4G et peaufine ses offres, question de calmer les ardeurs de Free et des autres. « On gagne plus à décider qu’à ne pas décider. » L’une de ses maximes. Avant qu’il ne prenne les rênes de l’entreprise, on le surnommait Lucky Luke. Cela le fait rire. Aujourd’hui il ne sait pas si on l’affuble toujours d’un surnom. C’est vrai, il décide vite. Et limite les réunions à trente minutes. Travaille beaucoup, mais refuse de se laisser cannibaliser par sa vie professionnelle. Son secret ? Une double vie. Une vie chez Bouygues, et une vie privée. Ses soirées lui appartiennent, ses week-ends aussi. « Le temps de se réinitialiser », explique-t-il. En fait, il a pris le contre-pied de son père. « A la tête d’une petite entreprise de transports, à Bourbon l’Archambault, dans l’Allier, mon père ne s’accordait que le dimanche après-midi ! Moi, j’ai voulu séparer les choses. » Bourbonnais de naissance, et de cœur, Olivier Roussat y passe au moins un week-end par mois. « J’en ai besoin... » Tout est dit. A Paris, c’est dans un restaurant dont le chef est l’un de ses cousins qu’il se retrouve entre pays. Il s’est frotté très tôt au monde du travail. Il a 13 ans, les week-ends il se lève à 3h du matin et il va bosser sur les marchés de fruits et légumes. Une école de la vie, qu’il n’a pas oubliée. L’un de ses regrets ? Le bac C. Il rate d’un demi-point la mention très bien. Il voulait faire Centrale. Cela sera l’INSA à Lyon. Il en sortira ingénieur. La suite on la connaît. Pour les Roussat, Bouygues c’est une affaire de famille. Son frère aîné y travaille. Son petit frère aussi. En poste à Bakou, en Azerbaïdjan. Olivier y va souvent. De ses multiples séjours, il en est revenu avec la passion des tapis de soie d’Asie centrale. Il les choisit toujours de couleurs vives. C’est un véritable amateur, au sens XVIIIe du terme, aujourd’hui on dirait un expert. La Chine est aussi l’une de ses destinations de prédilection. Il regarde avec gourmandise le côté pragmatique des Chinois. « Ils ont une vraie gestion de leurs industries. » Force est de constater qu’il y a dix ans Européens et Américains dominaient les télécoms. Aujourd’hui ce sont les Chinois. Par quel miracle ? « Très simple, explique Olivier Roussat. Pékin a créé un standard chinois. Un marché de plus d’un milliard d’hommes. Les Occidentaux en rêvaient. “Je vous donne l’accès à notre marché ont dit les Chinois, mais on veut pouvoir vendre chez vous”... Le tour était joué ! » Les télécoms vaches à lait de l’Etat, la ritournelle est connue. Les taxes ajoutées aux taxes, le directeur général de Bouygues Telecom appelle cela « la flûte de pan ». « En Chine, le maire de Shenzhen fait chaque année la tournée des entreprises pour leur poser une question. “Dois-je baisser l’impôt ou non ?“ » Son regard devient rêveur. Et la crise ! Cette crise qui chaque jour submerge telle une vague nos économies. « Les entreprises clientes chez nous, comme en 2008, gèrent de manière plus fine leurs dépenses... » Côté grand public, la mode semble anesthésier la crise. « L’iPhone 4S à plus de 400 euros se vend comme des petits pains. » Il ajoute d’une voix calme. « C’est incompréhensible. Bouygues Telecom n’est bon que lorsqu’il impose son rythme au marché. » Une politique qu’il met en musique tous les jours, à la tête de ses 9 200 collaborateurs, et fort d’un chiffre d’affaires de 5,6 milliards d’euros. Il a plus de 12 millions de clients en portefeuille. Son parcours mérite « la croix » comme disaient les grognards de Napoléon. Martin Bouygues, il y a deux ans, lui a remis la légion d’honneur. Une cérémonie qu’il a voulue discrète et intime. A cette occasion, sa fille de 10 ans a découvert qu’il était « un grand patron ». Il en sourit encore. La croix, il ne la porte que rarement, « uniquement dans des cérémonies officielles... J’ai un peu le sentiment que je ne la méritais pas. » Modeste, on vous dit.

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