Le Mercredi 9 juin 2010
Séance publique – Le Sénat a poursuivi jusqu’au 29 mai l’examen du projet de Loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche (LMAP), sur lequel la procédure accélérée a été déclarée.
L’une des principales mesures du projet de LMAP est l’obligation pour les producteurs et les acheteurs de négocier des contrats écrits. Ces contrats devront préciser les conditions de vente entre les parties. A ce sujet, les sénateurs ont décidé à l’unanimité en séance d’empêcher l’acheteur de retourner au producteur les produits acceptés lors de la livraison.
Ils sont par ailleurs revenus sur une modification introduite en commission de l’économie : à la place d’une « commission de médiation », ils ont préféré un seul médiateur qui jouera le rôle d’arbitre pour résoudre les conflits lors de la conclusion des contrats entre producteurs et industriels, après avoir pris l’avis des interprofessions concernées. Ce médiateur sera, a précisé Bruno Le Maire, « un haut fonctionnaire ».
Réduire les marges
Toujours dans le domaine des relations entre producteurs et industriels, les sénateurs ont défini, sur proposition du Gouvernement, le régime de sanctions applicables en cas de non respect de l’accord sur la modération volontaire des marges en période de crise pour les fruits et légumes – accord que sept grands distributeurs se sont engagés à signer. Ceux qui refuseront de signer cet accord « encourent une imposition supplémentaire qui prendra la forme d’une taxe sur les surfaces commerciales, la Tascom », a indiqué Bruno Le Maire. Quant à ceux qui ne respecteraient pas l’accord signé, ils paieront « une amende de 2 Mns€ ».
Les sénateurs ont aussi adopté un amendement précisant que l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires recueillera et analysera les données de l’Insee et de FranceAgriMer. Ils ont également prévu que l’identité des centrales d’achat et les transformateurs qui refuseraient de transmettre leurs données statistiques à l’Insee soit portée à la connaissance du public via le site Internet de l’Observatoire.
Réassurance publique
Au terme d’un débat sur l’assurance agricole, le Sénat a adopté un amendement gouvernemental prévoyant que, « dans les six mois à compter de la publication de la présente loi, le Gouvernement présente les conditions et les modalités d’un mécanisme de réassurance publique qui pourrait être mis en place en réponse à des circonstances exceptionnelles ». Ce mécanisme s’appliquerait à toutes les filières agricoles et n’interviendrait que lorsque les capacités de réassurance privée seraient atteintes. Ces dernières représenteraient, selon les calculs de Bercy, 700 Mns€, alors que les besoins minimaux de réassurance privée sont estimés à 741 Mns€ par Bruno Le Maire.
Limiter la disparition des terres agricoles
Autre volet important du texte : la lutte contre la réduction des surfaces agricoles. Outre la création d’un observatoire et de commissions départementales de la consommation des espaces agricoles, les sénateurs ont validé à l’unanimité l’instauration d’une taxe sur la plus-value réalisée en cas de cession de terrains agricoles devenus constructibles. Initialement supprimée par Gérard César (UMP, Gironde), rapporteur, ce prélèvement a été légèrement modifié, son produit étant désormais affecté au financement des mesures en faveur de l’installation des jeunes agriculteurs. Cette taxe ne s’appliquera que lorsque la plus-value excédera 10 fois la valeur initiale de la terre, afin de « limiter la spéculation sur les terres agricoles », a expliqué Bruno Le Maire.
Votant contre le texte, l’opposition a dénoncé ses lacunes et le fait que « la contractualisation ne fait pas une politique agricole ». Avec l’appui de l’UMP et de l’UC, le projet de loi a finalement été adopté, certains sénateurs de la majorité s’interrogeant cependant sur le caractère suffisant des dispositions face à la crise agricole.
L’examen du projet de LMAP a débuté en commission des affaires économiques à l’Assemblée le 2 juin. Il se poursuivra les 9 et 16 juin, pour une lecture en séance publique au plus tôt en juillet.
C.D.
Passe d’armes en forêt
Après avoir refusé d’élargir les missions de l’Office national des forêts (ONF) aux forêts privées, le Sénat a adopté, contre l’avis du rapporteur, un amendement gouvernemental « recentrant le compte-épargne d’assurance pour la forêt exclusivement sur l’assurance en cas de sinistre ». La commission de l’économie avait proposé que les forestiers puissent également s’en servir pour financer la réalisation d’un projet d’investissement forestier.
Les sénateurs ont par ailleurs voté l’obligation, pour le propriétaire d’une parcelle forestière, d’informer les propriétaires des parcelles contigües pour qu’ils puissent faire une offre d’achat, afin de regrouper, à terme, les parcelles boisées.
