Levée de rideau

Le candidat socialiste vu par Michèle Cotta

Sommet européen, plateaux de télévision pour Nicolas Sarkozy et les dirigeants de l’UMP, après le choix du candidat socialiste, la droite entend reprendre la main. De son côté François Hollande a estimé nécessaire une diète médiatique avant de plonger dans le grand bain des présidentielles.

François Hollande. Sur l'avant-dernière marche. Photo Fred Dufour / AFP

27 ans à peine, un mois après l’élection de François Mitterrand en 1981, il avait choisi de se présenter aux élections législatives. Et où cela ? En Corrèze, dans le département conquis, vingt ans auparavant, par Jacques Chirac, qui ambitionnait, à droite, la fonction suprême. Pourquoi le jeune Hollande, à qui un choix plus facile avait été proposé, avait-il voulu défier, sur son terrain, le plus expérimenté de ses adversaires ? Réponse simple, donnée à l’époque par François Hollande lui-même : si la victoire était moins assurée, le combat était plus glorieux. Continue reading

Boutin : « Jamais je ne renoncerai »

La présidente du Parti chrétien-démocrate candidate à la présidentielle de 2012 répond au questionnaire de l’Hémicycle. L’ancienne ministre du Logement a du caractère. Et des convictions qui, parfois, décoiffent.

 

Photo Thomas Samson / AFP

Quel événement vous a décidée à faire de la politique ?
L’élection de François Mitterrand en 1981, pas forcément pour les bonnes raisons d’ailleurs : j’imaginais que les chars russes allaient débarquer en France. On ne savait pas encore, à l’époque, que Mitterrand était un homme de droite !

La réforme que vous rêvez de voir adoptée ?
L’instauration d’un revenu de base en lieu et place de la myriade d’allocations sociales existantes. Cette profonde simplification permettrait, sans aucune charge supplémentaire pour le budget de l’État, de donner à tous un revenu de base de 400 euros pour les adultes et de 200 euros pour les moins de 18 ans. Cette réforme permettrait d’en finir avec un système de solidarité illisible et coûteux, de créer une solidarité qui favorise le dynamisme et la responsabilité, de donner à chacun un atout pour ne pas tomber dans la misère et être reconnu dans sa participation spécifique à la richesse nationale. Continue reading

Un 93 à l’envers ?

Déprime aux Quatre Colonnes par Nathalie Segaunes

Même si les élections sénatoriales ne sont pas comparables, elles ont provoqué un choc à l’Assemblée. Revenant de leur circonscription, les députés de la majorité ont broyé du noir toute la semaine. Les plus pessimistes évoquant les législatives de 1993 et la déroute socialiste de l’époque : la gauche, partie à 300, était revenue à 80.

Francçois Fillon. Il est l’auteur de la célèbre formule du « 21 avril à l’envers », prononcée le 28 mars 2004 au soir de l’échec de la droite aux régionales. « On ne peut pas réformer sans avoir le soutien du peuple » avait-il déclaré sur le plateau de TF1. De nombreux députés de l’UMP retournent aujourd’hui la phrase choc de l’actuel Premier ministre à Nicolas Sarkozy. Photo Philippe Wojazer / AFP

Il flotte dans les rangs de la majorité en cette rentrée parlementaire comme une impression de 1993… à l’envers. À l’approche des élections législatives, cette année-là, la gauche, au pouvoir depuis douze ans, avait le sentiment de foncer droit dans le mur… sans pouvoir appuyer sur la pédale de frein. Ce qui s’est amplement vérifié, puisqu’elle a vécu l’une de ses défaites les plus mémorables, passant dans l’hémicycle de 300 à 80 députés. Les parlementaires UMP ont aujourd’hui le sentiment qu’un sort identique les attend dans huit mois. Et la perte du Sénat, le 25 septembre, a pour nombre d’entre eux donné le signal de la fin. « Eh bien voilà, c’est le début de l’alternance », soupirait un ancien ministre revenu au Parlement, au lendemain des élections sénatoriales. « On a tous intériorisé la défaite, reconnaît un député UMP de la région parisienne préférant garder l’anonymat. Il y aura un raz de marée de gauche après la présidentielle, on va finir à soixante députés. » Continue reading

Borloo : une surprise pas surprenante

Part Robert Namias

Mini-coup de théâtre ce dimanche sur le plateau de TF1. Jean-Louis Borloo a pris de court la plupart de ceux qui s’étaient ralliés à lui pour porter les couleurs centristes à la présidentielle. Et pourtant, cet imprévu était assez prévisible.

Photo Sylvain Thomas / AFP

Tous les proches de l’ancien ministre d’État, à commencer par Rama Yade, Yves Jégo, Dominique Paillé et quelques autres, ont appris en regardant TF1 ou peu avant 20 heures que Jean-Louis Borloo ne se lancerait pas dans la course présidentielle. Mini-coup de tonnerre pour ceux qui s’étaient ralliés au président du Parti radical et qui ne doutaient plus de la candidature de leur champion. Il est vrai que depuis quelques semaines le leader centriste avait multiplié les déclarations qui semblaient ne plus laisser place au doute sur ses propres choix. Pourtant c’était mal le connaître : Borloo n’est pas un guerrier, et il faut l’être pour se lancer dans un tel combat électoral. On ne peut faire fi longtemps de la psychologie d’un homme qui préfère la réflexion intellectuelle et la recherche du consensus par l’échange plutôt que l’affrontement violent, souvent meurtrier, d’une présidentielle. La situation de tension politique dans laquelle se trouve plongé le pays n’est pas du goût de l’homme du grenelle de l’environnement, et les récentes élections sénatoriales ont accéléré sa décision de non-candidature. Les divisions au sein de la droite ont pour partie coûté la présidence de la Haute Assemblée à l’UMP. Borloo n’entendait pas être accusé d’accroître encore ces divisions et d’apparaître comme l’éventuel responsable de l’échec du Président sortant. La nouvelle n’est donc pas mauvaise pour Nicolas Sarkozy, elle affine la donne en précisant la photographie de la future campagne. Pour autant, la route un peu mieux déblayée ne fait pas l’élection. Difficile encore d’imaginer où iront les voix de ceux qui entendaient voter Borloo. Pour certaines sans doute chez François Bayrou, qui n’en espérait pas tant. La parenthèse Borloo se referme, Hervé Morin se prépare et la future échéance est plus ouverte que jamais.

Le désaveu

Par Michèle Cotta

Le Président. Il lui reste sept mois pour reconquérir l’opinion. Pascal Pavani / AFP

Sale temps, décidément, pour Nicolas Sarkozy. On s’attendait à une vague, c’est un tsunami historique : pour la première fois de l’histoire de la Ve République, la gauche est majoritaire au Sénat. Ce résultat n’est pas seulement mathématique, il est surtout politique. Mathématique : le succès sénatorial est évidemment la conséquence des nombreuses élections intermédiaires, municipales, cantonales, régionales que le pouvoir a perdues depuis 2007.

Pour autant le résultat de dimanche n’avait été prévu par personne : ni par la droite, ni par la gauche elle-même. C’est donc qu’il s’est passé quelque chose que la seule arithmétique n’explique pas, c’est à dire, n’en déplaise à Jean-François Copé, un véritable désaveu de la majorité : Nicolas Sarkozy est le premier président de la Ve République à perdre le Sénat. A sept mois de l’élection, ce n’est pas une péripétie, c’est un véritable bouleversement politique. Sans doute existe-t-il des raisons à cette défaite : la naissance des conseillers territoriaux, la mise au régime sec des finances locales ont créé un mécontentement que les grands électeurs ont renvoyé, dans leur vote d’hier, à la tête de la majorité. Les divisions et les dissidences au sein de la droite ont également accentué l’échec.

Que Gérard Larcher arrive ou pas à se faire réélire à la présidence au prix d’une ou deux défections fortement sollicitées, peu importe : le Sénat a basculé à un moment de grande fragilité du système Sarkozy et quelques jours seulement après le premier débat des primaire socialistes, considérées – au moins jusqu’à présent – comme une réussite par les français eux-mêmes. De politique, le scrutin de dimanche apparaît ainsi comme un succès symbolique : celui d’une possible victoire de la gauche en 2012, même si une élection présidentielle au suffrage universel n’a rien à voir avec une élection où votent les seuls grands électeurs.

Les deux candidats en tête des primaires, Martine Aubry et François Hollande, ont bien compris que cette victoire leur donnait une nouvelle responsabilité, celle de montrer une gauche unie face aux espoirs qu’elle suscite. A eux de ne pas ruiner, au cours des deux prochains débats des primaires, les chances qui viennent de leur être données.

A lire, les Cahiers de campagne de Michèle Cotta et l’article de Philippe Tesson.

« L’augmentation des impôts ne peut pas tenir lieu de solution. La priorité, c’est la réduction drastique des dépenses de l’État »

Interview de M. Hervé Novelli, par Ludovic Vigogne

Réduction du nombre de fonctionnaires, privatisations, délégations de service public, pour Hervé Novelli, secrétaire général-adjoint de l’UMP, l’indispensable politique de rigueur passe par une importante diminution du périmètre de l’État dans la sphère économique.

En 2012, que la gauche ou la droite l’emporte, les Français connaîtront-ils autre chose qu’une politique d’austérité ?
Il est clair que l’impératif de réduction des déficits et leur disparition, seul moyen de faire conserver à notre pays son rang, s’imposera à tous. Quels que soient les gouvernants, ce sera un impératif. En revanche, les moyens pour y parvenir seront différents que la gauche ou la droite l’emporte. Dans la genèse des déficits, il y a un déséquilibre de recettes et de dépenses. Il existe trois moyens techniques pour les supprimer : augmenter les recettes, baisser les dépenses ou encore une combinaison des deux. On voit bien aujourd’hui que la tentation de l’augmentation des recettes est dans l’air du temps. La gauche appelle cela la réhabilitation de l’impôt. Une partie de la droite est prête à la suivre. C’est pour moi une solution de facilité. Je reste convaincu que l’augmentation des impôts dans un pays qui a déjà un taux de prélèvements obligatoires parmi les plus élevés de l’OCDE ne peut pas tenir lieu de solution. Continue reading

Nicolas, le roi nu

Par Philippe Tesson

Pour Philippe Tesson, ces élections sénatoriales marquent l’ultime échec des réformes de Nicolas Sarkozy. Désormais, le Président est seul face à lui-même. Et du coup, selon l’éditorialiste-écrivain, il est condamné à adopter une stratégie de personnalisation extrême pour tenter de reconquérir l’opinion d’ici mai 2012.

Philippe Wojazer / AFP

Faut-il parler de révolution avec cette victoire de la gauche aux élections séna- toriales ? Le mot est peut-être excessif mais il a ceci de vrai qu’il marque une rupture avec le paysage politique qui était le nôtre depuis 1958. Cette « révolution » ponctue en réalité une succession de défaites de la droite aux diverses élections locales et régionales qui ont eu lieu depuis sept ans et s’inscrit dans une logique arithmétique très démocratique. C’est une conclusion, un point d’arrivée. La question est de savoir si elle marque également un point de départ. Continue reading

Mélenchon : 1/4 Saint-Just, 3/4 Jaurès

Par Éric Fottorino

Pour le candidat du Front de gauche, la social-démocratie ne vaut guère mieux que le libéralisme. Le grand air de la révolution ne lui fait pas peur. Il l’entonne volontiers avec Saint-Just, Jaurès et les révoltés sud-américains.

Jacques Demarthon / AFP

Sommes-nous avenue de la République, au siège du Front de gauche, ou en Amérique latine ? Dans le bureau de Jean-Luc Mélenchon trône sa photo avec Lula. Son œil brille quand il évoque l’ancien syndicaliste du Parti des travailleurs, qu’il fit venir à Bordeaux en 2002, avant le premier tour de la présidentielle, pour soutenir Jospin. « Lionel l’ignora, regrette-t-il encore. Il le prenait pour un trotskiste échevelé. » Et de citer l’ex-candidat socialiste, qui, à l’image du PS, n’aurait pas compris que les révolutions sud-américaines représentaient le premier contre-choc de la vague libérale. « C’est une grande force qui va mais elle ne sait pas où elle va », minimisait Jospin. Mélenchon n’a pas oublié. Ce mouvement protestataire né dans « l’arrière-cour » des États-Unis, il l’a observé, scruté, disséqué, pour y voir le précurseur des révolutions arabes, l’inspirateur des indignés, la preuve par le rassemblement des gauches que la révolution citoyenne est en marche. Continue reading

« La campagne de 2012 sera une campagne de coups bas et de boules puantes du type de celle de 1981″

Interview de M. Alain Duhamel, par Ludovic Vigogne

Pour Alain Duhamel, la dégradation du climat de ce début de campagne présidentielle fait craindre le pire. Comme en 1981, il risque d’y avoir beaucoup plus d’attaques personnelles que de débats de fond. Selon l’éditorialiste, les affaires pourraient être génératrice d’abstention, favoriser l’extrême droite et au final gêner Nicolas Sarkozy plus que tout autre candidat.

Craignez-vous que les affaires occupent une place importante dans le débat présidentiel ?
Elles vont surtout occuper une place disproportionnée. Je redoute et prévois qu’on parlera trop d’affaires – qui pour certaines n’existent pas toujours d’ailleurs – au détriment de sujets qui sont essentiels pour l’avenir de la France. Ceux-ci mériteraient pourtant dès aujourd’hui un débat contradictoire et organisé. Évidemment, la crise, avec les réponses qu’elles nécessitent, est le premier d’entre eux. J’espère que, quand le candidat du PS sera désigné, après la mi-octobre, il pourra y avoir un débat de fond sur ces questions entre celui-ci et François Fillon.

Est-ce que ce n’est pas un classique en début de campagne ?
Il y a eu des campagnes présidentielles de tous les genres : courtes, longues, animées, lentes, élégantes, emplies de coups tordus. Je pense que celle de 2012 sera une campagne de coups bas et de boules puantes du type de celle de 1981. Il y avait eu alors beaucoup d’attaques personnelles et un refus de débattre des questions de fond. Continue reading

« Les affaires et la corruption délégitiment le pouvoir politique au moment où il devrait reprendre la barre face aux marchés »

Interview de Mme Eva Joly, par Ludovic Vigogne

Eva Joly entend bien être la candidate anticorruption. Pour la candidate d’EELV, il ne s’agit pas de lancer des boules puantes mais de renouveler la démocratie en bâtissant une société débarrassée de la culture de l’impunité qui, selon elle, gangrène les relations sociales.

Les affaires ne cessent d’occuper la une des journaux depuis la rentrée. Quelle place auront-elles selon vous dans le débat présidentiel de l’année prochaine? Pensez-vous qu’elles influencent beaucoup les Français ?
Nul ne peut le dire. Mais je souhaite que la question de l’éthique en politique et de la responsabilité des hommes et des femmes politiques soit mise en débat avec vigueur, parce que je crois que c’est l’une des clés de la période actuelle.

Pourtant, en 2002, Jacques Chirac a été réélu alors que plusieurs affaires le menaçaient. Quel enseignement tirez-vous de cet exemple ?
Comparaison n’est pas raison. N’oublions pas l’état de sidération dans lequel les Français se sont rendus alors aux urnes. Contre toute attente, c’est Jean-Marie Le Pen que Jacques Chirac a affronté au second tour de la présidentielle. Dès lors, le choc émotionnel qui s’est ensuivi l’a emporté sur toute autre considération. Continue reading