L’inconnue de l’Europe

Interview de Jean-Claude Mignon, par Joël Génard

C’est un député français qui préside désormais l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Cette assemblée peu connue a pour vocation de défendre les droits de l’homme et toutes les actions humanitaires liées à l’Europe. C’est la plus ancienne institution européenne. Son nouveau président, le député UMP Jean-Claude Mignon, entend donner une notoriété nouvelle à cette assemblée. Interview.

Jean-Claude Mignon. Le député (UMP) a pris ses fonctions de président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe le 23 janvier. Photo Jean Ayissi / AFP

N’avez-vous pas le sentiment de présider, depuis le 23 janvier, une institution qui reste fort méconnue et dont on sous-estime sans doute le rôle ?

Je suis le 26e président et le 6e Français à présider cette Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), qui reste méconnue. Cette institution est la plus ancienne et a été créée en 1949. Elle est à l’origine de la création de l’Union européenne. Nous traitons de sujets qui concernent le quotidien de 800 millions d’Européens. Nous sommes une instance qui est un forum permanent de débats sur des sujets qui ont trait à la diplomatie européenne. Les parlementaires qui y siègent représentent 47 États et réfléchissent à des sujets de fond dans des domaines aussi variés que l’environnement, la culture ou la bioéthique. Les résolutions votées et les recommandations sont transmises aux gouvernements des 47 afin de nourrir les réflexions des parlements nationaux, de manière à enrichir les textes ou les conventions. Nous sommes le fer de lance sur des problématiques aussi importantes que le conflit entre la Russie et la Géorgie, la situation de Chypre ou encore la problématique des droits de l’homme en Ukraine. L’institution a beaucoup évolué et nous avons accueilli avant même que l’Union européenne le fasse des pays comme la Roumanie, la Bulgarie, la Slovénie. Le travail de nos commissions est ensuite souvent repris par l’Union européenne. Continue reading

Merkel-Sarkozy : une seule voix (voie) ?

L’opinion de Gérard Leclerc président de LCP

Toulon après Toulouse. François Mitterrand terminait ses campagnes dans la Ville rose. Nicolas Sarkozy a lancé la sienne à Toulon, là même où, il y a trois ans, en pleine crise des subprimes, il avait dit sa volonté de refonder le capitalisme. On a eu en fait à Toulon II, 2 discours en 1. Le premier très politique, pour ne pas dire électoral, applaudi par les 5 000 militants présents. Nicolas Sarkozy a pilonné la gauche, cochant toutes les cases de la polémique : les 35 heures (mais dans ce cas, que diable ne les a-t-il pas supprimées !), la retraite à 60 ans, le nucléaire, l’immigration incontrôlée, le droit de veto à l’ONU, et même les institutions menacées par les « marchandages » EELV/PS. Puis vint un discours de chef d’État sur l’avenir d’une Europe qui risque d’être « balayée par la crise ». Nicolas Sarkozy a plaidé pour un nouveau traité européen, avec comme maître mot la convergence des économies et comme principe l’échange d’une stricte discipline budgétaire contre une solidarité sans faille à l’égard des États en difficulté. La France se rapproche ainsi de la position allemande. Dès le lendemain, devant le Bundestag, Angela Merkel a enfoncé le clou : il faut, assène-t-elle, une union budgétaire avec des règles et des sanctions, sous le contrôle de la Commission et de la Cour européenne de justice. En revanche, la solidarité reste chez elle réduite à la portion congrue : la Banque centrale européenne a « le devoir d’assurer la stabilité de la monnaie », plutôt que de racheter la dette des États ! Quant aux eurobonds, ce n’est même pas la peine d’en discuter ! Continue reading

Roms : un projet européen pour leur intégration

Le congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe a réuni un sommet des maires à Strasbourg, le 22 septembre. À cette occasion, « une alliance des villes et des régions d’Europe pour l’inclusion des Roms» a été créée. La commune d’Aubervilliers a été choisie pour représenter la France au sein de cette alliance.

Jacques Salvator, maire PS d’Aubervilliers Photo Thomas Samson / AFP

La situation des Roms continue de provoquer de très vives polémiques entre la droite et la gauche. Récemment, le Conseil d’État a annulé l’accord franco-roumain de coopération judiciaire pour le rapatriement des mineurs. Ce que n’a pas manqué de souligner le député socialiste Dominique Raimbourg, qui dirige le groupe de travail sur « l’accueil des populations issues des minorités Roms dans les grandes villes », créé au sein de l’AMGVF. Alors même que les compétences sont clairement définies – à l’État, l’accueil et l’hébergement d’urgence des populations étrangères ainsi que les discussions au niveau européen concernant les politiques migratoires et le statut des migrants, aux collectivités la mise en œuvre des aides sociales de droit commun et la scolarisation des enfants –, le bras de fer entre les élus et l’État est récurrent. Les différentes déclarations du ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, ont provoqué de vifs débats au sommet des maires organisé à Strasbourg. Le premier magistrat de la ville, Roland Ries, a notamment critiqué l’attitude du ministre de l’Intérieur, qui a « de nouveau jeté les Roms à la vindicte populaire en lançant son plan de lutte contre les jeunes délinquants roumains. Cette politique du bouc émissaire où une population complète est pointée du doigt est de mon point de vue inacceptable. » Continue reading

L’informatique à l’heure chinoise

Deuxième puissance économique du monde, la Chine est en passe de prendre le leadership dans l’industrie informatique. Le groupe chinois Lenovo devrait rapidement devenir numéro un devant les fabricants américains Hewlett-Packard et Dell.

Miao Wei, ministre chinois de l’Industrie et des Technologies de l’information. Son ministère, qui pilote la fabrication des produits informatiques, entend défier sur leur terrain Google et Apple. Photo Odd Andersen / AFP

Les nouvelles puissances industrielles asiatiques ont conquis leurs galons de poids lourd de l’économie mondiale. Dès les années 1970, le Japon prend sa place auprès des États-Unis et des pays européens. Les années 1990 voient l’émergence du « dragon » coréen, les années 2000 consacrent la Chine comme « usine de la planète ». Mais l’Asie n’est plus seulement la région du globe où se fabriquent nos outils de haute technologie. Son industrie a désormais les moyens de concevoir les nouvelles générations. Avant de lancer leurs propres créations ? Le marché des ordinateurs personnels en est une preuve : peu à peu les grands constructeurs occidentaux abandonnent cette activité, qui passe progressivement du secteur de la haute technologie à celui de la consommation de masse. Le prix et les lieux de vente des ordinateurs d’entrée de gamme sont un exemple frappant : ces produits sont désormais vendus en grande surface à des prix comparables à ceux d’une télévision dernier cri. Ainsi, un petit portable se vend aujourd’hui en dessous de 200 euros. Continue reading

« Le mot de rigueur ne me fait pas peur et les impôts augmenteront. Mais la vraie question est de savoir sur qui porteront ces augmentations »

Interview de M. Michel Sapin, par Ludovic Vigogne

Proche conseiller économique de François Hollande, Michel Sapin affirme que le premier devoir de la gauche sera de faire une réforme fiscale et de repenser les priorités en matière de dépenses publiques.

Quel que soit le vainqueur de l’élection présidentielle l’an prochain, la politique menée ne sera-t-elle pas la même ?
Ce sera malgré tout de la rigueur, de la rigueur et encore de la rigueur… Non. Même si elle a fait tout le contraire durant ce quinquennat, la droite peut annoncer le même objectif que nous : le désendettement et la réduction de nos déficits, qui doivent être ramenés à 3 % en 2013, comme nous nous y sommes engagés au niveau européen. Mais les moyens pour y parvenir seront différents.

La gauche doit donc assumer qu’elle mènera une politique de rigueur ?
À titre personnel, ce mot ne me fait pas peur. J’aime bien aussi le terme de « sérieux ». Dans la situation très difficile qui est la nôtre aujourd’hui, nous en aurons bien besoin. Continue reading

« L’augmentation des impôts ne peut pas tenir lieu de solution. La priorité, c’est la réduction drastique des dépenses de l’État »

Interview de M. Hervé Novelli, par Ludovic Vigogne

Réduction du nombre de fonctionnaires, privatisations, délégations de service public, pour Hervé Novelli, secrétaire général-adjoint de l’UMP, l’indispensable politique de rigueur passe par une importante diminution du périmètre de l’État dans la sphère économique.

En 2012, que la gauche ou la droite l’emporte, les Français connaîtront-ils autre chose qu’une politique d’austérité ?
Il est clair que l’impératif de réduction des déficits et leur disparition, seul moyen de faire conserver à notre pays son rang, s’imposera à tous. Quels que soient les gouvernants, ce sera un impératif. En revanche, les moyens pour y parvenir seront différents que la gauche ou la droite l’emporte. Dans la genèse des déficits, il y a un déséquilibre de recettes et de dépenses. Il existe trois moyens techniques pour les supprimer : augmenter les recettes, baisser les dépenses ou encore une combinaison des deux. On voit bien aujourd’hui que la tentation de l’augmentation des recettes est dans l’air du temps. La gauche appelle cela la réhabilitation de l’impôt. Une partie de la droite est prête à la suivre. C’est pour moi une solution de facilité. Je reste convaincu que l’augmentation des impôts dans un pays qui a déjà un taux de prélèvements obligatoires parmi les plus élevés de l’OCDE ne peut pas tenir lieu de solution. Continue reading