Des robots au Grand Palais…

Le Mercredi 10 mars 2010

Exposition robots

La science-fiction à notre porte : à travers les photographies d’Yves Gellie consacrées à la recherche scientifique attachée aux grands robots humanoïdes, des androïdes type Guerre des étoiles prennent vie. A voir du 18 au 22 mars, dans le cadre de l’édition 2010 de la foire d’art moderne et contemporain Art Paris + Guest, sur le stand de la galerie Baudoin Lebon. « L’idée a été de travailler sur la genèse de ces robots, sur leur lieu de création, sur l’évolution de leur apparence physique ainsi que sur les outils et matériaux présents dans les laboratoires qui les ont amenés à la vie ». Parallèlement, une vidéo introduisant la vision du philosophe Jean Michel Besnier sur le post humanisme sera diffusée. Ce courant de pensée part du constat que la science et les technologies (bionique, clonage, robotique, etc.) amènent aujourd’hui l’homme à franchir une nouvelle étape, qui pourrait aboutir à la naissance de « surhommes »… et pose la question de la place qu’aura « l’homme traditionnel » dans l’avenir.

Human Version 2.0 – Yves Gellie – Art Paris, Grand Palais, Baudoin Lebon, stand C29 – du 18 au 22 mars – tous les jours de 11 h à 20 h, lundi 22 mars jusqu’à 18 h - Plein tarif : 15 E - Demi tarif : 10 E (artistes et étudiants). Renseignements sur le site Art Paris + Guest et sur le site de la galerie Baudoin Lebon

Carine Duvoux @ 11:11
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Paris sous les eaux

Le Mardi 9 mars 2010

La ville de Paris présente jusqu’au 28 mars une exposition consacrée à l’inondation de la capitale en 1910. De la surprise à la fascination puis au désespoir, le visiteur est invité à suivre jour quasiment jour après jour la montée des eaux et à voir ses conséquences.

Au fil des quelque 200 documents – photographies, cartes postales, affiches, toiles, dessins, archives, films d’actualité, etc. – regroupés pour l’exposition, le visiteur découvre un Paris bien différent de l’actuel. Paris inondé 1910 est en effet non seulement une occasion de faire un voyage dans le temps, mais aussi d’être confronté à une réalité saisissante.

Météorologie
Un été et un hiver pluvieux ont saturé d’eau les sols et les nappes souterraines. Les pluies torrentielles qui se succèdent à partir du 18 janvier provoquent la montée des eaux du fleuve et de ses affluents. Le 20 janvier, le niveau de l’eau s’élève à 3,80 m. Il passe à 4,62 m le lendemain, à 5,77 le 22 janvier, frôle les 7 m le 25 janvier, dépasse les 8 m le 27 et atteint finalement son maximum, 8,50 m, le 28 janvier.

Inondé et inédit
L’eau monte jusqu’au tablier du pont Saint Louis. Notre-Dame a quasiment les pieds dans l’eau. La Seine touche les épaules du Zouave du pont de l’Alma, qui fait 6 m de haut. 12 arrondissements sont inondés. Les habitants des quartiers bourgeois se réfugient dans les étages, alors que les plus vulnérables déménagent.
La capitale se transforme en une Venise-sur-Seine qui attire touristes et curieux. Des photographes et des peintres se précipitent pour saisir ce Paris inédit. Des scènes surprenantes sont immortalisées. Les chevaux, montés par des cavaliers distingués, ont les sabots dans l’eau. Les habitants se déplacent à la rame sur des embarcations de fortune ou montent chez eux grâce à des échelles, en passant par la fenêtre. Des députés téméraires se rendent au Palais Bourbon en barque, alors que la Chambre est inondée. Au Jardin des Plantes, l’ours Martin a les pattes dans l’eau. Les pavés de bois qui recouvrent les rues flottent au gré des courants (ils seront remplacés à partir de 1910 par de l’asphalte).
L’inondation devient même un commerce. Guillaume Apollinaire décrit les « promenades de plaisance en barque » : « Pour deux sous, on passe aux pieds des hôtels les plus cossus et des photographes prennent de vous un portrait d’inondé pour la somme de 50 centimes. »

Réalité

Mais l’étonnement et la fascination ne durent qu’un temps et, au bout de deux ou trois jours, les Parisiens déchantent. La capitale est victime de sa « modernité » : l’eau s’engouffre dans les 1 200 km d’égouts et de couloirs souterrains de desserte d’électricité, d’eau potable et de communications. Elle atteint les tunnels du métro en construction et remonte jusqu’à la gare Saint-Lazare. Certaines chaussées – notamment le boulevard Hausmann – s’effondrent. Les beaux quartiers comme les arrondissements populaires sont touchés.
Les Parisiens n’ont plus ni transport, ni électricité, ni chauffage. L’acheminement des vivres, qui se fait habituellement par le fleuve, devient difficile. Les ordures sont évacuées « au fil de l’eau », au grand dam des communes situées en aval.
Les secours se mettent en place, construisant digues et passerelles, évacuant les sinistrés ; un appel à la solidarité nationale est lancé, qui permet de récolter des fonds pour aider les victimes ; les associations caritatives se mobilisent, offrant asile aux habitants désormais sans toit.

Le rire comme exutoire

Tout le temps que dure l’inondation, les Parisiens ne perdent pourtant pas totalement le sourire et les journaux rivalisent d’ironie pour décrire aussi bien les badauds appuyés sur le parapet d’un pont comme s’ils étaient au spectacle que des bourgeoises juchés sur le dos de leurs domestiques pour ne pas se salir les pieds dans la boue. Des petites annonces humoristiques fleurissent, promettant par exemple, « à l’abri des inondations, beaux appartements meublées, eau à tous les étages »…

L’heure du bilan

Heureusement, à partir du 29 janvier, le niveau de la Seine diminue sensiblement. Mais il faudra attendre le 15 mars pour que le fleuve retrouve sa taille habituelle. Commence alors un grand nettoyage : on pompe l’eau accumulée dans les bâtiments, on enlève les ordures et les boues, on désinfecte la capitale. Le service ferroviaire redevient progressivement normal en mars et le métro fonctionne à nouveau en avril.
On fait les comptes. Et le bilan s’avère désastreux : si une seule personne a perdu la vie, les dégâts matériels sont très estimés à 400 millions de francs-or, soit l’équivalent aujourd’hui d’un milliard d’euros. Plusieurs mois de parcours du combattant attendent alors les commerçants et les particuliers pour se faire indemniser.

Et aujourd’hui ?
L’exposition s’achève sur cette question : un siècle plus tard, quels sont les moyens mis en œuvre à Paris pour faire face à une inondation de cette ampleur ? D’une part, pour éviter une nouvelle catastrophe, des mesures de prévention ont été prises au cours du XXe siècle avec la création de lacs-réservoirs permettant de réguler le débit de l’Yonne, de la Seine, de la Marne et de l’Aube en amont de la région parisienne. D’autre part, la surveillance de ces cours d’eau en amont détermine le déclenchement d’un plan « Orsec inondations » garantissant la continuité des fonctions essentielles de l’Etats et des collectivités locales. Des travaux de rehaussement des parapets des quais, de réfection de murs des quais ont également été réalisés. Mais un nombre nettement supérieur d’habitants serait concerné et les dégâts d’une « inondation centennale » seraient également considérables.
Une exposition instructive pour les Parisiens et qui elle fait parfois froid dans le dos…
Carine Duvoux

Paris inondé 1910 – Galerie des bibliothèques, Ville de Paris, 22, rue Malher 75004 Paris – jusqu’au 28 mars – du mardi au dimanche de 13h à 19h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h – Tarif 4 E, Tarif réduit 2 E – En savoir plus : http://inondation1910.paris.fr/

Carine Duvoux @ 16:45
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Domestiquer la mort

Le Mardi 9 mars 2010

Le musée Maillol présente jusqu’au 28 juin une exposition intitulée « C’est la vie ! Vanités de Caravage à Damien Hirst » retraçant l’histoire des Vanités, qui symbolisent la nature éphémère et vaine de la vie humaine.

Des mosaïques romaines de Pompéi (Ier siècle) aux crânes entièrement recouverts au choix de mouches ou de diamants de Martin Hirst, en passant par le Saint-François en méditation du Caravage (vers 1602), Les trois crânes de Théodore Géricault (1812-1814), l’Homme au crâne de Bernard Buffet (1947) ou encore Skull d’Andy Warhol (1976), les organisateurs ont regroupé plus de 150 œuvres d’art ou objets macabres.
La directrice artistique du musée Maillol et commissaire de l’exposition, Patrizia Nitti, nous fait remonter le temps : l’exposition débute par le XXe siècle, se poursuit aux XIXe et XXe siècles, puis à l’époque moderne et s’achève au Ier siècle.

Omniprésence du crâne
Sous forme de sculpture, de tableau ou de bijou, le crâne est omniprésent dans les œuvres présentées. Au XVIIe siècle, il apparaît dans des natures mortes. Les artistes illustrent l’écoulement du temps, la brièveté de la vie, la futilité de la connaissance et la corruption de la matière et de la beauté. La mort apparaît également sous forme de squelettes venant se mêler aux vivants pour leur rappeler que leur existence a une fin. Memento mori.
La fascination pour la mort se poursuit au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle. Comme une prémonition, Erwin Blumenfeld superpose une photo de Hitler et une photo de crâne (Hitlerfresse, 1933). Mais les visions d’horreur des camps de concentration à la fin de la Seconde guerre mondiale marquent un coup d’arrêt des Vanités dans l’art.
Il faudra attendre les crânes roses et verts d’Andy Warhol et surtout les nouveaux fauves – principalement Georg Baselitz, A.R. Penck et Markus Lüpertz – qui peignent les « années sida ».

Désacralisation
Pour apprivoiser la mort, les artistes contemporains en nient le caractère sacré. Ils utilisent de la mortadelle, du chou, de l’aubergine, de la pastèque, des doigts de gants en laine et des crayons de couleurs, des paquets de cigarettes, etc. pour créer des crânes. Ils dissèquent la mort en faisant des radiographies du corps humain. Ils invitent, comme John Armleder et son miroir en forme de crâne, le spectateur à regarder la mort à travers son propre visage (Lubaantum, 2003).
La religion, qui ne leur offre pas de réponses satisfaisantes, est tournée en dérision. Damien Hirst représente avec des couteaux et des coquillages La Mort de Dieu. Erik Dietman illustre La Sainte famille à poil, nature morte pour carême avec des crânes d’homme et de singe, des fémurs et une poêle. Jan Fabre crée un Oisillon de Dieu sous forme de crâne recouvert de coléoptères tenant dans sa mâchoire une perruche empaillée.

Objet de consommation
Une nouvelle étape est franchie durant les premières années du XXIe siècle : l’image de la mort devient un objet de consommation. Les crânes sont désormais un motif comme un autre, que l’on appose sur toutes sortes de produits.
A conseiller surtout aux amateurs d’art contemporain, cette exposition pourra tout de même intéresser le visiteur néophyte qui découvrira des toiles peu connues, comme Poireaux, crâne et pichet de Pablo Picasso (1945).
C.D.

C’est la vie ! Vanités de Caravage à Damien Hirst – Musée Maillol, 61, rue de Grenelle 75007 Paris – jusqu’au 28 juin – tous les jours de 10h30 à 19 h sauf les mardis, nocturne le vendredi jusqu’à 21h30 – tarif 11 €, tarif réduit 9 € – Renseignements www.museemaillol.fr

Carine Duvoux @ 14:38
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Squales menacés

Le Lundi 8 février 2010

Se retrouver nez à nez avec un requin à pointe ou un requin zèbre… Prolongeant la magie du film Océans, dont il présente des images, l’Aquarium de la Porte Dorée à Paris propose une plongée au cœur de l’univers des requins, raies et chimères. L’occasion de dépasser le mythe des Dents de la mer et de découvrir ces poissons cartilagineux et les menaces qui pèsent sur eux. Organisée en partenariat avec le Muséum national d’histoire naturelle, l’exposition présente de nombreux fossiles de ces animaux qui sillonnent les mers depuis plus de 400 millions d’années. Les plus remarquables sont le cerveau d’une chimère vieux de 300 millions d’années et la reconstitution grandeur nature de la mâchoire d’un mégalodon, requin dont la gueule ouverte mesurait deux mètres de haut.
Dans le sillage des requins – Aquarium de la Porte Dorée, 293, avenue Daumesnil 75012 Paris – jusqu’au 6 mars 2011 – du mardi au vendredi de 10h à 17h et le week-end de 10h à 19h. Renseignements : Aquarium de la Porte Dorée

Carine Duvoux @ 10:58
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Un siècle et demi d’orchidées

Le Mercredi 3 février 2010

Le Jardin du Luxembourg organise une exposition pour fêter les 150 ans de sa collection d’orchidées tropicales. Le Sénat est en effet devenu dépositaire de ce « patrimoine végétal » en 1860, date à laquelle le jardin botanique de la faculté de médecine de Paris est exproprié pour permettre la création du boulevard Saint-Michel.
Habituellement visibles uniquement lors des Journées européennes du patrimoine, ces orchidées (près de 1 300 hybrides et espèces appartenant à 150 genres botaniques) constituent la seule collection « qui puisse encore présenter aujourd’hui plus de 150 pieds d’orchidées datant de la fin du XIXe siècle ».
L’occasion de découvrir, en compagnie des jardiniers du Sénat, non seulement ces fleurs fragiles, mais aussi les techniques d’hybridation.
C.D.
Orchidées, les 150 ans de la collection du jardin du Luxembourg – Orangerie du Jardin, accès rue Guynemer, rue de Vaugirard, Paris – du 5 au 14 février de 10h à 17h – entrée libre.

Carine Duvoux @ 11:57
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Fluidité et modernité

Le Mercredi 23 décembre 2009

Le musée des Arts décoratifs met en scène jusqu’au 31 janvier des créations de Madeleine Vionnet (1876-1975), couturière de la première moitié du XXe siècle. Tout en légèreté, en fluidité, les robes et manteaux présentés se révèlent d’une modernité étonnante.

Mousseline, crêpe de Chine, tulle, souffle de soie, chantilly… Madeleine Vionnet affectait les tissus souples, aériens, transparents, qu’elle coupait dans le biais, drapait et superposait pour leur donner un tombé parfait. Ses robes fluides, portées à même la peau, sans doublure ni baleines, sans bouton ni agrafes, ont rendu le port du corset inutile.
Au sortir de la Première Guerre mondiale, elle réussit à imposer la modernité de ses créations et connaît le succès avec sa maison de couture, créée en 1912 et qui fermera ses portes en 1939.

Simplicité
« Proportions, mouvement, équilibre et vérité » guident le travail de cette « puriste de la mode », selon l’expression de Pamela Golbin, commissaire de l’exposition et conservatrice en chef du musée des Arts décoratifs. Les formes géométriques sont à l’honneur, le tissu suit le corps, la simplicité des lignes domine. La couturière aime les teintes unies, « le noir, le blanc et puis les beaux tons francs, sincères. Des bleus et des verts qui parent les yeux, des rouges qui rappellent les lèvres, mais pas de coloris mal définis ».
L’exposition permet au visiteur de suivre chronologiquement l’évolution du style de Madeleine Vionnet, de ses créations inspirées de la Grèce antique – pour lesquelles elle assemble des carrés de tissu et limite au maximum les attaches et les coutures – à ses robes des années 1930 brodées par la maison Lesage, qui inventa une technique spéciale adaptée à la coupe en biais.
Le visiteur découvre aussi d’autres aspects de la personnalité de Madeleine Vionnet, qui met à la disposition de ses employées des services sanitaires et sociaux (cantine, cabinet médical et dentaire gratuit et une crèche) et qui lutte contre la copie dans l’industrie de la mode.
Une exposition qui rend un bel hommage à celle qui disait : « Il n’y a pas de mode, et j’ai pour ma part horreur de la mode ! On trouve tous les styles chez moi. […] Il ne reste qu’à savoir choisir : tout dépend de l’esthétique particulière de chacune ». C’est sans doute ce qui rend ses créations indémodables.
Carine Duvoux

Madeleine Vionnet, puriste de la mode – jusqu’au 31 janvier 2010 – Musée des arts décoratifs – 107, rue de Rivoli 75001 Paris – ouvert du mardi au vendredi de 11h à 18h, le samedi et dimanche de 10h et 18h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h – tarif plein : 8 €, tarif réduit 6,50 € – Informations http://www.lesartsdecoratifs.fr/

Robe, été 1937, Les Arts décoratifs, Union française des arts du costume. © Patrick Gries

Robe, été 1937, Les Arts décoratifs, Union française des arts du costume. © Patrick Gries

Ensemble du soir, été 1935, modèle n°4868. © Patrick Gries

Ensemble du soir, été 1935, modèle n°4868. © Patrick Gries

Robe du soir, été 1937, Les Arts décoratifs, Union française des arts du costume. © Patrick Gries

Robe du soir, été 1937, Les Arts décoratifs, Union française des arts du costume. © Patrick Gries

Photographie de dépôt de modèle, collection hiver 1938, Les Arts décoratifs, Union française des arts du costume. © DR

Photographie de dépôt de modèle, collection hiver 1938, Les Arts décoratifs, Union française des arts du costume. © DR

Carine Duvoux @ 15:58
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Matisse, Rodin : les arts parallèles

Le Jeudi 10 décembre 2009

Lorsque le XIXe siècle rencontre le XXe siècle… le Musée Rodin juxtapose jusqu’au 28 février des dessins et des sculptures d’Auguste Rodin (1840-1917) et d’Henri Matisse (1869-1954), démontrant que ces deux artistes ne sont pas si éloignés qu’on pourrait le croire.

Sur les murs d’un long couloir, des dessins de femmes nues se font face et semblent se répondre. A droite, ceux de Matisse. A gauche, ceux de Rodin. L’accent est mis sur les silhouettes, le volume, la perspective. Une touche d’aquarelle rehausse parfois le trait. La passion commune des deux artistes pour le dessin est évidente. « Mes dessins sont la clef de mon œuvre : ma sculpture n’est que du dessin sous toutes les dimensions », écrit Rodin. « Mon dessin au trait est la traduction directe et la plus pure de mon émotion », révèle Matisse.
Mais la comparaison ne s’arrête pas là, et le musée Rodin met en valeur toutes les similitudes entre leurs œuvres. Même s’il « peut paraître étrange au premier abord de confronter Rodin et Matisse – le premier étant une figure de la sculpture du XIXe siècle et le second incarnant le renouvellement du langage pictural du début du XXe siècle –, cette exposition est une occasion de rappeler que Matisse a été sculpteur en même temps que Rodin », explique Nadine Lehni, commissaire de l’exposition.

Premier contact difficile
« Des contacts ont existé entre les deux artistes, rappelle-t-elle. Ils ont même été beaucoup plus nombreux que ce qu’Henri Matisse a bien voulu dire. On sait notamment que ce dernier a rendu visite à Rodin dans son atelier en 1899, qu’il lui a présenté ses dessins et que le sculpteur lui a répondu : « Vous avez la main facile, mais revenez me voir lorsque vos dessins seront extrêmement travaillés, pignochés ». Il n’est donc pas étonnant que Matisse, heurté par ce commentaire, n’en fasse pas mention et présente son travail comme opposé à celui de Rodin, en ce sens qu’il part de l’ensemble pour aller vers le détail, alors que, selon lui, Rodin regroupe les détails pour former un tout. »
Reste que Matisse a continué à aller voir les expositions de son aîné, qu’il a acheté non seulement des photographies de ses œuvres, mais aussi le buste d’Henri Rochefort, à partir duquel il a réalisé des dessins.

Thèmes et techniques similaires
En regardant les sculptures des deux artistes présentées par le musée Rodin, les similitudes sautent aux yeux. Matisse et Rodin travaillent souvent sur les mêmes thèmes, surtout les nus féminins et la danse, poussant les positions de leurs modèles à la limite du réalisme. La fluidité et la souplesse du mouvement caractérisent les attitudes des danseuses et des acrobates qu’ils font évoluer dans l’espace ou sur le papier.
Leurs techniques se rapprochent également, avec cette volonté de garder un aspect brut à la sculpture. « La matière devient presque expressionniste, indique Nadine Lehni. Les deux artistes affirment le langage même de la sculpture, acceptant de laisser toutes les marques de la confection de l’œuvre. » Les accidents, cassures et jonctions restent en effet apparents, tout comme les traces de doigts, que les artistes choisissent de ne pas gommer, sortant des styles académiques de l’époque.

De plus en plus épuré
Enfin, dernier élément de similitude, selon la commissaire de l’exposition : « Matisse et Rodin réalisent des figures incomplètes. Ils réduisent les sculptures à l’essentiel, supprimant bras, tête, jambes », comme c’est le cas par exemple avec L’Homme qui marche de Rodin (sans tête ni bras) et Le Serf de Matisse (sans bras). En quête de simplicité, d’abstraction des formes, ils réalisent aussi plusieurs « dos » remarquables. Cette évolution est particulièrement bien illustrée par les quatre dos réalisés par Matisse entre 1909 et 1930, qui montrent la volonté de l’artiste d’épurer progressivement les courbes de ses sculptures.
Une très belle exposition, assez surprenante et dont la mise en scène met en valeur la ligne directrice : la confrontation de deux artistes qu’une génération sépare.
Carine Duvoux

Matisse et Rodin – jusqu’au 28 février – Musée Rodin – 79, rue de Varenne 75007 Paris – de 10h à 17h45 du mardi au dimanche, nocturne le mercredi jusqu’à 20h45 – Tarif 7 € – informations : www.musee-rodin.fr.

Carine Duvoux @ 15:43
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La légende du jazz à la Villette

Le Mardi 8 décembre 2009

Miles Davis prend possession de la Cité de la musique qui lui consacre, jusqu’au 17 janvier, une exposition We want Miles - du titre de l’un de ses albums live avec lequel il fît son come back dans les années 1980. Véritable appel à découvrir ou redécouvrir la musique de cet artiste, l’exposition offre une dense rétrospective de la carrière du trompettiste qui donna l’un de ses derniers concerts à la Villette, quelques mois avant son décès en 1991 à Los Angeles.

Plongé dans une semi-obscurité, le visiteur est accueilli par la voix de Miles Davis qui ne le quittera pas sur les 800 m2 de l’exposition. Organisée chronologiquement, elle retrace la vie du musicien qui s’orienta vers « l’instrument roi du jazz », la trompette, alors que sa mère aurait voulu qu’il joue du violon.
We want Miles est divisée en séquences thématiques et chronologiques qui correspondent aux grandes étapes de la carrière de l’artiste : l’influence des musiciens de Saint Louis ; son intégration à l’avant-garde du jazz des années 1940, le be-bop ; son premier orchestre ; ces débuts chez Columbia marquées par le jazz orchestral de Gil Evans, etc.
L’exposition présente également des objets dévoilés pour la première fois au public : ensemble de trompettes et d’instruments lui ayant appartenu ainsi qu’à ses compagnons de route, partitions originales manuscrites, costumes de scènes et films inédits. Ainsi, une vidéo dévoile le célèbre et mystérieux enregistrement de la bande originale du film Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle ; film pour lequel Miles Davis improvisa, en une nuit, la bande son au fur et à mesure qu’il visionnait les images.
We want Miles n’oublie pas d’évoquer les moments noirs de la vie de Miles Davis : drogue, arrestation arbitraire, racisme.

Musique et peinture
Muni d’écouteurs, le visiteur peut « se brancher », tout au long de la visite, à des bornes audio ou vidéo qui complètent l’illustration musicale du parcours. La scénographie rend hommage à la musique en disposant à plusieurs endroits de l’exposition des sourdines. « Ainsi nommées en référence à la sonorité si singulière que Miles Davis tirait de cet ustensile, ces espaces de forme ovoïdes sont de petites chambres d’écoute conçues pour permettre au public de découvrir dans de bonnes conditions les œuvres les plus emblématiques de l’artiste. » Miles Davis chercha en effet toute sa vie à faire évoluer sa musique notamment en utilisant des sourdines, des pédales wah-wah ou en accompagnant ses morceaux par les sons des orgues électriques ou des synthétiseurs.
Mais, en artiste accompli, le trompettiste ne s’arrêta pas à la musique. En 1982, il se met au dessin pour rééduquer sa main, qui, à la suite d’une attaque, est restée paralysée. Plus qu’une rééducation, la peinture devint un passe-temps.
Au-delà d’une rétrospective, We want Miles est également une exposition de photographies passionnante. Une multitude de clichés de Miles Davis se succèdent. Noir et blanc, rouge et noir, etc. les portraits effectués par Marvin Koner, Ed Van der Elsken ou Anthony Barboza rivalisent par leur authenticité.
L’exposition se termine par une projection du concert du 4 juillet 1991 sur le parvis de la Grande halle de la Villette. Poussé par Quincy Jones, Miles Davis rejoua des partitions de Gil Evans des années 1950 et renoua avec d’anciens compagnons de route sur une scène décorée de ses peintures.

Laure Martin

Laure Martin @ 12:10
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Berlin-Est, entre effacement et persistance

Le Mardi 10 novembre 2009

A l’occasion du 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin, plusieurs expositions sont organisées en France. Ainsi, le Musée d’histoire contemporaine-BDIC se penche sur « l’effacement » de Berlin en tant que capitale de l’ex-RDA (rues rebaptisées, bâtiments publics détruits, etc.) et la persistance de certaines traces du régime dans Berlin-Est. Au menu, notamment, les photographies que Jean-Claude Mouton a faites du Mur, de sa destruction à aujourd’hui, les images de Bernard Plossu, qui s’est concentré sur l’apparition de buildings sur la Postdamer Platz, ou encore le documentaire de Dominique Treilhou tourné pendant la destruction du Palast der Republik.
C.D.

Berlin : l’effacement des traces, 1989-2009 – Musée d’histoire contemporaine-BDIC, Hôtel national des Invalides, Cour d’honneur, Corridor Valenciennes, 129 rue de Grenelle 75007 Paris – jusqu’au 31 décembre 2009 – Tarif : 5 €, tarif réduit 3 € – renseignements http://www.bdic.fr

Carine Duvoux @ 1:04
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Tiffany : l’art en verre et contre tout

Le Mardi 20 octobre 2009

Louis Comfort Tiffany aurait pu grandir dans l’ombre de son père Charles Lewis Tiffany, fondateur de la célèbre maison new-yorkaise de joaillerie. Il n’en est rien. Le jeune a su très rapidement se faire un nom en devenant une icône de l’Art nouveau américain. Le musée du Luxembourg lui rend hommage jusqu’en janvier 2010.

Le créneau de Louis Comfort Tiffany ? Le verre. Il en devient un orfèvre, rendant la matière aussi précieuse que les diamants de son père. L’exposition retrace à travers 160 œuvres et six thématiques l’incroyable parcours de l’artiste. Ainsi apprend-on que la peinture sera son premier amour artistique. A l’époque où il étudie en France dans un atelier parisien, il commence à s’intéresser au travail du verre avant de s’y consacrer totalement et de se tourner vers le design. Très vite, le fils prodigue devient l’un des décorateurs d’intérieur les plus courus des Etats-Unis. Il se construit au fil des ans une clientèle parmi les grands noms de la « high society ». Il développe une approche incomparable du verre en l’incorporant dans les décors intérieurs sous forme de vitraux, de lampes, de manteaux de cheminées, etc. Le travail de Louis Comfort va très vite s’exporter en dehors des frontières américaines. Plus tard Tiffany travaille les vitraux puis expérimente le verre en fusion. Des essais transformés dont il tire d’étonnants jeux de couleurs. Naquit une série de vases et de lampes. Autant d’objets, miroirs d’un extrême raffinement.
Si le néophyte reste sceptique au contact des premières œuvres, il se laissera facilement convaincre. Est-ce l’ambiance intimiste créée par le scénographe Hubert Gall ? Est-ce le choix des œuvres ? Est-ce l’étonnante technique avec laquelle Tiffany a conçu ses pièces ?
A noter que l’artiste n’avait pas fait l’objet d’une telle rétrospective en France depuis l’Exposition universelle de 1900. A ne pas manquer… ne serait-ce que par curiosité.

Louis Comfort Tiffany – Musée du Luxembourg – 19, rue de Vaugirard – Paris VI – Jusqu’au 17 janvier. Ouvert de 10 h 30 à 19 h du mardi au jeudi, de 10 h 30 à 22 h, le lundi et vendredi et de 9 h 30 à 20 h, les week-ends et les jours fériés. Tél. 01 45 44 12 90.

Géraldine Bouton @ 15:39
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