Méroé la méconnue

Le Mardi 25 mai 2010

Jusqu’au 6 septembre, le musée du Louvre présente « Méroé, un empire sur le Nil ». Cette exposition retrace l’histoire d’un empire à la croisée des influences égyptiennes, gréco-romaines et africaines.

Situé à 220 km au nord de Khartoum et au sud de la 5e cataracte du Nil, dans l’actuel Soudan, Méroé a été la capitale d’un empire qui a dominé une région de plus de 1 500 km le long du Nil principal et de ses grands affluents du sud. Cet empire a prospéré de l’époque du roi Arkamani Ier qui fonda une nouvelle dynastie en 270 avant J.-C., à l’arrivée du christianisme au Ve siècle après J.-C., laissant la place à trois royaumes nubiens christianisés (Nobadia, Makouria et Alodia).

Entre influences…

Au cours de ses sept siècles d’existence, Méroé a en effet subi des influences diverses. Tout d’abord, celle de l’Egypte pharaonique, l’empire méroïtique étant un hériter du royaume de Napata et des « pharaons noirs ». Cette influence se retrouve par exemple dans l’architecture et la décoration des temples, dans les pyramides qui servent de sépultures aux rois et reines (pour le reste de la population, l’enterrement sous tumulus est la règle) ou encore dans la maîtrise parfaite par l’élite méroïtique de la langue égyptienne et de l’écriture hiéroglyphique.
Ensuite, l’empire assimile une partie de la culture mais aussi des méthodes artisanales de l’Égypte hellénistique, romaine puis byzantine. Les objets retrouvés notamment dans les tombes de la famille royale et de l’élite méroïtique présentent pour la plupart des motifs empruntés à la civilisation égyptienne, gréco-romaine ou africaine. Les artisans utilisent des techniques elles aussi issues des royaumes voisins : les techniques sont égyptiennes pour fabriquer la faïence et romaine pour le verre, alors que l’orfèvrerie est « un savant mélange de techniques autochtones, pharaoniques et grecques », expliquent les organisateurs de l’exposition.

… et culture originale
Tout en s’enrichissant de ces apports extérieurs, l’empire méroïtique innove et crée sa propre culture. Il invente par exemple une écriture originale jouant sur deux systèmes graphiques de 24 signes chacun, l’un cursif et l’autre hiéroglyphique, tous deux encodant la même langue. De même, aux côtés des dieux pharaoniques – au premier rang desquels Amon –, le panthéon comprend des divinités locales – dont le principal est Apedemak, dieu-lion de la steppe.
Le fonctionnement politique de l’empire est lui aussi particulier : le roi, garant de l’ordre du monde, est responsable devant les dieux, mais le pouvoir peut revenir aux reines, les « candaces ». Cette situation s’est notamment produite au Ier siècle après J.-C., où plusieurs femmes se sont succédées sur le trône.
Enfin, les objets de la vie quotidienne, fabriqués essentiellement à partir d’argile et de métal, sont inspirés par la tradition africaine. Y figurent souvent des végétaux et des animaux ou bien des motifs géométriques faits au peigne ou par incision.
Constituée essentiellement d’objets prêtés par le musée de Khartoum, l’exposition montre également des pièces provenant du chantier de fouilles de Mouweis, ouvert par le département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre en 2007.
Si l’on peut regretter sa taille restreinte, l’exposition présente un aperçu très intéressant de la civilisation méroïtique. A découvrir.
C.D.

Méroé, un empire sur le Nil – Musée du Louvre, aile Richelieu, entresol - tous les jours de 9h à 18h, sauf le mardi, nocturnes jusqu’à 22h les mercredis et vendredis – Tarif : 9,5 € ou 6 € – Renseignements : www.louvre.fr

Carine Duvoux @ 14:30
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Emotions photographiques

Le Mardi 27 avril 2010

Pour le centenaire de sa naissance, le Jeu de Paume, la Monnaie de Paris et la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine rendent hommage à Willy Ronis, décédé le 11 septembre 2009. L’exposition s’organise autour de cinq thèmes récurrents : la rue, le travail, les voyages, le corps et la biographie du photographe. Elle donne un aperçu, en quelque 150 clichés, du travail de l’un des derniers représentants du courant humaniste français.
Outre les scènes de la vie quotidienne – enfants napolitains marchant dans les rues, flâneries au marché aux puces, etc. –, l’exposition révèle l’engagement politique de Willy Ronis, militant communiste qui photographie les piquets de grève dans les usines.
« Photographe polygraphe », selon sa propre expression, Willy Ronis estimait que « les grandes émotions ne naissent pas seulement devant le Parthénon, la baie de Rio ou les chutes du Zambèze. L’émotion, si vous en êtes digne, vous l’éprouverez devant le sourire d’un enfant qui rentre avec son cartable, une tulipe dans un vase sur lequel se pose un rayon de soleil, le visage de la femme aimée, un nuage au-dessus de la maison. » Et de conclure : « La belle image, c’est une géométrie modulée par le cœur. »

Willy Ronis, une poétique de l’engagement – Monnaie de Paris – 11, quai de Conti 75006 Paris – Jusqu’au 22 août - Ouvert de mardi à dimanche de 11 h à 19h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h30, fermé le 1er mai – plein tarif 7 E, tarif réduit 5 E – Renseignements www.monnaiedeparis.fr ou www.jeudepaume.org

Carine Duvoux @ 0:31
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Le Musée de l’Armée fait peau neuve

Le Mardi 6 avril 2010

Après quatre années de travaux, le Musée de l’Armée a achevé la rénovation de l’aile Orient, qui accueille notamment les collections permanentes de l’époque moderne. Après avoir réouvert au public en mai 2009 une première partie allant de Louis XIV à Napoléon Ier (1643-1815), il a inauguré le 20 mars la seconde partie, des Cent jours à la Commune (1815-1870).

Grâce au programme de modernisation Athena1 (2003-2010), d’un montant total de 78 Mns€, le Musée de l’Armée peut désormais présenter aux visiteurs « huit siècles d’histoire militaire de notre pays », du Moyen Age à nos jours, explique le général Robert Bresse, directeur du musée.
Dans le département moderne, le parcours aménagé dans les anciennes chambres des pensionnaires de l’Hôtel des Invalides se déroule de manière chronologique. A droite du grand couloir dans lequel sont présentées des armes, les salles rappellent, à travers des cartels, des objets et des animations multimédias, l’histoire politique de France. A gauche, les pièces sont consacrées à l’histoire militaire : y sont décrites les différentes guerres et présentés les uniformes et l’équipement des armées, qui évoluent au cours du temps et des régimes politiques. On y voit notamment la tente de campagne de Napoléon Ier, les différents corps d’armée de la monarchie et de l’Empire. Des peintures – notamment les scènes de bataille au XIXe siècle – viennent illustrer les objets présentés.

Suivre les batailles
Des bornes multimédia et des fiches thématiques permettent d’approfondir certains sujets. Les grandes batailles – de Rocroi à Waterloo en passant par Fontenoy et Austerlitz – ont ainsi été reconstituées sur ordinateur. Cinq « pôles batailles » permettent au visiteur de suivre pas à pas le déroulé d’une confrontation, de voir les forces en présence et d’étudier les tactiques militaires. Il peut aussi comprendre le fonctionnement des armes et les progrès technologiques réalisés.
Dans les nouvelles salles (1815-1871), plusieurs pièces remarquables sont exposées, telles que le manteau de cérémonie de l’ordre du Saint-Esprit de Charles X, l’épée avec dragonne du général Mac Mahon, l’uniforme des Zouaves de la garde impériale ou encore l’harnachement de parade de Louis Philippe. Mais la plus impressionnante est sans conteste la cuirasse du carabinier Fauveau, transpercé de part en part par un boulet à Waterloo.

Réfectoires détournés
Enfin, au rez-de-chaussée, deux anciens réfectoires, dont les peintures murales ont été restaurées, attendent le visiteur : la salle Turenne retrace, sur de grandes tables, l’histoire de l’Hôtel des Invalides, et la salle Vauban présente 13 mannequins équestres grandeur nature, vêtus d’uniformes datant du Consulat au Second Empire.
Musée d’histoire, les Invalides proposent une nouvelle présentation très pédagogique qui, tout en mettant en valeur armes et uniformes, permet de situer chaque objet dans son époque. A conseiller aussi bien aux amateurs d’histoire militaire qu’aux simples curieux.
Carine Duvoux

Musée de l’Armée, Hôtel des Invalides – 129, rue de Grenelle 75007 Paris – Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h du 1er avril au 30 septembre, de 10 h à 17 h du 1er octobre au 30 mars, nocturne le mardi jusqu’à 21 h, fermé le 1er lundi de chaque mois, sauf juillet, août et septembre – Tarif plein 9 €, tarif réduit 7 €, gratuit pour les moins de 26 ans. Renseignements : www.invalides.org

(1) Armes, techniques, histoire, emblèmes, nation, armée.

Le musée de l'armée en chiffres
1,28 million de visiteurs en 2009, contre 880 000 en 2003.

47 % des visiteurs du musée de l’Armée sont des femmes – le prestige de l’uniforme !

43 ans, c’est l’âge moyen des visiteurs.

Léopard contre lys
Dans la Galerie de l’Arsenal des Invalides se tient jusqu’au 4 juillet une exposition consacrée à Jehan Froissard (1337-1404), chroniqueur de la Guerre de Cent ans. Organisée par des institutions françaises et anglaises, elle propose de découvrir quatre manuscrits originaux de cet historien valenciennois qui fut entre 1361 et 1369 secrétaire et poète au service de Philippa de Hainaut, reine d’Angleterre. Ses Chroniques relatent les faits d’armes chevaleresques de la Guerre de Cent ans, de l’avènement d’Edouard III d’Angleterre (1327) à la mort de Richard II (1400). Autour de ces manuscrits enluminés – que le visiteur pourra feuilleter par le biais de bornes interactives – le musée présente des armes et des armures de cette époque. Pour les plus jeunes et les familles, des ateliers permettent de découvrir l’univers de la calligraphie, de l’enluminure et de l’héraldique. L’accès à l’exposition est inclus dans le ticket d’entrée du musée. Renseignements : www.invalides.org

Carine Duvoux @ 17:42
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Nomadisme

Le Mercredi 31 mars 2010

Le Sénat présente jusqu’au 18 juillet sur les grilles du Jardin du Luxembourg une exposition intitulée « Esprit nomade, nomades des déserts de sable, d’herbe, de neige ».

Les photographes italiens Tiziana et Gianni Baldizzone voyagent depuis 25 ans en territoires nomades. Au travers de 80 clichés hauts de couleurs, où se mêlent scènes domestiques et paysages grandioses, ils soulignent les liens existants entre les éleveurs nomades et leur environnement et soulignent la capacité d’adaptation de ces hommes et ces femmes aux milieux hostiles – déserts du Sahara, de Gobi ou de Thar, Grand Nord sibérien, steppes d’Asie centrale, etc. Ils montrent que, quelle que soit la zone du globe, un « esprit nomade » existe, qui s’appuie sur des valeurs telles que la solidarité, le respect et l’humilité.

Esprit nomade, nomades des déserts de sable, d’herbe, de neige – Grilles du Jardin du Luxembourg, rue Médicis, de la Porte Saint-Michel à la Porte Odéon – Gratuit – Tous les jours, 24 h sur 24 (éclairage nocturne).

Carine Duvoux @ 10:36
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L’image, entre preuve et mémoire

Le Mercredi 31 mars 2010

65 ans après la découverte des camps de concentration et d’extermination nazis par les Alliés, le Mémorial de la Shoah organise une exposition présentant les images tournées au jour le jour par trois cinéastes venus d’Hollywood – John Ford, Samuel Fuller et George Stevens – à Dachau et Falkenau (annexe de Flossenbürg).

« Les équipes de cameramen de l’armée américaine étaient préparées à voir et à filmer les horreurs de la guerre », explique d’emblée le commissaire de l’exposition, l’historien et réalisateur Christian Delage. La Field Photographic Branch (FPB), créée par John Ford, et la Special Coverage Unit (Specou), dirigée par George Stevens, « avaient des directives précises concernant les prises de vue des cadavres. L’objectif était de pouvoir utiliser ces images comme preuves des crimes de guerre et des atrocités devant un tribunal », poursuit-il.

Au jour le jour
En présentant non seulement les images des camps (dont la plupart sont connues pour avoir été montées par John Ford dans le film-documentaire Les camps de concentration nazis présenté devant le tribunal militaire international de Nuremberg), les comptes-rendus quotidiens des opérateurs et les témoignages immédiats des prisonniers, l’exposition permet au visiteur de suivre pas à pas la découverte de Dachau. L’arrivée dans le camp commence par la découverte d’un train rempli de cadavres (la moitié des 2 000 prisonniers transférés des camps de Buchenwald et de Sachsenhausen ont péri dans les wagons de marchandises). Les opérateurs filment ensuite la vie quotidienne dans le camp et les chambres à gaz. Grâce aux images tournées par George Stevens avec sa caméra personnelle, on voit des images censurées à l’époque, comme le lynchage de gardes allemands, battus à mort par des survivants. On découvre le premier office religieux juif célébré par un soldat rabbin à Dachau et les témoignages de prisonniers recueillis sur place.
A Falkenau, Samuel Fuller, simple combattant, tourne avec sa caméra personnelle son premier film. A la demande de son capitaine, il montre notamment les habitants du village voisin obligés de vêtir et d’enterrer les prisonniers morts dans le camp.

Retour à Hollywood
Ces expériences ont profondément marqué les trois cinéastes. En 1980, Samuel Fuller retrace dans The Big Red One la vie de quatre GI’s dans la première division d’infanterie de l’armée américaine, depuis l’entrée en guerre des Etats-Unis jusqu’à la libération du camp de Falkenau. Quant à George Stevens, connu avant la guerre pour ses comédies musicales avec Fred Astaire et Ginger Rogers, il tourne en 1959 Le Journal d’Anne Frank.
En plaçant le visiteur derrière l’épaule des cameramen et en lui montrant les conditions de tournage, l’exposition tente d’introduire une médiation, une distance entre le spectateur et les atrocités filmées. Mais les images de cadavres, de prisonniers décharnés déambulant dans les tenues rayées restent omniprésentes et toujours insupportables.
Carine Duvoux

Filmer les camps, John Ford, Samuel Fuller, George Stevens, de Hollywood à Nuremberg – Mémorial de la Shoah – 17, rue Geoffroy-l’Asnier 75004 Paris – jusqu’au 31 août 2010 - Entrée libre - Tous les jours de 10 h à 18 h, le jeudi jusqu’à 22 h – www.memorialdelashoah.org

Carine Duvoux @ 10:34
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Des robots au Grand Palais…

Le Mercredi 10 mars 2010

Exposition robots

La science-fiction à notre porte : à travers les photographies d’Yves Gellie consacrées à la recherche scientifique attachée aux grands robots humanoïdes, des androïdes type Guerre des étoiles prennent vie. A voir du 18 au 22 mars, dans le cadre de l’édition 2010 de la foire d’art moderne et contemporain Art Paris + Guest, sur le stand de la galerie Baudoin Lebon. « L’idée a été de travailler sur la genèse de ces robots, sur leur lieu de création, sur l’évolution de leur apparence physique ainsi que sur les outils et matériaux présents dans les laboratoires qui les ont amenés à la vie ». Parallèlement, une vidéo introduisant la vision du philosophe Jean Michel Besnier sur le post humanisme sera diffusée. Ce courant de pensée part du constat que la science et les technologies (bionique, clonage, robotique, etc.) amènent aujourd’hui l’homme à franchir une nouvelle étape, qui pourrait aboutir à la naissance de « surhommes »… et pose la question de la place qu’aura « l’homme traditionnel » dans l’avenir.

Human Version 2.0 – Yves Gellie – Art Paris, Grand Palais, Baudoin Lebon, stand C29 – du 18 au 22 mars – tous les jours de 11 h à 20 h, lundi 22 mars jusqu’à 18 h - Plein tarif : 15 E - Demi tarif : 10 E (artistes et étudiants). Renseignements sur le site Art Paris + Guest et sur le site de la galerie Baudoin Lebon

Carine Duvoux @ 11:11
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Paris sous les eaux

Le Mardi 9 mars 2010

La ville de Paris présente jusqu’au 28 mars une exposition consacrée à l’inondation de la capitale en 1910. De la surprise à la fascination puis au désespoir, le visiteur est invité à suivre jour quasiment jour après jour la montée des eaux et à voir ses conséquences.

Au fil des quelque 200 documents – photographies, cartes postales, affiches, toiles, dessins, archives, films d’actualité, etc. – regroupés pour l’exposition, le visiteur découvre un Paris bien différent de l’actuel. Paris inondé 1910 est en effet non seulement une occasion de faire un voyage dans le temps, mais aussi d’être confronté à une réalité saisissante.

Météorologie
Un été et un hiver pluvieux ont saturé d’eau les sols et les nappes souterraines. Les pluies torrentielles qui se succèdent à partir du 18 janvier provoquent la montée des eaux du fleuve et de ses affluents. Le 20 janvier, le niveau de l’eau s’élève à 3,80 m. Il passe à 4,62 m le lendemain, à 5,77 le 22 janvier, frôle les 7 m le 25 janvier, dépasse les 8 m le 27 et atteint finalement son maximum, 8,50 m, le 28 janvier.

Inondé et inédit
L’eau monte jusqu’au tablier du pont Saint Louis. Notre-Dame a quasiment les pieds dans l’eau. La Seine touche les épaules du Zouave du pont de l’Alma, qui fait 6 m de haut. 12 arrondissements sont inondés. Les habitants des quartiers bourgeois se réfugient dans les étages, alors que les plus vulnérables déménagent.
La capitale se transforme en une Venise-sur-Seine qui attire touristes et curieux. Des photographes et des peintres se précipitent pour saisir ce Paris inédit. Des scènes surprenantes sont immortalisées. Les chevaux, montés par des cavaliers distingués, ont les sabots dans l’eau. Les habitants se déplacent à la rame sur des embarcations de fortune ou montent chez eux grâce à des échelles, en passant par la fenêtre. Des députés téméraires se rendent au Palais Bourbon en barque, alors que la Chambre est inondée. Au Jardin des Plantes, l’ours Martin a les pattes dans l’eau. Les pavés de bois qui recouvrent les rues flottent au gré des courants (ils seront remplacés à partir de 1910 par de l’asphalte).
L’inondation devient même un commerce. Guillaume Apollinaire décrit les « promenades de plaisance en barque » : « Pour deux sous, on passe aux pieds des hôtels les plus cossus et des photographes prennent de vous un portrait d’inondé pour la somme de 50 centimes. »

Réalité

Mais l’étonnement et la fascination ne durent qu’un temps et, au bout de deux ou trois jours, les Parisiens déchantent. La capitale est victime de sa « modernité » : l’eau s’engouffre dans les 1 200 km d’égouts et de couloirs souterrains de desserte d’électricité, d’eau potable et de communications. Elle atteint les tunnels du métro en construction et remonte jusqu’à la gare Saint-Lazare. Certaines chaussées – notamment le boulevard Hausmann – s’effondrent. Les beaux quartiers comme les arrondissements populaires sont touchés.
Les Parisiens n’ont plus ni transport, ni électricité, ni chauffage. L’acheminement des vivres, qui se fait habituellement par le fleuve, devient difficile. Les ordures sont évacuées « au fil de l’eau », au grand dam des communes situées en aval.
Les secours se mettent en place, construisant digues et passerelles, évacuant les sinistrés ; un appel à la solidarité nationale est lancé, qui permet de récolter des fonds pour aider les victimes ; les associations caritatives se mobilisent, offrant asile aux habitants désormais sans toit.

Le rire comme exutoire

Tout le temps que dure l’inondation, les Parisiens ne perdent pourtant pas totalement le sourire et les journaux rivalisent d’ironie pour décrire aussi bien les badauds appuyés sur le parapet d’un pont comme s’ils étaient au spectacle que des bourgeoises juchés sur le dos de leurs domestiques pour ne pas se salir les pieds dans la boue. Des petites annonces humoristiques fleurissent, promettant par exemple, « à l’abri des inondations, beaux appartements meublées, eau à tous les étages »…

L’heure du bilan

Heureusement, à partir du 29 janvier, le niveau de la Seine diminue sensiblement. Mais il faudra attendre le 15 mars pour que le fleuve retrouve sa taille habituelle. Commence alors un grand nettoyage : on pompe l’eau accumulée dans les bâtiments, on enlève les ordures et les boues, on désinfecte la capitale. Le service ferroviaire redevient progressivement normal en mars et le métro fonctionne à nouveau en avril.
On fait les comptes. Et le bilan s’avère désastreux : si une seule personne a perdu la vie, les dégâts matériels sont très estimés à 400 millions de francs-or, soit l’équivalent aujourd’hui d’un milliard d’euros. Plusieurs mois de parcours du combattant attendent alors les commerçants et les particuliers pour se faire indemniser.

Et aujourd’hui ?
L’exposition s’achève sur cette question : un siècle plus tard, quels sont les moyens mis en œuvre à Paris pour faire face à une inondation de cette ampleur ? D’une part, pour éviter une nouvelle catastrophe, des mesures de prévention ont été prises au cours du XXe siècle avec la création de lacs-réservoirs permettant de réguler le débit de l’Yonne, de la Seine, de la Marne et de l’Aube en amont de la région parisienne. D’autre part, la surveillance de ces cours d’eau en amont détermine le déclenchement d’un plan « Orsec inondations » garantissant la continuité des fonctions essentielles de l’Etats et des collectivités locales. Des travaux de rehaussement des parapets des quais, de réfection de murs des quais ont également été réalisés. Mais un nombre nettement supérieur d’habitants serait concerné et les dégâts d’une « inondation centennale » seraient également considérables.
Une exposition instructive pour les Parisiens et qui elle fait parfois froid dans le dos…
Carine Duvoux

Paris inondé 1910 – Galerie des bibliothèques, Ville de Paris, 22, rue Malher 75004 Paris – jusqu’au 28 mars – du mardi au dimanche de 13h à 19h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h – Tarif 4 E, Tarif réduit 2 E – En savoir plus : http://inondation1910.paris.fr/

Carine Duvoux @ 16:45
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Domestiquer la mort

Le Mardi 9 mars 2010

Le musée Maillol présente jusqu’au 28 juin une exposition intitulée « C’est la vie ! Vanités de Caravage à Damien Hirst » retraçant l’histoire des Vanités, qui symbolisent la nature éphémère et vaine de la vie humaine.

Des mosaïques romaines de Pompéi (Ier siècle) aux crânes entièrement recouverts au choix de mouches ou de diamants de Martin Hirst, en passant par le Saint-François en méditation du Caravage (vers 1602), Les trois crânes de Théodore Géricault (1812-1814), l’Homme au crâne de Bernard Buffet (1947) ou encore Skull d’Andy Warhol (1976), les organisateurs ont regroupé plus de 150 œuvres d’art ou objets macabres.
La directrice artistique du musée Maillol et commissaire de l’exposition, Patrizia Nitti, nous fait remonter le temps : l’exposition débute par le XXe siècle, se poursuit aux XIXe et XXe siècles, puis à l’époque moderne et s’achève au Ier siècle.

Omniprésence du crâne
Sous forme de sculpture, de tableau ou de bijou, le crâne est omniprésent dans les œuvres présentées. Au XVIIe siècle, il apparaît dans des natures mortes. Les artistes illustrent l’écoulement du temps, la brièveté de la vie, la futilité de la connaissance et la corruption de la matière et de la beauté. La mort apparaît également sous forme de squelettes venant se mêler aux vivants pour leur rappeler que leur existence a une fin. Memento mori.
La fascination pour la mort se poursuit au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle. Comme une prémonition, Erwin Blumenfeld superpose une photo de Hitler et une photo de crâne (Hitlerfresse, 1933). Mais les visions d’horreur des camps de concentration à la fin de la Seconde guerre mondiale marquent un coup d’arrêt des Vanités dans l’art.
Il faudra attendre les crânes roses et verts d’Andy Warhol et surtout les nouveaux fauves – principalement Georg Baselitz, A.R. Penck et Markus Lüpertz – qui peignent les « années sida ».

Désacralisation
Pour apprivoiser la mort, les artistes contemporains en nient le caractère sacré. Ils utilisent de la mortadelle, du chou, de l’aubergine, de la pastèque, des doigts de gants en laine et des crayons de couleurs, des paquets de cigarettes, etc. pour créer des crânes. Ils dissèquent la mort en faisant des radiographies du corps humain. Ils invitent, comme John Armleder et son miroir en forme de crâne, le spectateur à regarder la mort à travers son propre visage (Lubaantum, 2003).
La religion, qui ne leur offre pas de réponses satisfaisantes, est tournée en dérision. Damien Hirst représente avec des couteaux et des coquillages La Mort de Dieu. Erik Dietman illustre La Sainte famille à poil, nature morte pour carême avec des crânes d’homme et de singe, des fémurs et une poêle. Jan Fabre crée un Oisillon de Dieu sous forme de crâne recouvert de coléoptères tenant dans sa mâchoire une perruche empaillée.

Objet de consommation
Une nouvelle étape est franchie durant les premières années du XXIe siècle : l’image de la mort devient un objet de consommation. Les crânes sont désormais un motif comme un autre, que l’on appose sur toutes sortes de produits.
A conseiller surtout aux amateurs d’art contemporain, cette exposition pourra tout de même intéresser le visiteur néophyte qui découvrira des toiles peu connues, comme Poireaux, crâne et pichet de Pablo Picasso (1945).
C.D.

C’est la vie ! Vanités de Caravage à Damien Hirst – Musée Maillol, 61, rue de Grenelle 75007 Paris – jusqu’au 28 juin – tous les jours de 10h30 à 19 h sauf les mardis, nocturne le vendredi jusqu’à 21h30 – tarif 11 €, tarif réduit 9 € – Renseignements www.museemaillol.fr

Carine Duvoux @ 14:38
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Squales menacés

Le Lundi 8 février 2010

Se retrouver nez à nez avec un requin à pointe ou un requin zèbre… Prolongeant la magie du film Océans, dont il présente des images, l’Aquarium de la Porte Dorée à Paris propose une plongée au cœur de l’univers des requins, raies et chimères. L’occasion de dépasser le mythe des Dents de la mer et de découvrir ces poissons cartilagineux et les menaces qui pèsent sur eux. Organisée en partenariat avec le Muséum national d’histoire naturelle, l’exposition présente de nombreux fossiles de ces animaux qui sillonnent les mers depuis plus de 400 millions d’années. Les plus remarquables sont le cerveau d’une chimère vieux de 300 millions d’années et la reconstitution grandeur nature de la mâchoire d’un mégalodon, requin dont la gueule ouverte mesurait deux mètres de haut.
Dans le sillage des requins – Aquarium de la Porte Dorée, 293, avenue Daumesnil 75012 Paris – jusqu’au 6 mars 2011 – du mardi au vendredi de 10h à 17h et le week-end de 10h à 19h. Renseignements : Aquarium de la Porte Dorée

Carine Duvoux @ 10:58
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Un siècle et demi d’orchidées

Le Mercredi 3 février 2010

Le Jardin du Luxembourg organise une exposition pour fêter les 150 ans de sa collection d’orchidées tropicales. Le Sénat est en effet devenu dépositaire de ce « patrimoine végétal » en 1860, date à laquelle le jardin botanique de la faculté de médecine de Paris est exproprié pour permettre la création du boulevard Saint-Michel.
Habituellement visibles uniquement lors des Journées européennes du patrimoine, ces orchidées (près de 1 300 hybrides et espèces appartenant à 150 genres botaniques) constituent la seule collection « qui puisse encore présenter aujourd’hui plus de 150 pieds d’orchidées datant de la fin du XIXe siècle ».
L’occasion de découvrir, en compagnie des jardiniers du Sénat, non seulement ces fleurs fragiles, mais aussi les techniques d’hybridation.
C.D.
Orchidées, les 150 ans de la collection du jardin du Luxembourg – Orangerie du Jardin, accès rue Guynemer, rue de Vaugirard, Paris – du 5 au 14 février de 10h à 17h – entrée libre.

Carine Duvoux @ 11:57
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