Le Mardi 6 juillet 2010
Le débat d’orientation budgétaire (DOB) se tiendra à l’Assemblée le 6 juillet, et au Sénat le 8. Au cœur des objectifs gouvernementaux pour 2011 : un effort de 40 MnsE pour réduire le déficit de 8 % à 6 % du PIB. Mais les annonces du Gouvernement semblent en complet décalage avec les évaluations des spécialistes des finances publiques, élus, cour des comptes et commission européenne.
Auditionné le 30 juin par les commissions des finances des deux assemblées, le ministre du Budget, François Baroin, a répété les principaux objectifs du Gouvernement : maintenir pour 2010 le déficit public à 8 % du PIB, et le réduire à 6 % du PIB en 2011, pour atteindre les 3 % du PIB en 2013. Mais les hypothèses sous-jacentes de ce « programme de stabilité » se heurtent à de sévères critiques.
Un déficit structurel
C’est d’abord le cas en ce qui concerne l’appréciation de la situation actuelle. A cet égard, François Baroin, comme son prédécesseur, Eric Woerth, continue d’affirmer : « le déficit structurel est de 3 à 3,5 % du PIB. Notre objectif de retour à 3 % en 2013 correspond justement à ce déficit ». Argument bien simple (simpliste ?) pour parvenir à cette évaluation : « il est incontestable que la dégradation est essentiellement due à la surréaction des recettes à la baisse, donc qu’elle est liée à la crise ». Mais il n’en demeure pas moins que le Gouvernement, aujourd’hui comme hier, peut être sur ce sujet suspecté de défendre son bilan, et veut avoir raison contre Bruxelles et la Cour des comptes, dont le propos est à la fois plus technique et moins concerné. Et le rapport de la Cour des comptes sur l’état des finances publiques est on ne peut plus clair : même en comptant la « surréaction des recettes » comme impact de la crise (cf. tableau), « les soldes structurels ont diminué, en moyenne, de 1,8 point de PIB dans la zone euro (…). En France, le déficit structurel est passé de 3,8 points de PIB en 2008 à 5,9 points en 2009, soit 2,1 points de hausse. Or l’ampleur des plans de relance semble avoir été moindre en France que dans la zone euro (…) ».

Elasticité des recettes
Autre point suspect : l’évaluation des rentrées à venir par le Gouvernement. François Baroin espère apparemment que la « surréaction des recettes » à la baisse va se retrouver à la hausse pour permettre un « rattrapage des recettes fiscales ». Il évalue à 1,4 l’élasticité des prélèvements à la croissance et explique que « les rentrées d’IS permettent de confirmer que nous serons en ligne sur les 1,4 » et que « le phénomène est le même pour la TVA, contrairement à un sentiment répandu ». Là encore, le rapport de la Cour des comptes fait preuve d’un « sentiment » moins optimiste. Certes la Cour confirme le chiffre de 1,4 pour 2004-2008, et elle estime qu’après « avoir fortement contribué à la chute des recettes en 2009, [cette élasticité] contribuera à les accroître en 2010 et dans les années qui viennent » ; mais avec cette réserve : le phénomène ne sera, « vraisemblablement », que progressif. La Cour rappelle la « faiblesse de l’élasticité des recettes fiscales après une récession », faiblesse qui « résulte notamment du décalage de paiement de certains impôts et des mécanismes de report en avant des déficits ou moins values sur les bénéfices et plus value des années ultérieures ». Après la récession de 1993, l’élasticité est « restée inférieure à 0,5 pendant trois ans ». Trois ans ? Mais cela nous met en 2013 alors que le scénario du Gouvernement court jusqu’à 2013.
Diminution des dépenses : question de tropisme…
Mais plus curieuse encore que ces anticipations de recettes, c’est la réponse fournie par François Baroin aux questions sur la réduction de dépenses, de 10 % d’ici 2013, dont 5 % en 2011 qui laissera certains dubitatifs. Le rapporteur général du budget à l’Assemblée, Gilles Carrez (UMP, Val-de-Marne) s’interrogeait : comment le Gouvernement va-t-il réduire les dépenses d’interventions (66 MdsE) alors que l’effort ne doit pas concerner l’hébergement d’urgence ou les minima sociaux ? Réponse : « Je puis vous dire, pour en avoir discuté avec mes collègues du Gouvernement, qu’il y a de la marge. C’est essentiellement une question de changement de mentalité, de tropisme. S’il faut même aller un peu plus loin que 5 %, je crois qu’on pourra y arriver, aussi bien pour des « coups partis » que pour des dispositifs que l’on maintient sous perfusion, mais qui, à l’évidence, ne correspondent plus à rien si ce n’est à l’habitude, quand ils n’ont pas tout simplement échappé au regard ! »… Mais où Eric Woerth avait-il donc la tête ?
Dette, jolie dette…
Toujours au chapitre des charges, le ministre estime à 42,5 MdsE la charge de la dette en 2010, « et, dans l’hypothèse où les taux actuels (0,29 % à court terme et environ 3,40 à trois ans) se maintiendraient, à 45,4 MdsE en 2011 », et se borne à évoquer « le risque que la sortie de crise ne provoque une augmentation du coût des matières premières, une poussée de l’inflation et une tension à la hausse des taux d’intérêts ». Mais la cour des comptes offre un descriptif plus précis et plus inquiétant : 36 % de la dette de l’Etat français à fin 2009 devra être refinancée avant fin 2011, si bien que ce « risque » d’une hausse de taux ne peut être pris à la légère, entre le danger d’un emballement de la boule de neige et celui de voir l’épargne de précaution s’accroître au détriment d’une croissance française traditionnellement tirée par la consommation. A la veille de la réunion mensuelle de la BCE le 8 juillet, il est vrai que l’hypothèse d’une hausse des taux en Europe, encore très évoquée en mars dernier, semble aujourd’hui plus lointaine…
Mais cela parce que le retour de la croissance semble aujourd’hui moins évident.
2,5 % de croissance…
Or, et c’est peut-être le point du scénario gouvernemental qui convainc le moins, le retour à 3 % de déficit en 2013 repose sur une hypothèse de 2,5 % de croissance. Un taux à « déflater quelque peu » pour Philippe Marini (UMP, Oise), rapporteur du budget au Sénat, tandis que le ministre dit y croire… tout en précisant que la prévision pourrait « être revue en août prochain » au vu des résultats économiques du deuxième trimestre. Et encore, le Gouvernement n’a pas, dans l’immédiat, fourni de chiffrage précis à la question posée, entre autres, par Joël Bourdin (UMP, Eure) : « Je me félicite de la volonté du Gouvernement de réaliser 40 MdsE d’économie. Cependant, a-t-on pris en compte l’impact récessif d’une telle politique, en particulier dans le cas des dotations de l’Etat aux collectivités locales, qui réalisent 70 % de l’investissement public ? »…
F.-X. Lanfranchi
