Le Mardi 10 février 2009
Séance publique – Commencé le 27 janvier, l’examen du projet de loi de programmation relatif à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement, dit Grenelle I, s’est achevé le 10 février. Tout en supprimant des dispositions jugées trop précises introduites par les députés et en rendant à ce texte son caractère programmatique, les sénateurs sont allés plus loin que l’Assemblée sur certains points, à commencer par les transports.
Bonne ambiance et consensus à l’ordre du jour du Sénat avec le projet de loi Grenelle I. De nombreux amendements, déposés aussi bien par la majorité que par l’opposition, ont été adoptés à l’unanimité des sénateurs présents.
Parmi les dispositions consensuelles, le rapporteur, Bruno Sido (UMP, Haute-Marne) a insisté sur « la nécessité de ne pas rééditer les erreurs du passé », telles que « Natura 2000 »1 et donc « d’associer, très en amont, l’ensemble des acteurs, notamment les élus locaux, à la mise en œuvre des mesures, en particulier pour ce qui concerne la trame verte et bleue2. »
Carnet de santé
L’un des principaux amendements du rapporteur, qui met en place en 2012 un « carnet de santé » du travailleur, a également été adopté. Bruno Sido souhaite apporter « une base légale à l’expérimentation de ce que pourrait être le futur dispositif de suivi des expositions aux risques professionnels », à commencer par les expositions aux substances les plus dangereuses – les substances cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques.
Quant aux particuliers, ils seront également mieux informés des risques de pollution de l’air par les produits utilisés dans la construction et la décoration grâce à la mise en place à partir de 2012 d’un étiquetage mentionnant le caractère toxique de ces produits.
Expertise
Parmi les autres ajouts des sénateurs, la possibilité de créer une « instance propre à assurer la protection de l’alerte et de l’expertise afin de garantir la transparence, la méthodologie, la déontologie des expertises ». Cette entité, proposée par l’opposition et acceptée par le Gouvernement, « pourra constituer une « instance d’appel » en cas d’expertises contradictoires et pourra être garante de l’instruction des situations d’alerte ».
Hiérarchie du traitement des déchets
En matière de gestion des déchets, le Sénat a suivi son rapporteur et inscrit dans la loi la « hiérarchie du traitement des déchets » telle que fixée par la directive 2008/98/CE : « prévention, préparation en vue du réemploi, recyclage, valorisation, notamment énergétique, et élimination ». Bruno Sido a précisé que « le traitement des déchets résiduels doit être réalisé prioritairement par la valorisation énergétique dans des installations dont les performances environnementales seront renforcées et, à défaut, pour les déchets ultimes non valorisables, par l’enfouissement. »
Il fixe également comme objectif que « la production d’ordures ménagères et assimilées soit réduite de 7 % par habitant pendant les cinq prochaines années ».
Ça coince sur la route
Quelques sujets de désaccord ont tout de même ponctué les débats. A commencer par le rapport demandé au Gouvernement par Bruno Sido sur la circulation de poids lourds de 44 t, la réduction de la vitesse à 80 km/h pour les camions circulant sur les autoroutes et leur interdiction de se dépasser sur ces axes a en revanche provoqué une levée de boucliers de la part des Verts. Cette disposition permettrait pourtant « d’aligner l’Hexagone sur un grand nombre d’États européens », limiterait le trafic et « apporterait un peu de clarté juridique, compte tenu des multiples dérogations accordées aujourd’hui en France aux ensembles routiers de 44 t », a expliqué le rapporteur, suivi par la majorité des sénateurs.
Parallèlement, le vote par le Sénat du principe d’une « écotaxe prélevée sur les poids lourds à compter de 2011 » a été mal accueilli par les chauffeurs bretons. Jean-Louis Borloo a promis aux manifestants, réunis à Rennes le 4 février, la mise en place immédiate d’une commission d’évaluation chargé de faire le point sur l’impact de cette disposition région par région.
A noter que les sénateurs ont également introduit la possibilité de « moduler » l’éco-taxe sur certains tronçons, dans un souci de report de trafic équilibré d’axes de circulation congestionnés vers des axes moins chargés. L’idée est de faire de cette taxe « un outil de gestion du trafic au niveau national ».
L’Opecst décidera
Dans le domaine de l’efficacité énergétique, les sénateurs ne sont pas revenus sur la modulation du seuil des 50 kWh en fonction du bilan carbone des énergies utilisées prévue par les députés, contrairement à ce qu’espéraient les Verts. Bruno Sido a simplement précisé qu’une « étude de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques sera réalisée afin de proposer un niveau pertinent de modulation pour respecter les objectifs fixés et de mesurer l’impact économique de l’ensemble du dispositif prévu ». En outre, « cette étude examinera les questions liées aux facteurs de conversion d’énergie finale en énergie primaire ».
Carine Duvoux
(1) Réseau écologique européen ayant pour objectif la préservation de la biodiversité.
(2) Ces trames sont un « outil d’aménagement du territoire, constituée de grands ensembles naturels et de corridors les reliant ou servant d’espaces tampons ».
825 amendements ont été déposés au Sénat sur le projet de loi Grenelle I.
- 2 %, c’est la baisse des émissions de gaz à effet de serre en France en 2007 par rapport à l’année précédente, d’après le ministère de l’Ecologie.
Le retour de la taxe carbone ?
Nicolas Sarkozy a évoqué le 5 février dans son interview télévisée la possibilité de remplacer la taxe professionnelle par une taxe sur les produits en fonction des émissions de CO2 et des pollutions provoquées par leur fabrication. Cette « contribution climat énergie » avait déjà été abordée lors des débats du Grenelle de l’environnement en 2007.
Quatre rapporteurs pour le Grenelle II
La commission des affaires économiques du Sénat a nommé le 28 janvier quatre rapporteurs sur le projet de loi portant engagement national pour l’environnement, dit Grenelle II, sur lequel l’urgence a été déclarée et dont l’examen pourrait débuter en séance pendant la deuxième quinzaine de mars :
- Dominique Braye (UMP, Yvelines), rapporteur du titre 1 (bâtiments et urbanisme) et du chapitre 3 (dispositions relatives aux déchets) du titre 5 ;
- Louis Nègre (UMP, Alpes-Maritimes), rapporteur du titre 2 (transports) et des chapitres 1er (lutte contre les nuisances lumineuses et sonores) et 2e (autres expositions comportant un risque potentiel pour la santé) du titre 5 ;
- Bruno Sido (UMP, Haute-Marne), rapporteur des titres 3 (énergie) et 4 (biodiversité) ;
- Daniel Dubois (UC, Somme), rapporteur du titre 6 (gouvernance).
Retour au naturel… ou presque
Des amendements ont été adoptés en faveur d’un retour à la nature : ils rappellent que les « herbivores doivent être nourris majoritairement à l’herbe et aux graminées issues de pâturages » et demande la relance de la production de protéagineux et autres légumineuses pour l’alimentation animale.
Dans le même ordre d’idées, la décision de favoriser le remplacement des pesticides par des « préparations naturelles peu préoccupantes », telles que le purin d’ortie ou la poudre de craie, a été prise. Cependant, au grand dam des Verts, les sénateurs ont immédiatement après adopté un amendement limitant la réduction de l’usage des produits phytosanitaires (prévue dans le plan Ecophyto 2018) afin de ne « pas mettre en danger des productions, notamment les cultures dites mineures ».
Enfin, le plan d’urgence prévu par les députés en faveur de la préservation des abeilles débutera dès 2009, ont décidé les sénateurs. Ce plan « s’appuiera notamment sur une évaluation toxicologique indépendante relative aux effets, sur les abeilles, de l’ensemble des substances chimiques ».
