Le Mardi 9 mars 2010
La commission des lois du Sénat a examiné le 23 février la proposition de loi d’Anne-Marie Escoffier (RDSE, Aveyron) et d’Yves Détraigne (UC, Marne) tendant à garantir le droit à la vie privée à l’heure du numérique, dont les objectifs principaux sont de faire de l’internaute un « homo numericus » libre et éclairé capable de protéger ses propres données, d’améliorer le « droit à l’oubli numérique » et de renforcer la protection des données personnelles.
La commission des lois a adopté, sur proposition du rapporteur, Christian Cointat (UMP, Français hors de France), 22 amendements. Le rapporteur a tout d’abord approuvé l’idée de rendre obligatoires l’existence d’un Correspondant « informatique et libertés » (CIL) – relais de la Cnil dans les entreprises et les administrations – dès lors qu’une « autorité publique ou un organisme privé recourt à un traitement de données à caractère personnel et que plus de 50 personnes y ont directement accès ou sont chargées de sa mise en Å“uvre ». Christian Cointat a également étendu le rôle du CIL, qui sera désormais « investi d’une mission d’information et de conseil auprès de l’ensemble des personnes travaillant pour le compte de l’autorité ou de l’organisme » et devra jouer un rôle en matière de « failles de sécurité ».
La commission a donné la possibilité à la Cnil de refuser la désignation d’un CIL qui ne présente pas de garanties suffisantes de compétence. Le CIL sera obligé d’informer la Cnil des difficultés qu’il rencontre. Il lui transmettra son rapport d’activité annuel.
Encadrer les fichiers de police
La création de fichiers de police a en outre été encadrée par les sénateurs. La commission des lois a en effet repris le dispositif voté à l’Assemblée nationale lors de l’examen en première lecture de la proposition de loi de simplification et d’amélioration de la qualité du droit1 : tout fichier créé par arrêté ou par décret devra répondre à au moins une des 11 finalités fixées par la loi. Dès lors, si le Gouvernement veut créer un fichier ne répond pas à une de ces finalités, il devra légiférer.
Un régime spécifique a été mis en place pour les mineurs : la durée de conservation, dans les fichiers de renseignements mis en œuvre par le ministère de l’Intérieur, des données personnelles les concernant sera inférieure à celle prévue pour les majeurs. L’objectif est de « favoriser le droit à l’oubli » pour les mineurs.
Par ailleurs, seuls les actes réglementaires concernant les fichiers intéressant la sûreté de l’Etat ou de la défense pourront être dispensés de publication. Ils devront obligatoirement être transmis à la délégation parlementaire au renseignement et à la Cnil.
Les services de l’Etat pourront enfin travailler avec la Cnil, dans le cadre d’expérimentations, en amont de la constitution d’un fichier. La Commission informatique et libertés pourra alors « infléchir » le projet avant sa mise en place.
Choix éclairé sur les cookies
Enfin, les commissaires ont assoupli le principe de consentement préalable en matière de cookies : l’utilisateur devra être informé de la possibilité d’exprimer « un choix préalable et éclairé » dans ce domaine, en particulier via le paramétrage de son navigateur Internet.
Elle a aussi décidé d’« inscrire la sensibilisation des élèves aux enjeux de la protection de la vie privée dans le cadre de l’éducation civique ».
La proposition de loi doit être examinée en première lecture au Sénat le 23 mars.
Carine Duvoux
(1) Cette proposition de loi, déposée par le député Jean-Luc Warsmann (UMP, Ardennes), a été adoptée en première lecture à l’Assemblée le 2 décembre. Elle a été transmise au Sénat mais n’est pour le moment pas inscrite à l’ordre du jour.
Protéger les droits des individus sur Internet
S’appuyant sur une demande du groupe SRC de créer une mission d’information la répression des activités illégales sur Internet et la défense des droits fondamentaux, les présidents des commissions des lois et des affaires culturelles de l’Assemblée, Jean-Luc Warsmann (UMP, Ardennes) et Michèle Tabarot (UMP, Alpes-Maritimes), ont proposé le 24 février de créer une mission d’information sur la protection des droits de l’individu face à la révolution numérique. Cette décision découle de l’audition, organisée le 2 décembre 2009, d’Alex Türk, président de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), qui avait alors alerté les députés sur la nécessité de veiller à « conserver les libertés fondamentales d’aller et venir et de s’exprimer dans la société numérique » dans les années à venir. La mission sera composée de 20 membres, 10 appartenant à la commission des lois et 10 à la commission des affaires culturelles : un représentant du groupe NC, un du groupe GDR, sept du groupe SRC et onze du groupe UMP. Les nominations seront décidées « après les élections régionales ».
