Le Mercredi 24 février 2010
Le 17 février, Pierre Fleuriot, président du Crédit suisse de France, Olivier Poupart-Lafarge et Jean-Pierre Hellebuyck, membres du collège de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et respectivement ancien directeur général délégué de Bouygues et vice-président d’Axa IM, ont remis à Christine Lagarde leur rapport sur la révision de la directive Marchés d’instruments financiers1 (MIF).
La directive MIF définit l’organisation des marchés actions en supprimant la concentration des ordres en un lieu unique, en promouvant la concurrence entre plateformes de négociation et en édictant de nouvelles règles en matière de transparence pré et post-négociation. Son application depuis un peu plus de deux ans a entraîné « une multiplication de systèmes multilatéraux de négociation1 » (24 aujourd’hui), « une baisse des prix de transaction », « l’émergence de plateformes paneuropéennes offrant la possibilité d’acheter et de vendre des titres admis à la négociation dans l’ensemble des Etats membres, ce qui n’était pas le cas auparavant ». En outre, soulignent les auteurs du rapport, « ces nouvelles plateformes ont favorisé la création de nouvelles chambres de compensation accélérant la baisse déjà entamée des coûts sur le segment de la compensation ». En revanche, « l’effet de la nouvelle réglementation sur la liquidité des marchés est difficile à déterminer en raison des impacts de la crise financière et des évolutions intervenues au cours de la même période, au premier rang desquelles l’innovation technologique ».
Manque de transparence
Ce qui est certain, pour les rapporteurs, c’est que « les coûts supplémentaires d’accès à l’information et surtout la mauvaise qualité des données post-négociation constituent un véritable échec de la directive ». Les émetteurs ont en effet des difficultés à suivre les mouvements affectant la vie de leurs titres et les investisseurs finaux n’ont pas constaté de réelle baisse des prix unitaires sur la négociation et la compensation, expliquent-ils. « La qualité de l’information disponible, tant pour le marché que pour les émetteurs et régulateurs, n’a pas suivi l’évolution des marchés impactés par la directive », affirment-ils, proposant de « revoir précisément les modalités d’information tant des intervenants de marché que des régulateurs ». La transparence doit être renforcée « surtout au niveau post-négociation, par la mise en place d’un système d’information en continu sur les transactions ».
Régulateur européen
Ensuite, « un grand marché européen intégré appelle une autorité centrale de régulation disposant de véritables pouvoirs », considèrent les rapporteurs, qui souhaitent « renforcer les pouvoirs d’intervention et les prérogatives de l’Autorité européenne des marchés de titres (Esma) afin de bien s’assurer que les règles soient interprétées et appliquées de manière homogène et de permettre à la concurrence de s’exercer dans un cadre équitable ».
Harmoniser le post-marché
Enfin, parallèlement à la révision de la directive MIF, ils appellent à une « harmonisation du post-marché (opérations de compensation et règlement-livraison) au niveau européen ». Parmi les pistes avancées apparaissent l’idée d’un « accès à la monnaie centrale comme critère discriminant pour évaluer la sécurité des chambres de compensation, afin de limiter les risques systémiques » et celle d’une « harmonisation complète des contraintes réglementaires et des normes techniques afin de faciliter une intégration européenne de la compensation ».
C.D.
(1) Adoptée le 21 avril 2004 et entrée en vigueur le 1er novembre 2007.
(2) Multilateral trading facilities : MTF.
Faire accéder les PME au marché financier
Les rapporteurs demandent que soient mises en place des « solutions spécifiques pour les PME afin de leur faciliter l’accès au marché financier européen ». Ce sujet, reconnaissent-ils, « a vocation à faire l’objet d’analyses spécifiques car il touche beaucoup de domaines, parmi lesquels l’allégement des contraintes portant sur l’admission à la négociation et le contenu du prospectus, l’adaptation des normes comptables applicables aux PME en retenant un principe de proportionnalité, la promotion de véhicules d’investissement spécifiques destinés aux PME ainsi que la création de plates-formes paneuropéennes spécialisées sur la négociation des titres de PME pour en concentrer la liquidité ».
Ils estiment que « la mission confiée par le ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi a confié à Fabrice Demarigny en vue de proposer un “Small Business Act boursier” pour l’Europe, dont les conclusions sont attendues pour la fin du mois de février, constituera une contribution importante à ce débat européen ».
