Merkel-Sarkozy : une seule voix (voie) ?

L’opinion de Gérard Leclerc président de LCP

Toulon après Toulouse. François Mitterrand terminait ses campagnes dans la Ville rose. Nicolas Sarkozy a lancé la sienne à Toulon, là même où, il y a trois ans, en pleine crise des subprimes, il avait dit sa volonté de refonder le capitalisme. On a eu en fait à Toulon II, 2 discours en 1. Le premier très politique, pour ne pas dire électoral, applaudi par les 5 000 militants présents. Nicolas Sarkozy a pilonné la gauche, cochant toutes les cases de la polémique : les 35 heures (mais dans ce cas, que diable ne les a-t-il pas supprimées !), la retraite à 60 ans, le nucléaire, l’immigration incontrôlée, le droit de veto à l’ONU, et même les institutions menacées par les « marchandages » EELV/PS. Puis vint un discours de chef d’État sur l’avenir d’une Europe qui risque d’être « balayée par la crise ». Nicolas Sarkozy a plaidé pour un nouveau traité européen, avec comme maître mot la convergence des économies et comme principe l’échange d’une stricte discipline budgétaire contre une solidarité sans faille à l’égard des États en difficulté. La France se rapproche ainsi de la position allemande. Dès le lendemain, devant le Bundestag, Angela Merkel a enfoncé le clou : il faut, assène-t-elle, une union budgétaire avec des règles et des sanctions, sous le contrôle de la Commission et de la Cour européenne de justice. En revanche, la solidarité reste chez elle réduite à la portion congrue : la Banque centrale européenne a « le devoir d’assurer la stabilité de la monnaie », plutôt que de racheter la dette des États ! Quant aux eurobonds, ce n’est même pas la peine d’en discuter ! Continue reading

Levée de rideau

Le candidat socialiste vu par Michèle Cotta

Sommet européen, plateaux de télévision pour Nicolas Sarkozy et les dirigeants de l’UMP, après le choix du candidat socialiste, la droite entend reprendre la main. De son côté François Hollande a estimé nécessaire une diète médiatique avant de plonger dans le grand bain des présidentielles.

François Hollande. Sur l'avant-dernière marche. Photo Fred Dufour / AFP

27 ans à peine, un mois après l’élection de François Mitterrand en 1981, il avait choisi de se présenter aux élections législatives. Et où cela ? En Corrèze, dans le département conquis, vingt ans auparavant, par Jacques Chirac, qui ambitionnait, à droite, la fonction suprême. Pourquoi le jeune Hollande, à qui un choix plus facile avait été proposé, avait-il voulu défier, sur son terrain, le plus expérimenté de ses adversaires ? Réponse simple, donnée à l’époque par François Hollande lui-même : si la victoire était moins assurée, le combat était plus glorieux. Continue reading

Communicants : la dérive ?

Par Robert Namias

Longtemps discrets, les communicants ont envahi la scène médiatique avec l’affaire DSK. Au risque de décrédibiliser le message que les politiques souhaitent adresser à l’opinion. Beaucoup préconisent aujourd’hui un retour à la théorie de la rareté.

Photo Pierre Vauthey / Sygma Corbis

Si le grand air de la calomnie est toujours aussi populaire, l’ère de la communication fait à coup sûr partie des tubes du moment : communiquez, communiquez, il en restera toujours quelque chose ! C’est du moins ce qu’expliquent aux politiques ceux dont le métier est de définir pour les dirigeants, actuels ou futurs, une stratégie de valorisation des décisions prises et des projets envisagés. La communication politique n’est pas    d’aujourd’hui : Giscard déjà en avait fait une arme personnelle, Mitterrand s’est appuyé sur Jacques Pilhan, Chirac également.

Depuis, les communicants ont fait florès et sont très (trop ?) présents. Du coup beaucoup de Français s’interrogent aujourd’hui sur leur rôle. La frontière est ténue entre communication et manipulation. La première est nécessaire, la seconde en revanche peut constituer rapidement une dérive dangereuse qui transforme le discours en un scénario mensonger. Cette communication- manipulation, que l’on a spectaculairement vue à l’œuvre dans l’affaire DSK, ne peut que nuire à la crédibilité des poli- tiques, perçus comme des marionnettes actionnées par des professionnels du marketing. Certes, il ne s’agit pas de les soustraire aux codes qui permettent d’utiliser efficacement les différents canaux d’expression. Encore moins d’ignorer ce que les chercheurs en communication nous apprennent sur la manière la plus efficace d’adresser un message. Faut-il encore que la sincérité et le souci d’être vrai l’emportent sur le préfabriqué et la mise en scène. Aux communicants eux-mêmes de le rappeler à ceux qu’ils conseillent. On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre dit un dicton populaire. C’est plus vrai que jamais.

A lire les points de vue de Jean-Pierre Raffarin et de Bastien Millot sur les changements dans la communication politique.

Du rejet au soutien

L’état de l’opinion, Par Brice Teinturier

Le directeur général d’Ipsos perçoit dans l’opinion des mouvements qui pourraient structurer une mobilisation en faveur de la gauche. Pour Brice Teinturier, les Français évolueraient progressivement d’une « mobilisation de rejet vers une mobilisation de soutien ».

Les candidats socialistes aux primaires : l’image d’une future équipe gouvernementale ? Photo Patrick Kovarik/AFP

Plusieurs signaux commencent à émerger de la société et ne coïncident pas avec l’idée que les Français se détourneraient de plus en plus de la politique ou, ce qui revient au même, qu’ils n’y croiraient plus. La crise du résultat, on l’a souvent dit ici, ajoutée au retour des affaires et des mallettes, constitue une formidable machine à fabriquer du scepticisme, de l’impuissance perçue et, au final, une abstention accrue. Dans cette optique, 2012 devait ou devrait davantage se rapprocher du modèle 2002 que du modèle 2007. Et pourtant, les émissions politiques tiennent leurs audiences : le premier débat de la campagne des primaires a réuni, à la surprise générale, près de 5 millions de Français et l’intervention de Dominique Strauss-Kahn plus de 13 millions. Or, un tel chiffre ne peut s’expliquer uniquement par la curiosité d’un citoyen voyeuriste qui, après quatre mois du plus formidable « teasing » jamais imaginé, aurait attendu « le dénouement » d’un film sans précédent. En réalité, DSK incarnait une espérance et, pour une part importante de Français, il s’agissait de comprendre ce qui s’était passé et de s’assurer qu’il était véritablement hors course – même si cela était évident, tant le deuil comporte sa phase de déni. L’intéressé l’ayant dit et signifié, une autre séquence pouvait s’ouvrir. Continue reading

Cahiers de campagne – 2

 Par Michèle Cotta

Mercredi 14 septembre
Dominique de Villepin relaxé en appel dans l’affaire Clearstream. Victoire sur toute la ligne de sa défense : pas de complicité de dénonciation calomnieuse, pas de preuves que l’ancien Premier ministre ait eu en sa possession les listings falsifiés établis par Imad Lahoud et Jean-Louis Gergorin.

Sous les voûtes du Palais de justice, l’ancien Premier ministre a célébré avec toute la solennité voulue son innocence reconnue, après, a-t-il précisé une fois de plus, « six ans d’un acharnement sans précédent ».

Pour autant, bien malin qui pourrait dire le chemin que prendra Dominique de Villepin dans les mois qui viennent. Celui de la guerre ou celui de la réconciliation ? Le verra-t-on, les armes à la main, apporter son souffle et la force de ses convictions à une candidature présidentielle, bataille qu’il livrera, dans ce cas, sans gros bataillons, sans espoir de gagner, mais avec celui de faire perdre son adversaire ? Choisira-t-il, au contraire, de retrouver son rang dans la majorité, oubliant ou tentant d’oublier son ressentiment contre Nicolas Sarkozy ? Une chose certaine : il ne finira pas pendu à un croc de boucher. Continue reading