Nicolas, le roi nu

Par Philippe Tesson

Pour Philippe Tesson, ces élections sénatoriales marquent l’ultime échec des réformes de Nicolas Sarkozy. Désormais, le Président est seul face à lui-même. Et du coup, selon l’éditorialiste-écrivain, il est condamné à adopter une stratégie de personnalisation extrême pour tenter de reconquérir l’opinion d’ici mai 2012.

Philippe Wojazer / AFP

Faut-il parler de révolution avec cette victoire de la gauche aux élections séna- toriales ? Le mot est peut-être excessif mais il a ceci de vrai qu’il marque une rupture avec le paysage politique qui était le nôtre depuis 1958. Cette « révolution » ponctue en réalité une succession de défaites de la droite aux diverses élections locales et régionales qui ont eu lieu depuis sept ans et s’inscrit dans une logique arithmétique très démocratique. C’est une conclusion, un point d’arrivée. La question est de savoir si elle marque également un point de départ. Continue reading

Un Sénat de gauche constituerait un séisme politique mais il ne modifierait pas la donne institutionnelle »

Interview de M. Guy Carcassonne, par Ludovic Vigogne

Guy Carcassonne rappelle qu’à trois reprises déjà le Sénat s’est retrouvé dans une situation d’opposition face à un gouvernement de gauche. C’est en cela que, pour ce professeur de droit public, un Sénat à majorité de gauche opposé à un gouvernement de droite ne marquerait pas une première institutionnelle, mais seulement politique.

Une alternance au Sénat serait-elle un séisme ?
Politiquement oui, institutionnellement non. Politiquement oui, car la gauche n’a jamais été majoritaire au Sénat. Les républicains l’ont été, l’opposition l’a été, mais la gauche jamais. Ce serait une première et donc forcément important. Institutionnellement, non. La France a déjà vécu une telle situation entre 1981 et 1986, 1988 et 1993, 1997 et 2002, quand les gouvernements étaient de gauche et le Sénat à droite. Cette fois, ce serait juste l’inverse. Continue reading

« Le Sénat à gauche, ce serait une forme de cohabitation jamais connue en France »

Interview de M. Jean-Pierre Bel, par Ludovic Vigogne

Jean-Pierre Bel, le 25 septembre, ce sera le grand soir ?
Je formulerais les choses différemment. Si nous pouvons faire basculer le Sénat à gauche, ce sera une très grande victoire et un bouleversement institutionnel et politique.

Quelles seraient les conséquences d’un tel basculement ?
Voir une assemblée qui n’a jamais connu l’alternance la vivre enfin mettrait de l’oxygène dans nos institutions. Une autre manière de regarder le Sénat verrait le jour. Certains constitutionnalistes, comme Maurice Duverger, avaient théorisé que le Sénat avait pour attribution d’être réservé à la droite. Compte tenu du résultat des dernières élections municipales, régionales et cantonales, on peut de manière sérieuse imaginer leur donner tort. Même si nous savons que nous sommes dans un combat inégal. Si la droite a depuis cinquante ans conservé le Sénat, c’est parce que nous avons un mode de scrutin qui désavantage la gauche. Il faut vraiment que nous mettions la barre très haut pour faire mentir Duverger ! Continue reading

« Si le Sénat basculait, cela donnerait un très mauvais signal pour 2012″

Interview de M. Gerard Larcher, Président du Sénat. Par Ludovic Vigogne

Gérard Larcher, vous dîtes être certain que le Sénat restera aux mains de la majorité le 25 septembre. C’est du « wishful thinking »?
Je ne suis pas un adepte de la méthode Coué, mais un fervent partisan d’un bicamérisme raisonné. C’est pourquoi je vous rappelle que les contours de la majorité sénatoriale sont plus larges que ceux de la majorité présidentielle. Elle va du Modem à la droite libérale, en passant par des personnalités indépendantes. Elle correspond à la réalité de l’engagement des élus locaux. Sachez que 50 % d’entre eux n’ont pas de choix politique a priori. La grande majorité des grands électeurs sont de tradition modérée. C’est pourquoi je suis serein et continue à penser que cette majorité sénatoriale, même réduite, se maintiendra.

Envisageons quand même le scénario inverse. Quelles seraient les conséquences politiques et institutionnelles d’un basculement du Sénat à gauche?
L’alternance politique dans une démocratie est normale et naturelle. Les conséquences institutionnelles ne seraient donc pas majeures car la Constitution de la Ve République définit clairement le rôle de chacune des grandes institutions. Pour autant, d’un point de vue politique, comme je l’ai déjà exprimé, ce serait un très mauvais signal pour 2012. Ceci dit, votre question me paraît relever de la politique-fiction ! Continue reading