Sarkozy : une dynamique prometteuse, une arithmétique inquiétante

Par Brice Teinturier

Malgré une forte dépression post-primaire, François Hollande reste le favori des sondages. Face à ces chiffres, Nicolas Sarkozy a cinq mois pour convaincre. Ses forces et ses faiblesses, analysées par le directeur général d’Ipsos.

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Nicolas Sarkozy. Le 1er décembre au Zénith de Toulon. Selon Brice Teinturier, il reste perçu comme le « Président des riches ». Celui qui incarne le « haut », coupé de l’électorat populaire. Photo Eric Feferberg / AFP

L’arithmétique reste mauvaise. La dynamique est bonne. Tel est, à cinq mois du 1er tour, le constat que l’on peut faire de la situation du président de la République.

Que ce soit en popularité ou en intentions de vote, la situation de Nicolas Sarkozy dans l’opinion est aujourd’hui très fragile. Sa popularité reste faible (37 % de jugements favorables dans le dernier baromètre Ipsos-Le Point, 59 % de défavorables, soit un différentiel négatif de 22 points) et les indicateurs de vote ne sont guère brillants. Certes, tout porte à croire que Nicolas Sarkozy sera bien présent au second tour, ce qui, il y a encore quelques mois, était encore incertain : même si le point d’atterrissage de Marine Le Pen reste une des inconnues majeures du scrutin, l’écart mesuré, 6 à 7 %, semble suffisant pour assurer au chef de l’État sa qualification. Continue reading

Editorial

Par Robert Namias

Dimanche la désignation de François Hollande a mis un point final à la précampagne présidentielle. Certes, le champion qui portera les couleurs de la droite n’est pas officiellement connu, mais qui peut douter de son nom. Malgré les airs entendus de certains et les espoirs irréalistes de quelques autres, l’affaire est verrouillée : Nicolas Sarkozy sera évidemment au rendez-vous de 2012.

À gauche, quatre candidats déclarés, au centre, François Bayrou, à droite, le Président sortant, Marine Le Pen et peut-être pourquoi pas Hervé Morin, Christine Boutin, Corinne Lepage ou bien encore Dupont-Aignan. À vrai dire les incertitudes sont mineures si l’on excepte les états d’âme de Dominique de Villepin. À six mois du premier tour, le casting est complet, et nous sommes bel et bien entrés dans la campagne, même si du côté de l’Élysée on pense encore faire illusion en affirmant qu’il y a plus urgent à faire que de s’occuper d’une élection qui n’aura lieu qu’au mois d’avril prochain.

Les acteurs sont connus, la pièce peut commencer. D’autant qu’on imagine le décor. Il est le même pour tout le monde : une crise durable, une croissance en berne, un chômage qui ne baissera guère d’ici six mois, une dette qui ne cesse de se creuser, une Europe divisée face à une Amérique plus protectionniste que jamais dans un monde dominé par l’émergence de la Chine, de l’Inde et de quelques autres puissances d’Amérique latine.

Reste à écrire le scénario, c’est-à-dire le projet qui permettra à la France et aux Français de puiser dans l’ambition des candidats des raisons de croire que tout n’est pas gris et sans avenir. La liberté d’agir est étroite, et les propositions des uns et des autres ne peuvent être différentes qu’à la marge. Mais c’est cette marge qui fera le résultat.

Contenus des réformes économiques et financières, rapports du pouvoir avec la justice, questions sociétales, mode de gouvernance, personnalité des candidats, les vrais débats sont à venir. Et d’ici avril, l’espoir changera de camp à de nombreuses reprises.

Les dés roulent mais rien n’est joué. Souhaitons seulement que l’incertitude du résultat ne conduise pas les candidats et leur entourage à s’entretuer à coups d’affaires et de petites phrases assassines par incapacité de convaincre sur le fond. On ne peut pas passer son temps à rater les rendez-vous avec l’Histoire.

Cahiers de campagne – 6

Par Michèle Cotta

Lundi 10 octobre
Arnaud Montebourg en fait un peu trop. Certes, il a fait une percée inespérée à ce premier tour des primaires qu’il avait lui-même imaginées, et imposées à l’ensemble des éléphants socialistes. De là, du haut de ses 17 % de suffrages, à poser ses conditions aux deux « impétrants », comme il les appelle, sans crainte d’employer un mot inconnu pour une bonne partie de ceux à qui il s’adresse, il y a une marge.

Les amuseurs et autres commentateurs comiques ne s’y sont pas trompés : dès ce lundi matin, Nicolas Canteloup et Laurent Gerra ont repris, sur les antennes, en les brocardant, le vocabulaire précieux et les accents volontiers aristocratiques du député de Saôneet-Loire – qui aime à préciser qu’il n’y a pas de particule avant son nom.

 

Les primaires ? Ils n’étaient pas d’accord cette semaine. Photo Philippe Wojazer / AFP

Mardi 11 octobre
Est-ce l’influence des primaires ? Est-ce le sentiment que la place qui leur est faite, pas seulement dans les médias audiovisuels, mais dans la presse écrite, est-ce l’agacement ? En tout cas, le président de la République, resté muet jusqu’ici sur le scrutin, s’exprime alors qu’il est en déplacement dans la Creuse. Continue reading

France-Allemagne, le grand écart

Par Axel de Tarlé

Français et Allemands multiplient les sommets et pourtant le fossé n’a jamais été aussi grand des deux côtés du Rhin. Les économies divergent et les Allemands s’agacent de plus en plus ouvertement des faiblesses françaises. Un axe rouillé pour une politique peu commune.

Photo Eric Feferberg / AFP

Nicolas Sarkozy s’est-il rendu à Berlin le dimanche 9 octobre pour prendre le thé ou boire une bière ? On pourrait le croire au vu du résultat pitoyable de ce sommet franco-allemand. Alors même qu’on s’interroge sur l’avenir de la monnaie unique, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont décidé… de ne rien décider avant plusieurs semaines ! Il y a le feu dans la maison Europe, mais on a le temps d’attendre ! Continue reading

Rama Yade et l’icône Mandela

Par Éric Fottorino

Sarkozy, Borloo, tout passe, mais au fond qu’importe pour la jeune ancienne secrétaire d’État. Un seul homme figure depuis toujours dans son panthéon personnel : le premier Président noir sud-africain. Celui qui, après avoir passé vingt-sept ans dans les geôles de Robben Island, a mis fin à l’apartheid. Mais pour Rama Yade, Nelson Mandela symbolise un combat qui est loin d’être achevé.

Photo Franck Fife / AFP

Elle donne ses rendez-vous dans un café de l’avenue Trudaine et carbure au jus de mangue. Elle n’a plus de bureau à l’Unesco et pas encore rue de Valois, au siège du Parti radical. Elle était prête à s’investir auprès de Jean-Louis Borloo. Les locaux étaient loués, elle avait dit oui pour un meeting imminent à Lyon, avant l’annonce par l’ancien ministre de l’Écologie de sa non-candidature. Elle cache avec dignité sa déception mâtinée d’incompréhension. Rama Yade est une combattante. Elle laisse croire qu’elle est « une jeune écervelée » mais elle a gardé de sa formation classique l’amour des poètes fleuves, Goethe, Vigny, Musset. Ses discours, elle les apprend par cœur. Devant l’assistance, « on maîtrise mieux la salle », confie-t-elle en passionnée du verbe. Elle s’apprête à publier un nouveau livre, Plaidoyer pour une instruction publique, et vous lance dans un sourire que « l’école est un bonheur différé », d’abord du sang et des larmes qui préparent la réussite à venir. Déjà auteur d’un ouvrage sur les Noirs de France, « écrit sans nègre », sourit-elle,
comme tous ses autres livres, elle se demande encore pourquoi, à son entrée au Gouvernement en 2007, on l’a collée à Rachida Dati et à Fadela Amara. « C’était pour colorer la photo ? » demande-t-elle d’un ton faussement naïf. Continue reading

Droite : le retrait de Jean-Louis Borloo ne règle pas tout

Par Brice Teinturier

Pour le directeur général d’Ipsos l’abandon de Jean-Louis Borloo, même s’il rassure Nicolas Sarkozy, ne résout pas la question qui se pose à la droite : rassembler tout son camp au second tour pour totaliser plus de 50 % des électeurs. Pour l’instant, selon Brice Teinturier, le compte n’y est pas.

Photo Gérard Cercles / AFP

Le retrait de Jean-Louis Borloo de la compétition présidentielle et la possible candidature d’Hervé Morin constituent une clarification importante de l’offre électorale de 2012. Mais elle ne résout pas la question du dispositif de la droite et la façon la plus efficace pour elle de gérer ses différentes sensibilités. Continue reading

Cahiers de campagne – 5

Par Michèle Cotta

Mardi 4 octobre

Les déçus de Borloo. Photo Gérard Cercles / AFP

Sondage BVA pour le Nouvel Observateur qui paraîtra le lendemain : si le choix leur était offert entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, 48 % des sympathisants de la droite et du Modem choisiraient Alain Juppé plutôt que Nicolas Sarkozy. Si, parmi les adhérents de l’UMP, le président de la République devance son ministre des Affaires étrangères, il n’en est pas de même parmi les centristes, qui affichent leurs préférences pour Alain Juppé. Continue reading

« Les communicants semi-publicitaires sont en train de disparaître au profit d’une génération de communicants stratèges »

par Éric Mandonnet

 La plupart des communicants, tel Bastien Millot ou Marc Vanghelder, préconisent aujourd’hui un retour à une communication de la rareté, conçue à l’époque de François Mitterrand par Jacques Pilhan.

En quoi le journal télévisé de Dominique Strauss-Kahn sur TF1, le 18 septembre, va-t-il ou non faire évoluer la communication politique ?

Il a porté le coup de grâce à une certaine forme de communication politique. Cette émission restera le dernier avatar du storytelling des années 1990-2000, où un respon- sable raconte une histoire personnelle, avec un journaliste comme sparring-partner. Aux États-Unis et en Grande-Bretagne, cette technique appartient aussi au passé depuis que George W. Bush et Tony Blair ont quitté le pouvoir. J’ajoute que le degré de préparation était tel qu’elle transparaissait de manière évidente pour les téléspectateurs et que la connivence entre invité et journaliste avait une conséquence : tout ce qui était dit était soumis à caution. Continue reading

« Le match entre compétence et sincérité est fini. Désormais la sincérité, devenue la question dominante, est un préalable »

par Éric Mandonnet

Jean-Pierre Raffarin est, parmi les politiques, l’un de ceux qui a le mieux géré sa communication, notamment lorsqu’il était à Matignon. Il dénonce aujourd’hui une communication politique qui dévoile son caractère préfabriqué au détriment de la sincérité et de la vérité.

Au vingt heures de TF1, le 18 septembre, Dominique Strauss-Kahn a-t-il tué la communication politique ?

Il a tué le vingt heures, le show du vingt heures. La communication politique, aujourd’hui, à l’heure d’Internet et de l’accumulation des images, a besoin de sobriété. Le vingt heures était déjà menacé, avant cet épisode, dans sa toute- puissance. La question de la sincérité est désormais devenue dominante, alors qu’elle était jusqu’à présent toujours en arrière-plan. Elle sort de l’inconscient du téléspectateur pour se transformer en paramètre clé d’une intervention. Continue reading

Un 93 à l’envers ?

Déprime aux Quatre Colonnes par Nathalie Segaunes

Même si les élections sénatoriales ne sont pas comparables, elles ont provoqué un choc à l’Assemblée. Revenant de leur circonscription, les députés de la majorité ont broyé du noir toute la semaine. Les plus pessimistes évoquant les législatives de 1993 et la déroute socialiste de l’époque : la gauche, partie à 300, était revenue à 80.

Francçois Fillon. Il est l’auteur de la célèbre formule du « 21 avril à l’envers », prononcée le 28 mars 2004 au soir de l’échec de la droite aux régionales. « On ne peut pas réformer sans avoir le soutien du peuple » avait-il déclaré sur le plateau de TF1. De nombreux députés de l’UMP retournent aujourd’hui la phrase choc de l’actuel Premier ministre à Nicolas Sarkozy. Photo Philippe Wojazer / AFP

Il flotte dans les rangs de la majorité en cette rentrée parlementaire comme une impression de 1993… à l’envers. À l’approche des élections législatives, cette année-là, la gauche, au pouvoir depuis douze ans, avait le sentiment de foncer droit dans le mur… sans pouvoir appuyer sur la pédale de frein. Ce qui s’est amplement vérifié, puisqu’elle a vécu l’une de ses défaites les plus mémorables, passant dans l’hémicycle de 300 à 80 députés. Les parlementaires UMP ont aujourd’hui le sentiment qu’un sort identique les attend dans huit mois. Et la perte du Sénat, le 25 septembre, a pour nombre d’entre eux donné le signal de la fin. « Eh bien voilà, c’est le début de l’alternance », soupirait un ancien ministre revenu au Parlement, au lendemain des élections sénatoriales. « On a tous intériorisé la défaite, reconnaît un député UMP de la région parisienne préférant garder l’anonymat. Il y aura un raz de marée de gauche après la présidentielle, on va finir à soixante députés. » Continue reading