Zimeray, avec un Z comme Zola

Par Éric Fottorino

Rama Yade n’a pas été remplacée et les droits de l’homme ont perdu leur secrétariat d’État en 2009. Moins visible, un ambassadeur français aux droits de l’homme se bat malgré tout pour faire entendre la voix de la France. François Zimeray a été nommé à ce poste en 2008. Il sillonne la planète au nom du Gouvernement et défend face à toutes les dictatures la liberté avec la foi d’un Zola.

C’est une chance de trouver l’ambassadeur aux droits de l’homme dans son modeste bureau du Quai d’Orsay. Ce matin-là, François Zimeray rentre de sa 89e mission dans un pays où les libertés individuelles sont bafouées. Cette fois c’était en Ukraine, un voyage éclair comme il en a l’habitude. Il y a tenté sans succès de se faire ouvrir la porte de la prison où est détenue Ioulia Timochenko, l’ex-égérie de la Révolution orange, arrêtée en août dernier en pleine audience par le tribunal de Kiev.

Sous l’œil de Jacques Chirac

Il y a seulement quelques semaines, François Zimeray était le premier diplomate français à rendre visite à la « lady » de Birmanie Aung San Suu Kyi. De Grozny à Kinshasa, du Darfour (« un nom qu’on prenait pour l’enseigne d’un grand magasin ») à l’Amérique centrale, cet élu socialiste, plus de vingt ans maire puis premier adjoint du Petit-Quevilly (Seine-Maritime), avocat de métier et de conviction, transporte la flamme de son adolescence. A 17 ans – On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans, mais on est passionné – il fonda une association de défense et d’accueil des réfugiés cambodgiens. « Pouvait-on commémorer la Shoah si on acceptait le génocide des Khmers rouges ? » demande-t-il aujourd’hui, près d’une photo où, sous l’œil de Jacques Chirac, il étreint l’ancien roi du Cambodge Norodom Sihanouk. Continue reading

Rama Yade et l’icône Mandela

Par Éric Fottorino

Sarkozy, Borloo, tout passe, mais au fond qu’importe pour la jeune ancienne secrétaire d’État. Un seul homme figure depuis toujours dans son panthéon personnel : le premier Président noir sud-africain. Celui qui, après avoir passé vingt-sept ans dans les geôles de Robben Island, a mis fin à l’apartheid. Mais pour Rama Yade, Nelson Mandela symbolise un combat qui est loin d’être achevé.

Photo Franck Fife / AFP

Elle donne ses rendez-vous dans un café de l’avenue Trudaine et carbure au jus de mangue. Elle n’a plus de bureau à l’Unesco et pas encore rue de Valois, au siège du Parti radical. Elle était prête à s’investir auprès de Jean-Louis Borloo. Les locaux étaient loués, elle avait dit oui pour un meeting imminent à Lyon, avant l’annonce par l’ancien ministre de l’Écologie de sa non-candidature. Elle cache avec dignité sa déception mâtinée d’incompréhension. Rama Yade est une combattante. Elle laisse croire qu’elle est « une jeune écervelée » mais elle a gardé de sa formation classique l’amour des poètes fleuves, Goethe, Vigny, Musset. Ses discours, elle les apprend par cœur. Devant l’assistance, « on maîtrise mieux la salle », confie-t-elle en passionnée du verbe. Elle s’apprête à publier un nouveau livre, Plaidoyer pour une instruction publique, et vous lance dans un sourire que « l’école est un bonheur différé », d’abord du sang et des larmes qui préparent la réussite à venir. Déjà auteur d’un ouvrage sur les Noirs de France, « écrit sans nègre », sourit-elle,
comme tous ses autres livres, elle se demande encore pourquoi, à son entrée au Gouvernement en 2007, on l’a collée à Rachida Dati et à Fadela Amara. « C’était pour colorer la photo ? » demande-t-elle d’un ton faussement naïf. Continue reading

Cahiers de campagne – 5

Par Michèle Cotta

Mardi 4 octobre

Les déçus de Borloo. Photo Gérard Cercles / AFP

Sondage BVA pour le Nouvel Observateur qui paraîtra le lendemain : si le choix leur était offert entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, 48 % des sympathisants de la droite et du Modem choisiraient Alain Juppé plutôt que Nicolas Sarkozy. Si, parmi les adhérents de l’UMP, le président de la République devance son ministre des Affaires étrangères, il n’en est pas de même parmi les centristes, qui affichent leurs préférences pour Alain Juppé. Continue reading

Borloo : une surprise pas surprenante

Part Robert Namias

Mini-coup de théâtre ce dimanche sur le plateau de TF1. Jean-Louis Borloo a pris de court la plupart de ceux qui s’étaient ralliés à lui pour porter les couleurs centristes à la présidentielle. Et pourtant, cet imprévu était assez prévisible.

Photo Sylvain Thomas / AFP

Tous les proches de l’ancien ministre d’État, à commencer par Rama Yade, Yves Jégo, Dominique Paillé et quelques autres, ont appris en regardant TF1 ou peu avant 20 heures que Jean-Louis Borloo ne se lancerait pas dans la course présidentielle. Mini-coup de tonnerre pour ceux qui s’étaient ralliés au président du Parti radical et qui ne doutaient plus de la candidature de leur champion. Il est vrai que depuis quelques semaines le leader centriste avait multiplié les déclarations qui semblaient ne plus laisser place au doute sur ses propres choix. Pourtant c’était mal le connaître : Borloo n’est pas un guerrier, et il faut l’être pour se lancer dans un tel combat électoral. On ne peut faire fi longtemps de la psychologie d’un homme qui préfère la réflexion intellectuelle et la recherche du consensus par l’échange plutôt que l’affrontement violent, souvent meurtrier, d’une présidentielle. La situation de tension politique dans laquelle se trouve plongé le pays n’est pas du goût de l’homme du grenelle de l’environnement, et les récentes élections sénatoriales ont accéléré sa décision de non-candidature. Les divisions au sein de la droite ont pour partie coûté la présidence de la Haute Assemblée à l’UMP. Borloo n’entendait pas être accusé d’accroître encore ces divisions et d’apparaître comme l’éventuel responsable de l’échec du Président sortant. La nouvelle n’est donc pas mauvaise pour Nicolas Sarkozy, elle affine la donne en précisant la photographie de la future campagne. Pour autant, la route un peu mieux déblayée ne fait pas l’élection. Difficile encore d’imaginer où iront les voix de ceux qui entendaient voter Borloo. Pour certaines sans doute chez François Bayrou, qui n’en espérait pas tant. La parenthèse Borloo se referme, Hervé Morin se prépare et la future échéance est plus ouverte que jamais.