Accueil / Cultures / Un autre regard
arrowRetour
Cultures

4 octobre 2013

Un autre regard

  [caption id="attachment_3641" align="alignnone" width="600" caption="Anna Gavalda (Le Dilettante)"]Anna Gavalda (Le Dilettante)[/caption] Chaque semaine, cinq pistes pour s’évader avec Patrick Poivre d’Arvor UN ROMAN Billie, d’Anna Gavalda (Le Dilettante)
C’est frais comme une glace au yaourt. Quand on découvre la couverture (un petit ânon sur fond de verdure), on se dit qu’on va ouvrir un roman délicieusement kitsch. Et puis on se laisse surprendre par le style, si éloigné des précédents livres d’Anna Gavalda.
On se demande d’où vient cette voix : ça n’est pas la sienne, elle ne va pas tenir jusqu’au bout, elle la force… Pas du tout, le ton est juste du début jusqu’à la fin. La fin, la voici, pleine de trouvailles : « Je bichais pleins phares parce que j’avais eu raison encore une fois : une bonne histoire, surtout d’amour, ça se termine toujours par un mariage à la fin avec des chants, des danses, un tambourin et tout ça. Eh oui… la, la, reli… drela… »
Elle n’aurait pas dû écrire « à la fin » parce que c’est redondant et qu’on se doute bien que ce n’est pas au début, mais qu’est ce que c’est bien chanté !  DES NOUVELLES Nouvelles bartlebyennes, d’Emmanuel Steiner (Chroniques du ça et là) Il y a tout juste 160 ans paraissait dans un magazine américain une étrange nouvelle venue d’ailleurs : Bartleby, signée du futur auteur de Moby Dick, Herman Melville. Il y racontait l’histoire d’une sorte de clerc de notaire, un scribe plus précisément, qui recopiait des textes selon son bon vouloir. Car il lui arrivait de refuser certains travaux et, dans ces cas-là, il contournait le problème en disant de manière obsessionnelle : « I would prefer not to ». Ce « Je préférerais ne pas », si délicieusement british, est devenu le symbole de la stratégie de fuite théorisée par certains penseurs modernes. Et Bartleby a durablement influencé les écrivains de l’absurde. De Enrique Vila-Matas à Philippe Delerm en passant par Daniel  Pennac, nombreux sont les auteurs à se référer à lui. C’est encore le cas d’Emmanuel Steiner, très marqué par ailleurs par les haïkus et la culture japonaise. Pour son premier recueil, publié dans une toute nouvelle maison d’édition au nom très melvillien (Chroniques du ça et là), il nous décline une série de nouvelles où l’individu se retrouve nié, ou effacé, par la société. Comme Georges Perec l’avait naguère tenté avec une expérimentation typographique originale, Emmanuel Steiner a choisi de supprimer de son écriture les majuscules en début de paragraphe et les points à la fin. Ce n’est pas gênant pour le confort de lecture… On peut même juger que cela rend la nouvelle plus fluide. En revanche le titre de son recueil, trop plat, ne reflète pas assez la qualité de l’ensemble. UNE EXPOSITION Georges Braque au Grand Palais (Paris, jusqu’au 6 janvier 2014) Passionnante exposition consacrée à l’un des peintres majeurs du xxe siècle. Il est mort il y a tout juste 50 ans et aucune rétrospective ne lui avait été consacrée depuis 40 ans. On retiendra de lui qu’il fut l’initiateur, sinon l’inventeur du cubisme, et que c’est à lui que l’on doit la technique dite « des papiers collés ». Mais aussi qu’aux yeux de ses contemporains, il vécut un peu trop dans l’ombre du grand Picasso. À vous de juger, puisque l’Histoire semble l’avoir fait, grâce à cette exposition très complète où toutes les périodes de sa vie, tous les styles de son œuvre sont présentés de manière didactique. Il faut en remercier les organisateurs car trop souvent, au gré de leur imagination, les commissaires nous présentent des expositions déconstruites ou tendancieuses. On y commence donc par le fauvisme, puis le cubisme, les « Canéphores » des années 1920, les papiers collés bien sûr, les paysages de la fin de sa vie chéris par Nicolas de Staël et, enfin, sa série d’oiseaux qui restera sa marque de fabrique et qui orne l’affiche de la rétrospective. On appréciera aussi la mise en perspective avec d’autres mondes que ceux de la peinture et de la gravure : la musique (Satie) ou la poésie (Ponge, Reverdy, Char). Par ailleurs toute une pièce du Grand Palais est consacrée à Georges Braque vu par trois grands photographes : Man Ray, Henri Cartier-Bresson et Robert Doisneau. Un parcours enrichissant. UN FILM Blue Jasmine de Woody Allen Il y a en France, bien davantage qu’aux États-Unis, une adulation pour tout ce que fait Woody Allen. Mieux que d’autres, il a su parler de ses contemporains avec une dose d’humour, une surdose de psychanalyse, un excès de bavardage et, à l’inverse, une économie de moyens fort bien venue. Il y a introduit ce que l’on appelle « la touche juive new-yorkaise », sans qu’on sache très bien ce que recouvre l’appellation. Bref, il était à la mode. Et puis il s’est mis à quitter Big Apple pour poser ses caméras dans diverses villes américaines ou européennes – Londres, Barcelone, Paris, Rome, comme s’il était sponsorisé par les offices de tourisme. Il y a réalisé le pire (Rome mon amour) ou le meilleur (Match Point). À chaque fois qu’on l’a cru sur la mauvaise pente (en langage d’aficionados, « affligeant » se traduisait par « moyen »), il s’est redressé. Il nous offre aujourd’hui un très bon cru qui nous permet de mieux étalonner ses dernières productions. Blue Jasmine s’attache aux pas d’une héritière fauchée, veuve d’un escroc qui lui a permis de vivre la grande vie. Elle n’a de cesse de retrouver sa splendeur passée et, au contact de sa demi-sœur pourtant très accueillante, elle ne pourra s’empêcher d’étaler ce qui la sépare d’elle. L’héroïne est tellement bien interprétée par Cate Blanchett qu’on ne peut que marcher. Les autres rôles sont joliment distribués, jusqu’aux silhouettes des figurants… UNE PIÈCE Duras, la vie qui va (Théâtre de Poche-Montparnasse à Paris) L’année prochaine marquera le centième anniversaire de la naissance de Marguerite Duras à Saïgon devenue aujourd’hui Hô-chi-Minh-Ville). Maints spectacles vont être proposés pour honorer la mémoire de celle qui fut à la fois romancière, essayiste et dramaturge. Claire Deluca et Jean-Marie Lehec sont les premiers à dégainer et ils ont pour cela la légitimité car ils ont directement travaillé avec l’auteure de l’Amant. Au-delà de ce roman qui lui valut le prix  Goncourt sur le tard, au-delà  d’Un barrage contre le Pacifique qui aurait pu le lui donner trente ans plus tôt, il y a des textes méconnus (La vie matérielle, les Eaux et Forêts, Outside, les Yeux verts, Écrire, etc…) que les deux comédiens – par ailleurs adaptateurs et metteurs en scène – exhument de l’œuvre durassienne. La voix de Claire Deluca, qui nous rappelle celle de Suzanne Flon, est un enchantement

Écrit par

Patrick Poivre d’Arvor

Les autres articles

Cultures

25 juin 2018

Paris, les urnes contre la rue : les élections législatives de juin 1968

Quelles représentations les professions de foi des élections législatives de juin 1968 donnent-elles de Mai 68 ? Par Madani Cheurfa et Odile Gaultier-Voituriez, du centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).

Cultures

4 mai 2018

La grande histoire de notre Constitution

« La Vème, une Constitution sur mesure », un documentaire de l’historien Jean Garrigues sur la genèse de notre Loi fondamentale.

Cultures

23 février 2018

Découvrez Quiriny

Le bloc-notes de Benoît Duteurtre

Cultures

21 février 2018

Les raisons du « malheur législatif »

Denis Baranger, professeur de droit public à l’université Panthéon-Assas, publie Penser la loi, Essai sur le législateur des temps modernes (Gallimard). La grande histoire de la loi, ses nombreuses métamorphoses, des temps anciens à nos jours

Cultures

10 juillet 2017

Un récit concordant...

Cultures

4 avril 2017

Plaidoyer pour la liberté de la presse

Par Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF)

fermer