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Politiques

8 décembre 2011

Une ville de confluences

Par Pierre de Vilno
[caption id="attachment_707" align="alignleft" width="1017" caption="Panoramique du quai Rambaud en 2011. © THIERRY BAZIN"][/caption] Avec l’aide de nombreux architectes, dont les Suisses Herzog & de Meuron, le sénateur-maire de Lyon ouvre pour sa ville une période de grands travaux. Aménagements des rues, constructions d’immeubles, créations de musées, la capitale des Gaules va être redessinée pour organiser la confluence entre Saône et Rhône. Innover d’abord, dupliquer ensuite. Voilà l’esprit de Gérard Collomb, sénateur-maire de Lyon et président du Grand Lyon, sur ce projet urbain pharaonique et diversifié, qui devrait s’achever à l’horizon 2025. Sans remonter aux Romains, qui, déjà, avaient établi des fortifications sur les collines qui surplombent le confluent au premier siècle avant J.-C., cela fait plus de deux cents ans que ce projet d’habilitation de la Confluence existe. Après une longue période de bagne, où cette rareté naturelle qu’est la jonction de deux fleuves majeurs avait été reléguée à l’industrie, aux prisons et aux abattoirs (à tel point qu’on l’appelait « derrière les voûtes de Perrache »), la Confluence va enfin devenir un vrai quartier. Mieux que cela : le projet va consister en un test grandeur nature de ce que pourraient devenir, dans un futur proche, toutes les grandes agglomérations. C’est la raison pour laquelle la Cité de l’architecture, à Paris, dans sa galerie d’actualité, propose de découvrir à quoi ressemble une « redéfinition de la ville ». Car, explique Francis Rambert, le commissaire de cette exposition et directeur de l’Institut français d’architecture, ce projet est une expérimentation, comme c’est le cas avec l’île de Nantes, Euroméditerranée à Marseille, le bassin à flots à Bordeaux ou encore la deuxième phase d’Euralille. « Dans les années 1960, dit Francis Rambert, le principe était la tabula rasa. Aujourd’hui, on aménage l’existant. » Déjà Raymond Barre mandate l’illustre architecte catalan Oriol Bohigas pour réfléchir au devenir de ces 150 hectares, mais le projet ne donne pas suite. Même si des aménagements sont possibles, la gare de Perrache et les autoroutes A6 et A7 doivent, d’une manière ou d’une autre, être maintenues. C’est avec toutes ces contraintes que Gérard Collomb, élu en 2001, lance une nouvelle phase du projet, entouré de l’architecte François Grether et du paysagiste Michel Desvigne. Car si l’idée du parc naturel et celle de l’utilisation des deux fleuves sont capitales, il n’en demeure pas moins que le projet doit rester un projet urbain. Pour autant, « on n’est pas à Brasilia du temps de Juscelino Kubitschek, où l’on partait de rien ! » s’exclame Francis Rambert. « On n’est pas en Chine ou à Mumbai!»Ainsi,et même si se pose du coup la question de la délocalisation des détenus, les prisons Saint-Joseph et Saint-Paul sont en voie de reconversion. En 2014, Saint-Paul hébergera l’Université catholique de Lyon, tandis que Saint-Joseph accueillera, entre autres, une résidence d’étudiants. De la même façon qu’à Paris on a réussi à préserver les Grands Moulins, le bâtiment des douanes, par exemple, va devenir une galerie d’art. « Le durable, c’est le transformable », dit l’architecte Christian de Portzamparc, auteur du Conseil régional, livré l’an passé : 46 000 m2 permettant à tous les employés de travailler avec de la lumière naturelle et sans climatisation. Durable. Autrefois on disait écologique, ergonomique. Aujourd’hui : durable. Dans le discours de Gérard Collomb lui-même, ce mot revient plusieurs fois. Et l’architecture durable est sans doute le leitmotiv de toutes les propositions des différents architectes que le public peut découvrir, dans une ambiance de bibliothèque. Étonnants, les cubes vert et orange proposés par Jacob + MacFarlane. Deux vrais cubes aux couleurs décomplexées – dont le plus grand est le futur siège d’Euronews – et dans lesquels on a creusé des vides coniques jusqu’en toiture, de manière à créer des patios géants. Un peu comme en cuisine, on retrouvera les deux cônes extraits des cubes sur la Saône, et leurs surfaces abriteront des terrasses de restaurant ou des lieux de détente. Magnifiques et avant-gardistes, « Bellacita » et « Novavita » de Massimiliano et Doriana Fuksas sont de vraies sculptures habitables, aux façades en inox miroir. Impressionnant, le musée des Confluences, livré en 2014. Bâtiment spatial directement tiré de l’univers de George Lucas, en plus moderne. Cette réinterprétation du vaisseau amiral de Dark Vador, sur pilotis, est l’œuvre des Autrichiens Coop Himmelb(l)au, qui ont voulu représenter à la fois « un cristal et un nuage ». Notons que le Conseil général l’a payé 150 millions d’euros, après les autres 149 millions déboursés pour son siège. Et puis il y a le projet dans le projet : le Monolithe. Comme du temps de Robert Mallet-Stevens, qui voulait réinventer le logement, cet ensemble rectangulaire de cinq immeubles différents et pourtant cohérents propose des logements, des logements sociaux, des logements pour handicapés et un espace public. Plus qu’un projet, c’est un manifeste sur la question de la mixité. L’idée est de l’expertiser dans le temps pour voir comment il fonctionne et s’il peut devenir une solution architecturale et sociale dans le futur. Enfin, si les Suisses Herzog & de Meuron, qui supervisent l’ensemble des projets en tant qu’architectes en chef de la Confluence, proposent aussi deux tours jumelles, ce n’est aucunement un retour aux gratte-ciel de Villeurbanne, mais une volonté d’avoir un point haut, symbole de reconnaissance, comme autrefois les clochers. « Jean Nouvel sur l’île Séguin prévoit lui aussi plusieurs tours, d’altérités différentes », précise Francis Rambert. Avec deux phases de construction, étalées de 2003 à 2025, ces travaux permettront aux Lyonnais d’étendre leur ville jusqu’à la confluence historique du Rhône et de la Saône, même si tout cela a un prix : 1,16 milliard d’euros, avec 485 millions d’investissements publics.

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