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Territoires

11 décembre 2017

Comment Anne Hidalgo transforme Paris

La maire de la capitale, Anne Hidalgo, a reçu L’Hémicycle pour un long entretien. Elle nous livre ses ambitions pour la ville, et ses espoirs pour le Grand Paris.

Comment les villes peuvent-elles se mettre à l’avant-garde dans le combat contre le réchauffement climatique ? Quand avez-vous souhaité engager ce combat ?

Anne Hidalgo : Cette révolution est liée, d’abord, à la prise de conscience de l’impact des changements climatiques sur la vie humaine et de la nécessité d’accélérer les transformations des villes, parce que celles-ci émettent 70 % des gaz à effet de serre et concentrent l’essentiel de la population mondiale. Cette révolution qu’on vit aujourd’hui est renforcée par la mondialisation ; il n’y a plus de frontière dans les échanges, « le village planétaire » décrit par Marshall McLuhan dans les années 1970 est devenu une réalité. Cette globalisation crée à la fois des tensions et des opportunités, et donc des situations totalement nouvelles.

En parallèle, la révolution digitale, qui est indissociable du changement climatique, va nécessairement s’amplifier, car elle est une partie de la solution. Nous vivons donc à mes yeux une révolution industrielle de la même ampleur que sous le Second Empire, lorsque Haussmann et Napoléon III ont cherché à faire de Paris la ville la plus moderne du monde, tandis que naissaient de grands progrès techniques. La technique, la science, les théories hygiénistes régnaient alors sur l’urbanisme des grandes villes : c’est de cette période que date par exemple la création des égouts parisiens. Ce qui a changé, c’est la méthode. À l’époque, ces transformations ne se décidaient pas lors de conseils de quartier, c’était violent, comme on peut le voir dans Rose, le roman de Tatiana de Rosnay, qui raconte les expropriations sous le Second Empire. Aujourd’hui, on fonctionne dans le dialogue, avec d’importants dispositifs de concertation, et dans la co-construction, comme en témoignent les collectifs de citoyens qui réinventent les grandes places parisiennes et la petite ceinture, ou le budget participatif, grâce auquel les habitants décident eux-mêmes d’une partie des dépenses d’investissements de la collectivité.

C’est une véritable révolution que doit opérer Paris ?

A. H. : Oui, nous vivons une phase de mutations aussi importante du point de vue de l’échelle et de la transformation qu’à cette époque. L’accélération du temps et le péril climatique rendent indispensable et urgent notre changement de modèle. Face aux défis de ce siècle, Paris ne peut pas simplement rester immobile et se contempler. Quand on en est la maire, on a le devoir de protéger ce patrimoine extraordinaire, mais on doit également avoir une vision pour la ville, afin de l’adapter aux changements que l’on est en train de vivre à vitesse grand V. Cela suppose de travailler de manière flexible, horizontale, et de fonctionner en réseau. Il faut s’appuyer sur toutes les populations créatives d’une ville-monde comme Paris, mais sans oublier qu’une ville ne vit pas que pour les gagnants de la mondialisation : elle vit aussi en faisant attention aux laissés-pour-compte, aux cabossés de la vie, aux personnes fragiles qui viennent y chercher refuge.

Une ville qui serait simplement attractive sur le plan économique, c’est-à-dire pour les populations créatives gagnantes de la mondialisation, cela n’existe pas. Par définition, une ville qui va bien, dont le cœur bat fort, attire les gens qui vont très bien, car c’est là qu’ils veulent être, et elle attire également les gens qui vont moins bien parce qu’ils savent que c’est là qu’ils peuvent être protégés. Le fait de prendre soin de ces populations qui vont moins bien, c’est aussi un accélérateur d’innovation.

Ainsi beaucoup des innovations dans le domaine de la mobilité viennent des réflexions portant sur la manière d’améliorer la vie des personnes à mobilité réduite. Ce n’est pas à sens unique, ce n’est pas simplement une question de redistribution de richesses et de solidarité, car une société qui ne fait pas attention à ceux qui vont moins bien n’innove pas.

La ville est un bon échelon pour agir ?

A. H. : Ces convictions ont été forgées grâce à des observations, notamment en tant que présidente du C40, qui représente 91 des plus grandes métropoles mondiales engagées sur le climat, et ce sur tous les continents. Toutes sont aujourd’hui dans une recherche de modèles de villes inclusives, de villes innovantes qui comprennent les enjeux du monde et qui sont à échelle d’homme. Abdou Diouf m’a dit un jour : « Tu vois, les villes, ce sont vraiment des gouvernements à échelle d’hommes. » C’est exactement cela. Nous, les maires, nous sommes à une place particulière parce que nous sommes ancrés dans le concret. C’est la fonction même du maire d’être l’interlocuteur des citoyens sur tous les sujets, même ceux sur lesquels on n’est pas compétent. Un maire est ancré dans des réalités, et c’est à partir de là qu’il élabore son projet.

Aujourd’hui, les maires, parce qu’ils ont développé cette diplomatie des villes en échangeant des bonnes pratiques, ont aussi développé une vision. Cela fait de nous des interlocuteurs assez centraux, notamment sur la question du climat. Si on veut accélérer la lutte contre le changement climatique, il faut des maires tout à la fois visionnaires, concrets, acteurs du quotidien pour engager les transformations sur des sujets tels que, par exemple, l’alimentation en énergie ou encore la mobilité, qui est indispensable dans une ville-monde. 

Nous sommes donc devenus à la fois des penseurs de la modernité, des acteurs très connectés à nos citoyens, et des responsables à un endroit central. Cela nous permet de travailler avec tout le monde : avec le secteur privé, avec les ONG, avec les citoyens, avec les États, et avec les organisations inter­nationales... Nous devons agir, mais pas de manière décérébrée : avec des stratégies très claires – et c’est là un des enseignements du C40 – très partagées et convergentes.

La ville-monde remplit des fonctions diverses : capitale politique, capitale économique, capitale culturelle. Les villes-mondes sont des lieux de forte migration, pas au sens des réfugiés, mais au sens des mouvements de popu­lation, et ce sont des villes repérées à l’échelle mondiale comme des écosystèmes recherchés par les populations dynamiques. Parmi les 91 métropoles et villes participant au C40, on compte en Europe des villes plus petites, comme Copenhague, par exemple, qui en font partie parce que ce sont des villes créatives. Ce sont des villes assez ouvertes dans des pays plus petits (5 millions d’habitants pour le Danemark), mais elles sont là parce qu’elles ne se contentent pas de se retourner sur leur passé historique. Elles ont su innover.

Y a-t-il des modèles qui vous ont inspiré à l’échelle internationale ? Avez-vous inspiré d’autres villes ? Nous pensons à « Réinventer Paris », et à « Reinventing cities »…

A. H. : Il y a eu deux étapes dans la conception de « Réinventer Paris ». Avant d’être maire, j’étais première adjointe en charge de l’urbanisme, et à l’époque déjà nous avions travaillé sur le quartier des Batignolles, en créant un atelier avec différents architectes. On avait décidé de ne pas choisir chaque projet d’architecture indépendamment des autres, mais de travailler à l’échelle du quartier et, dans cette optique, on avait mis autour de la table les architectes retenus pour le projet. Cela avait été une très belle expérience. Des architectes comme Jean-Paul Viguier ou le cabinet chinois MAD venaient tous les mercredis matins travailler ensemble. Toutes les semaines, ils se retrouvaient autour de la grande maquette du quartier. Ils venaient avec leur objet – on leur avait dit de travailler sur le volume de leur objet – et ils passaient la matinée à travailler avec nous. Une fois que les volumes correspondant au programme de la ZAC ont été posés, ils ont travaillé sur les façades. Cela a été une démarche très innovante. 

Puis quand Jean-Louis Missika est arrivé, il a fait un diagnostic pertinent sur les délais trop longs pour transformer la ville. Il a eu cette idée qui a consisté à prendre des sites, à lancer un appel à projets, mais à laisser le jeu très ouvert. On explique ce qu’on veut à l’arrivée : on dit qu’il faut un modèle économique (car cela ne doit pas être une économie subventionnée), on dit qu’on veut de la créativité, de l’innovation architecturale et environnementale, etc. Et cela a fonctionné.

« Réinventer Paris » a servi de référence dans ce sens-là. Quand on a expliqué aux maires du monde entier ce que c’était, ils ont dit « banco ! ». Et « Reinventing cities » va être passionnant, parce que ce concours se décline dans le monde entier. Cette démarche a également porté ses fruits dans le cadre de « Inventons la Métropole » : 7 milliards d’euros d’investissements privés levés, y compris dans des sites improbables. Quand on me dit que la métropole ne marche pas…

Et puis il y a des villes dont je me suis directement inspirée, comme Copenhague pour le vélo. Les pistes bidirectionnelles, cela vient de là. Copenhague s’est lancée là-dedans il y a trente ans. À l’époque, le climat n’était pas la priorité, la ville était endettée et ils ont cherché un modèle vraiment disruptif en se demandant comment transformer la ville et aller vers quelque chose de moins coûteux. C’est une histoire incroyable quand ils vous la racontent. Certes, le vélo appartenait déjà à la culture des pays du Nord, mais ils ont vraiment réfléchi à la nécessité de mettre en place un réseau et des infrastructures pour permettre le développement de ce moyen de transport. Et ça marche du feu de Dieu.

Pour le vélo, l’inspiration vient de Copenhague, pour les vignettes anti-pollution, c’est Berlin…

A. H. : Et la carte de citoyen de Paris, je l’ai empruntée à New York. Après les attentats de Charlie Hebdo, Bill de Blasio, le maire de New York, est venu me voir et il m’a dit : « Tu sais, quand il se passe des choses comme ça dans une ville, il faut créer beaucoup d’inclusion. C’est la grande leçon qu’on a apprise des attentats du 11-septembre. » Et il a sorti sa carte de citoyen de New York et il m’a raconté comment ça fonctionnait. Ça m’a plu d’emblée et on a décidé de l’adapter à Paris. Et j’ai dit que je voulais que les enfants se sentent aussi inclus. Donc c’est pour tout le monde, pas seulement pour les gens qui ont le droit de vote, les étrangers, tous les résidents doivent en faire partie. Et cela donne accès à beaucoup de choses.

Comment jugez-vous le bilan de la COP23 ? 

A. H. : En 2015, la COP21 a abouti parce que pour la première fois on a mis autour de la table plusieurs acteurs, le secteur privé et les villes. Michael Bloomberg, qui était envoyé spécial de l’ONU sur le climat, a vraiment aidé à cela. Avec sa double casquette d’ancien maire de New York – ainsi qu’ancien président du C40 – et d’homme d’affaires, il a fait partie de ces leaders à l’échelle internationale qui ont poussé pour qu’on arrive à un accord. 

Quand on a fait, en décembre 2015, le sommet des maires pendant la COP21 avec une déclaration sur le climat des mille maires qui disent qu’ils s’engagent avec l’appui de tous les réseaux, cela a eu son poids. À partir de là, les grandes organisations internationales – l’ONU, l’OCDE et la Commission européenne, les fondations – se sont rapprochées du C40, pour nous demander de contribuer à donner une impulsion.

Aux États-Unis, la coalition qui s’est formée autour de tous les maires nord-américains et de Michael Bloomberg, qui a mis les moyens que Trump a retiré à l’ONU sur les questions du climat, montre qu’on peut avancer malgré la décision de l’État fédéral de se retirer des accords de Paris. Il y a une accélération de ce processus : on n’est plus dans des négociations simplement au moment de la COP. Il y a avant, pendant, après, une activité, un activisme forcené de tous ceux qui poussent pour que la prise de conscience soit encore plus forte et qu’elle s’impose. À ce titre, la signature par 15 000 scientifiques de cet appel publié le 13 novembre, disant qu’il est presque déjà trop tard pour la planète, est très importante car elle contribue encore à accélérer la prise de conscience. Je pense que tout cela nous aide énormément. Ce matin, par exemple, on avait une réunion européenne sur le thème de la pollution : eh bien tout le monde s’accorde à dire que la question de l’air qu’on respire permet de prendre conscience du fait qu’on est tous concernés par ces sujets liés au climat.

Votre politique, dans ce domaine, est souvent critiquée… En tant que maire, sentez- vous une prise de conscience chez les Parisiens, les Franciliens ?

A. H. : Oui. J’ai l’impression de vivre dans deux mondes parallèles. Il y a le monde réel des Parisiens et des Franciliens, les gens que je rencontre, les associations, les citoyens, qui ont une conscience écologique très forte, et puis il y a une espèce d’écume qui agite, fait de la « fake news », place le confort et l’entre-soi au-dessus du collectif et des enjeux de santé publique. Les mêmes vont prétendre un jour qu’« on va tous mourir et que les politiques ne font rien », et, le lendemain, ils vont expliquer que le plan de mobilité de Paris est un scandale monstrueux car il pose des limites à ceux qui voudraient polluer sans contrainte. 

Les révolutions technologiques nous permettent de faire des choses qu’on ne pensait pas pouvoir faire avant. Je me souviens que lors du premier plan climat de la ville de Paris, en 2007, on s’interrogeait sur la baisse de la consommation d’énergie et on me considérait comme une folle lorsque je portais ce plan. Finalement la technologie a participé et le secteur privé – du moins la frange de plus en plus majoritaire du secteur privé qui est innovante et engagée sur le bas carbone – a joué le jeu.

De nombreuses industries doivent pouvoir voir à long terme…

A. H. : Les constructeurs automobiles avec lesquels je discute aujourd’hui viennent me voir en tant que maire de Paris et présidente du C40, et ils me disent ceci : « Notre métier n’est plus de fabriquer des voitures, mais de fabriquer de la mobilité. Pour ce faire nous avons besoin de beaucoup de monde, car ce sont des emplois nouveaux et différents. Et parce que nous sommes désormais des acteurs de la mobilité, nous devons travailler étroitement avec les villes, car celles-ci prescrivent le cadre de cette mobilité. » Les constructeurs demandent aux villes d’essayer de s’entendre entre elles afin de ne pas choisir des solutions technologiques incompatibles qui risqueraient d’entraîner les opérateurs privés vers des investissements très lourds et donc difficilement amortissables. Alors que si les villes montrent la voie sur les questions de mobilité, cela peut permettre aux constructeurs automobiles de savoir comment gérer leurs investissements. Et ils me disent également que, pour eux, la révolution qui vient est celle du véhicule auto­nome. C’est là-dessus qu’on doit travailler avec les villes, d’ailleurs je verrai des constructeurs en marge du sommet du 12 décembre sur le climat, organisé par le président de la République.

Vous n’avez pas l’opposition qu’on imagine ?

A. H. : Une fois qu’on sort de cette agitation médiatique parfois très populiste, on rencontre et on travaille avec des acteurs visionnaires, responsables, pragmatiques qui savent qu’il peut y avoir du gagnant-gagnant. Ils considèrent que Paris est une ville à la pointe, qui gagne tous ses paris : nous avons gagné les Jeux olympiques, nous sommes la 3e ville la mieux gérée du monde, selon le World Economic Forum, la ville la plus innovante en 2017 d’après la Commission européenne, et nous avons été choisis pour accueillir le siège de l’Autorité bancaire européenne. Notre attractivité n’est plus à démontrer.

Un nouvel observatoire est à la disposition des villes, pour mesurer les dégâts du réchauffement climatique : le Guapo. Les instruments existants ne suffisaient plus ?

A. H. : L’idée du Guapo, de l’Observatoire mondial des villes sur la qualité de l’air, est née de la nécessité d’avoir en temps réel des outils de mesure de la qualité de l’air dans nos villes.  C’est aussi l’idée d’harmoniser la façon dont on prélève les mesures et dont on les met au service de la communauté, sur le modèle de l’open data et de l’open source, afin que tout le monde puisse accéder à ces données.

Nous avons Airparif, que nous soutenons et finançons, mais aujourd’hui, il faut aussi multiplier les capteurs mobiles. Nous sommes tous des possibles capteurs, et c’est pour cela que nous  avons conclu un partenariat avec Enedis, qui met en circulation des capteurs mobiles sur sa flotte de voitures. Prenez Mexico City : la ville a développé un système qui permet vraiment de savoir à n’importe quel endroit et à n’importe quel moment quelle est la qualité de l’air et la mesure de CO2 et de particules. Ce n’est pas très compliqué à mettre en place, surtout si vous faites de tous les smartphones des capteurs possibles. Cela changerait aussi la prise de conscience des gens et mettrait un frein à cette instrumentalisation très perverse des rapports de scientifiques auxquels certains tentent de faire dire tout et n’importe quoi.

Les batailles de chiffres sur les conséquences de la fermeture des quais de Paris aux voitures…

A. H. : Il y a eu une instrumentalisation des données qui montraient prétendument qu’il y avait moins de voitures mais… plus de pollution ! Cela montre la nécessité de diffuser les données, de permettre à tout le monde de se servir de capteurs, mais également d’accéder à ces mesures, de créer un observatoire mondial grâce à l’OMS, qui s’est engagée sur la question de la pollution atmosphérique. Aujourd’hui la pollution est une des principales causes des accidents cardio-vasculaires et une étude très sérieuse publiée aux États-Unis, il y a quelques semaines, a montré pour la première fois la corrélation entre la maladie d’Alzheimer et les particules fines. 

Parlons d’urbanisme… Quelle est votre vision sur les tours à Paris ? 

A. H. : Paris est une ville qu’il faut aborder avec délicatesse. Quand j’étais première adjointe au maire de Paris, on avait fait tout un travail sur les lieux où l’on pourrait construire des tours du point de vue du grand paysage et du point de vue des quartiers.

Il y avait une crispation très forte lors de la première mandature de Bertrand Delanoë sur le sujet, avec une opposition radicale, y compris au sein de la majorité. En tant qu’adjointe en charge de l’Urbanisme et de l’Architecture, j’ai essayé d’engager un dialogue. On a choisi des quartiers aux portes de la ville. Le fait de placer des signaux architecturaux d’entrée dans Paris, voire même des liens avec la métropole du Grand Paris, pouvait avoir du sens et créer des opportunités nouvelles. On a retenu trois endroits : le tribunal de grande instance des Batignolles, la tour Triangle à la porte de Versailles, et le 13e arrondissement, avec un premier pas sur les tours Duo. J’avais fait une conférence pour dire aux architectes que, sur ces trois sites-là, on allait permettre l’érection de tours. Tout en les prévenant qu’ils allaient devoir être très créatifs et innovants, afin de surprendre le public mais aussi pour correspondre à cette vocation de la tour de servir de signal dans Paris. 

Il y a sur Bercy-Charenton et à côté des tours Duo, près de la Seine, des parcelles qui peuvent encore accueillir des bâtiments de grande hauteur. Et puis il y a eu aussi un vrai travail avec la copropriété de la tour Montparnasse et tous les acteurs – tout le monde a joué le jeu, et je trouve que le projet final, qui a été beaucoup retravaillé, est vraiment satisfaisant. Cela va être une très belle réinterprétation de la tour Montparnasse. 

Évoquons le Grand Paris. Le président de la République souhaite simplifier sa gouvernance. Vous espérez que la métropole en garde la tête, pour travailler avec elle. Quelles sont vos lignes rouges, si vous n’obtenez pas gain de cause ?

A. H. : Le Grand Paris est le fruit d’un cheminement qu’on a fait avec les élus. Ce sont les maires qui sont compétents sur les questions d’urbanisme et ce sont eux qui, en ayant les deux pieds sur le macadam, tournent la tête dans les autres directions pour regarder ce qu’il se passe ailleurs.

Quand la métropole du Grand Paris a été créée, il y avait un enjeu très fort, à la fois d’attractivité et de qualité de vie. C’était important après le lancement de la démarche par Nicolas Sarkozy – qui a lancé le concours en 2009 sur le thème de la métropole du Grand Paris post-Kyoto, lors duquel un travail considérable a été réalisé. Son gouvernement a lancé le Grand Paris Express (car le sujet numéro un reste les transports, et notamment dans cette zone de 7 millions d’habitants qui n’est pas irriguée). Sous la présidence de François Hollande, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a ensuite consolidé les financements. C’est le gouvernement Valls qui a achevé la réforme de la gouvernance.

En étant réalistes et pragmatiques nous avons réussi à nous organiser en un peu plus de dix-huit mois, avec tous les élus de la métropole du Grand Paris. Et nous sommes en train d’élaborer les projets communs de cette métropole. Les 131 communes membres s’entendent et travaillent ensemble : elles sont arrivées à élaborer des outils partagés de décision. Nous élaborons le Plan climat air énergie, nous travaillons sur la mobilité, le logement, et avons étendu à la métropole le système Vélib. Et nous accueillons sept milliards d’euros d’investissements privés avec « Inventons la Métropole ». Nous n’allons pas écarter tout cela du revers de la main en prétendant que cela ne fonctionne pas !

C’est un processus long, de s’entendre avec autant de collectivités... Et l’urgence climatique commande d’accélérer ?

A. H. : Oui, il faut aller plus vite sur les transports, l’énergie, les déchets, etc. Le deuxième sujet, ce sont les disparités et la place des quartiers sensibles de la ville : « Inventons la Métropole » est cependant un début de réponse. Clichy-sous-Bois et Sevran ne pensaient jamais pouvoir espérer nourrir ce type de projets, par exemple…

Donc je comprends la volonté du président de la République de dire qu’il faut faire en sorte que cela marche encore mieux, pour que l’attractivité de cette métropole, qui génère 25 % du PIB du pays, soit encore plus forte. Je comprends qu’on se pose des questions autour des fonctions métropolitaines, notamment sur la recherche et l’université, les partenariats, les contractualisations possibles avec les territoires pour qu’il n’y ait pas une frontière.

La métropole exclut certains territoires…

A. H. : Elle ne doit pas créer une frontière, elle ne doit pas exclure. Elle crée du lien et des coopérations. Et pour qu’elle puisse être en résonance avec le reste, il faut qu’elle soit très attractive. Notre responsabilité collective est de bâtir un modèle métropolitain résilient et agile permettant à chacun de bénéficier des fruits de l’attractivité. Ce n’est pas une question de frontière, de périmètre, c’est une question de volonté politique. Soyons créatifs pour dépasser ces conceptions fermées des territoires qui enferment et sont en décalage total avec l’évolution de la vie.

N’est-ce pas aussi ajouter de la complexité ? Multiplier les guichets pour les investisseurs ?

A. H. : Avec la métropole du Grand Paris, nous avons un interlocuteur et 131 communes qui travaillent ensemble, c’est un progrès !

Je mets en garde contre l’idée que la région pourrait absorber la métropole. La région a des fonctions stratégiques qu’elle doit garder, sur les transports et sur l’économie par exemple. Les conseillers régionaux et les élus régionaux n’ont en revanche pas le même rapport au territoire et aux habitants que les maires, qui sont les élus les plus identifiés dans notre système démocratique. Par ailleurs, les enjeux de la zone dense ne sont pas les mêmes que ceux de la zone non dense. Supprimer une organisation spécifique au cœur métropolitain serait un anachronisme.

Ce qui est certain, c’est que la métropole du Grand Paris ne se construit pas contre Paris ou sans Paris. Si le cœur de l’organisme ne bat pas très fort, le reste des organes ne peut pas fonctionner. Ça ne résout pas tout mais c’est essentiel, y compris pour que le rayonnement métropolitain opère et profite à tous. Heureusement, comme mon prédécesseur d’ailleurs, j’ai en tant que maire de Paris une conscience métropolitaine. Et heureusement, il y a des acteurs ouverts aujourd’hui à cette construction. Je pense à de nombreux maires et élus locaux, militants de la construction métro­politaine depuis le début.

Écrit par

Pascal Bonnefille

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