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Portraits

21 octobre 2015

Édouard Philippe : punch et belles lettres

Il nous reçoit dans son bureau, à l’Assemblée. Au mur, plusieurs photos d’un géant du « noble art », Mohamed Ali. En prévision d’une campagne difficile pour la désignation du candidat des Républicains à la prochaine présidentielle, le co-porte-parole (avec Benoist Apparu) d’Alain Juppé fait de la boxe, trois fois par semaine. Ce qu’il admire, dans celui qui « volait comme un papillon et piquait comme l’abeille » ? Son agilité : « sa sidérante rapidité, son exceptionnel bloc défensif. Sa boxe, c’était une danse. » Le député-maire du Havre ne craint pas la violence de cette primaire : « Nicolas Sarkozy a une culture du rapport de force qui ne nous pose aucun problème. » Il a déjà eu à y faire face en 2002, alors qu’il était directeur général de l’UMP – recruté par Juppé, il quittera le parti après la condamnation et la démission de ce dernier, en 2004. « J’ai préparé la transition avec la nouvelle équipe (dirigée par Nicolas Sarkozy, NDLR) mais je suis parti, car je ne voulais pas travailler avec elle. » Avec Gilles Boyer, conseiller politique du maire de Bordeaux, il a publié deux livres. Dans l’ombre (Éd. JC Lattès), un polar politique publié en 2011, décrivait… le travail d’un conseiller devant faire face aux soupçons de fraude entachant la victoire de son patron à la primaire de son parti. Ce fils de prof a toujours aimé les livres. « Nous avons toujours eu une véritable révérence envers eux dans notre famille. » Son premier choc littéraire ? « Je ne peux pas vous le dire, car je suis en train d’écrire sur mon rapport aux livres. » Un ouvrage qui expliquera aussi les objectifs du plan « Lire au Havre », visant à rendre la lecture accessible au plus grand nombre. Un homme d’État doit-il forcément aimer la littérature ? « Il y a des contre-exemples évidents dans notre passé récent », note-t-il, vachard, dans un sourire. Ce sont des livres, justement, qui scandent la campagne d’Alain Juppé : il en a publié un premier sur l’éducation en septembre ; un deuxième est prévu en janvier 2016 sur les thématiques régaliennes ; le troisième, en avril 2016, portera sur l’économie, et le quatrième sur sa vision européenne. « Alain Juppé veut expliquer ce qu’il compte faire, convaincre. L’élection, c’est la rencontre d’un homme et d’un peuple, pas celle d’un parti et d’un peuple. » Ce qui est mieux, quand on n’a pas le parti. Édouard Philippe est né à Rouen, en 1970, mais ses souvenirs sont au Havre, où vivait sa famille paternelle. Beaucoup de ces souvenirs sont liés au port, aux dockers (son grand-père en était un), à leur verbe, aux odeurs de fioul, de mer. « Ce gigantisme, cette lenteur, tout cela me fascinait. » Il regardait les bateaux passer, du haut d’une tour Perret, quai Southampton. Son premier mentor, Antoine Rufenacht, lui a légué son fauteuil de maire en octobre 2010 – ils s’étaient rencontrés en 2000, à sa sortie de l’Ena (il sera élu dès le premier tour en 2014, avec plus de 52 % – du jamais vu au Havre, depuis 1983). « En 2002, on m’a proposé une circonscription communiste ingagnable – que la droite n’a d’ailleurs jamais gagnée. Une très belle expérience. Je me suis donné à fond et j’ai perdu, très honorablement. » En mars 2012, suppléant de Jean-Yves Besselat, il hérite du fauteuil de député lorsque ce dernier décède – il lui a rendu hommage lors déplacement au Havre du président de la République, le 6 octobre, à l’occasion de l’inauguration du nouveau bâtiment de l’École supérieure maritime (ENSM). « Mes relations avec Jean-Yves Besselat furent compliquées, au début : il voyait d’un mauvais œil la venue d’un jeune Havrais ambitieux, avec lequel il n’avait pas beaucoup d’affinités. Nous avons appris à nous connaître. Il a été heureux que je me batte pour l’ENSM, car c’était l’un des grands combats de sa vie. La fin de notre histoire a été belle. » Il gagne cette circonscription aux législatives qui suivent. Une élection difficile : « Hollande avait fait 52 % dans ma circonscription et Le Havre était alors dans les travaux (du tramway, NDLR). J’étais heureux, car cette victoire validait beaucoup de mes combats. C’était une grande fierté d’être élu député. » À voir les statistiques de son activité à l’Assemblée, répertoriées par nos partenaires de Regards Citoyens, on pourrait en douter : Édouard Philippe n’est pas un exemple à l’Assemblée. Il le dit d’ailleurs sans ambages : « Si je devais choisir entre mon mandat de député ou celui de maire, je garderais mon fauteuil de maire, sans hésiter. » Il s’était d’ailleurs fermement opposé à la règle du non-cumul. « Être député m’aide dans l’exercice de mon mandat de maire, et inversement. Cela limite peut-être ma présence le lundi et le jeudi à l’Assemblée, c’est vrai, mais je sais qu’il y a dans cette maison plusieurs façon de peser. Quand on est dans l’opposition, être à la tête d’un exécutif local peut-être l’un de ces­­ moyens. »  

Écrit par

Thomas Renou

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