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Politiques

21 février 2018

Égalité hommes – femmes : l’État encore à la traîne

La Caisse des dépôts et les ministères de la Justice et des Armées ont récemment été montrés du doigt pour leur absence d’effort de féminisation. Alors que les postes dans la haute fonction publique sont occupés à 72 % par des hommes, l’exemplarité de l’État est mise en cause. Enquête.

À la fin de l’année 2017, la composition de la nouvelle commission de surveillance de la Caisse des dépôts a suscité une petite polémique dans le landerneau politique : sur les treize membres désignés par le chef de l’État, l’Assemblée nationale, le Sénat, la Cour des comptes, le Conseil d’État et la direction du Trésor, aucune femme n’a été nommée alors que la gouvernance précédente en comptait deux. Courant janvier, Gilles Le Gendre, le président de la commission de surveillance, a été contraint de démissionner en raison d’un risque de conflit d’intérêts avec Eric Lombard, le directeur général ; il sera remplacé par la députée LREM Sophie Errante. L’affaire a néanmoins agi comme un révélateur du retard des grandes institutions publiques sur la question de l’égalité entre les hommes et les femmes.

« Que le président de l’Assemblée nationale ou celui du Sénat aient laissé faire cela est incroyable ! », réagit Emmanuelle Cosse, ex-ministre du Logement. Et d’ajouter : « Ce qui pose problème, c’est l’absence d’effort de l’ensemble des parlementaires. » La composition entièrement masculine de la commission de surveillance de la plus puissante institution financière publique montre, pour l’ancienne patronne des Verts, que « le sujet de l’égalité n’est pas pris au sérieux ».

Alors qu’Emmanuel Macron a érigé l’égalité entre les hommes et les femmes « Grande Cause nationale » le 25 novembre dernier, l’absence de femmes au sein de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts fait en effet tâche.

Des amendes salées pour deux ministères régaliens

L’exemplarité de l’État a été une nouvelle fois mise à mal par l’annonce des amendes que vont devoir verser les ministères de la Justice et des Armées pour n’avoir pas nommé suffisamment de femmes cadres. Parce qu’elles n’ont pas respecté la loi Sauvadet, qui fixe depuis 2012 un seuil minimal pour les premières nominations (primo-nominations), la Justice devra payer la somme de 60 000 euros et les Armées devront, elles, débourser 120 000 euros. Trois collectivités locales, l’agglomération de la région de Compiègne, Cherbourg-en-Cotentin et la région Grand-Est vont également devoir s’acquitter, à elles trois, de 240 000 euros.

La place Vendôme est tout particulièrement montrée du doigt. « Le ministère de la Justice est l’exemple le plus frappant des mécanismes d’exclusion des femmes encore à l’œuvre dans l’encadrement supérieur de l’État », explique Nathalie Pilhes, haute fonctionnaire et présidente d’Administration Moderne, qui fédère les réseaux interministériels de femmes dans la haute fonction publique. « Depuis l’arrivée de la ministre Nicole Belloubet en juin 2017, ce sont principalement des hommes qui ont été nommés, qu’il s’agisse du directeur de cabinet, de trois directeurs d’administration centrale, trois sous-directeurs, ou encore du secrétaire général de l’administration. Pareil du côté des “chantiers de la justice” : sur douze personnalités qualifiées, la ministre a nommé dix hommes », poursuit-elle. Avant de lancer : « Les femmes représentent 64 % du corps des magistrats, qu’on ne nous parle pas de problème de vivier ! »

Administration Moderne fait partie des réseaux de femmes hautes fonctionnaires qui ont interpellé le président de la République, dans une lettre ouverte parue le 4 janvier 2018, au sujet du faible nombre de femmes dans la composition des cabinets ministériels et des rares nominations de femmes à des postes stratégiques. S’inquiétant du fait que « l’obligation légale de primo-nomination de 40 % de femmes ne sera très probablement pas respectée en 2017 », ces réseaux souhaitent accompagner la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et le secrétaire d’État chargé du Dialogue dans la fonction publique. Le but ? Réfléchir ensemble à de « nouvelles dispositions législatives, relatives notamment aux modalités de nomination, de constitution de viviers et d’augmentation du nombre des postes concernés par les obligations de nominations équilibrées ». C’est ainsi que le 16 janvier 2018, Administration Moderne a rencontré Marlène Schiappa afin de travailler ensemble sur la place des femmes dans l’administration.

Les « effets pervers » de la loi Sauvadet

Mais si la secrétaire d’État à l’Égalité se réjouit que la loi Sauvadet soit appliquée pour la première fois cette année, les réseaux féminins appellent de leurs vœux un nouveau texte de loi. « Nous souhaitons étendre le champ de la loi aux conseils d’administration des établissements publics, à d’autres corps dans l’administration qui ne sont pas concernés par ce texte : au Conseil d’État, à la Cour des comptes, aux inspections générales, aux militaires… Cela ne peut se faire qu’au moyen d’un véhicule législatif », explique Nathalie Pilhes. Elle rappelle que la loi Sauvadet a été passée « dans un environnement misogyne très hostile » et déplore un dispositif « a minima ».

Pour les femmes cadres de la haute fonction publique, la loi Sauvadet, en restreignant les objectifs légaux aux primo-nominations, aurait en effet peu d’influence sur l’accès des femmes aux postes de direction. « La focalisation sur les primo-nominations a des effets pervers : un certain nombre de femmes primo-nommées sur un poste et ayant fait leurs preuves se voient parfois rétorquer “attends un peu pour ton deuxième poste, sois déjà bien contente d’en avoir eu un” », explique la présidente d’Administration Moderne. Les réseaux féminins de la haute administration proposent donc que soient rendus publics les chiffres sur le temps passé respectivement par les femmes et par les hommes sur leur deuxième poste dans l’administration publique afin de pouvoir étudier de manière objective les différences de traitement.

« La loi Sauvadet a le mérite d’exister ; il s’agit désormais de l’appliquer, comme le fait remarquer Marlène Schiappa », objecte Anne Guillaumat de Blignières, médiatrice de la Caisse des dépôts. Cette dernière, qui a œuvré à la féminisation de la gouvernance du groupe, considère qu’« on ne peut pas tout changer d’un coup de baguette magique. Dans l’administration – comme dans les entreprises –, il faut toujours avoir une vision de long terme et déterminée, avec des objectifs clairs », affirme-t-elle.

Revenant sur l’affaire de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts, elle suggère qu’on change tout simplement les règles de nomination : « On pourrait imaginer que l’Assemblée nationale, le Sénat, la Cour des comptes et le Conseil d’État modifient leurs règlements en ce qui concerne les désignations dans ces instances, en exigeant des représentations mixtes. » Une victoire rapide à obtenir, selon la médiatrice, qui permettrait de garantir la présence d’au moins quatre femmes sur les treize membres de la commission de surveillance.

Repenser la gestion des ressources humaines de l’État

Anne Guillaumat de Blignières rejoint néanmoins les signataires de la lettre ouverte à Emmanuel Macron sur la nécessité de repenser la gestion des ressources humaines de l’État. À la Caisse des dépôts, elle a fondé, en 2011, le réseau Alter Égales, dont « l’objectif était de renforcer l’assertivité des femmes cadres du groupe et la visibilité de leurs compétences ». Ce réseau s’est construit en alliance avec la DRH, la direction de la communication et la direction de la stratégie, car « la mixité est un vecteur fort de performance ». « La fonction publique doit être ambitieuse, et agir sur tous les leviers possibles », suggère-t-elle.

« La gestion des ressources humaines dans l’État n’est pas fondée sur la construction de parcours professionnels, fondée sur l’analyse des compétences nécessaires pour exercer des fonctions de responsabilité », note de son côté Nathalie Pilhes. La présidente d’Administration Moderne souhaite que la haute fonction publique s’inspire, par exemple, de la fonction publique hospitalière, qui « a développé des pratiques intéressantes en termes de gestion des ressources humaines ».

Quand elle était membre du gouvernement, Emmanuelle Cosse a pu observer que les femmes dans la haute fonction publique se retrouvaient souvent cantonnées à des postes subalternes en dépit de leurs compétences. « Pour que des femmes puissent avoir accès à des postes dirigeants, il faut qu’elles aient eu les moyens d’exercer des responsabilités avant, soit dans des cabinets ministériels, soit à la sous-direction de certaines administrations », analyse-t-elle.

L’ex-ministre du Logement confie avoir eu toutes les peines du monde à constituer un cabinet paritaire, conformément au souhait de François Hollande, très regardant sur la question des nominations équilibrées : « J’étais dans un ministère très masculin, tout comme Ségolène Royal (N.D.L.R. : ministre de l’Environnement d’avril 2014 à juin 2017) et le défi, c’était de recruter des femmes pour les postes les plus élevés. Pour toutes les nominations que je devais faire aux postes de direction de certains établissements publics, j’étais confrontée au faible nombre de candidatures féminines », déplore-t-elle.

Entre-soi et sexisme ordinaire en politique

Il ne faut pas non plus négliger le phénomène de « l’entre-soi », très fort en politique. « “On choisit le même”, comme disait Françoise Héritier », avance Nathalie Pilhes. Pour cette dernière, ce biais inconscient se traduit par la nomination d’hommes par les hommes. Un point de vue partagé par Emmanuelle Cosse, qui souligne qu’il n’y a pas de femmes présidentes de groupe dans cette mandature, et que les cabinets du président de la République et du Premier ministre actuels sont majoritairement masculins. « Lorsqu’on est majoritairement entouré d’hommes aux plus hautes fonctions, on ne peut qu’embrasser une vision restreinte de la société », assène-t-elle.

C’est le serpent qui se mord la queue : plus il y a d’hommes aux postes de direction, plus ces derniers nomment des hommes, et ainsi de suite. Ces mécanismes de cooptation desservent au premier chef les femmes, qui doivent en outre faire face au sexisme ordinaire en politique. Pour illustrer ce combat quotidien contre les stéréotypes au sujet des femmes, l’ex-ministre du Logement rappelle le battage médiatique autour de Myriam El Khomri, immédiatement taxée de « faiblesse » parce qu’elle avait dû annuler sa venue à une émission en raison d’un accident domestique pendant la tourmente au sujet de la loi qui porte son nom. « C’est parce que j’ai été cheffe de parti, et donc reconnue comme “légitime”, que j’ai pu entretenir des relations quasi égalitaires avec les autres responsables politiques lorsque j’étais ministre », ajoute l’ex-patronne des Verts.

Comment lutter contre ces mécanismes ? Nathalie Pilhes suggère par exemple la publication de la vacance des postes de directeurs dans l’administration. Elle déplore en effet le manque de transparence au sujet des offres : « si on a la chance d’apprendre qu’il y a un poste vacant, c’est toujours de façon informelle, souvent trop tard. » Or, ajoute la présidente d’Administration Moderne, « les femmes ont moins le temps de réseauter, et cela a un impact sur les candidatures féminines ».

Mais cela ne fonctionne pas sans une véritable volonté politique. Pour Emmanuelle Cosse, qui se félicite d’avoir eu un cabinet paritaire, « si les ministres avaient l’obligation légale de sélectionner au moins une femme sur plusieurs candidats pour des postes dirigeants, ils seraient peut-être plus enclins à travailler le vivier de hauts fonctionnaires ».

Le « problème de viviers »

On touche là au nœud du problème de l’égalité dans l’administration publique : le vivier. « La Caisse des dépôts a mis en place deux viviers de talents : un premier qui repère les hauts potentiels, ils ont en général une trentaine d’années ; un deuxième vivier qui repère des cadres de grand potentiel, des femmes ou des hommes de grande compétence et un peu plus âgés. Ce deuxième vivier permet donc de détecter des personnes qui ont pu auparavant privilégier leur vie familiale, auprès de jeunes enfants », explique Anne Guillaumat de Blignières. En effet, les femmes qui souhaitent gravir les échelons dans la haute fonction publique sont souvent pénalisées, car il faut avoir fait ses preuves entre 30 et 40 ans, c’est-à-dire précisément au moment où la plupart d’entre elles fondent un foyer et sont donc moins disponibles.

Autre facteur qui disqualifie de nombreuses femmes : les fréquentes mutations inhérentes à ces carrières. Or l’obligation de mobilité à l’occasion de promotions tombe souvent au mauvais moment dans la vie d’une femme, notamment quand ses enfants sont en bas âge. « Il faudrait assouplir ces conditions pour permettre aux femmes de construire autrement leurs parcours de compétences », suggère Nathalie Pilhes. Une souplesse dans le repérage des talents et compétences ainsi que des parcours professionnels innovants que ne permettent pas les échelles de la fonction publique, tempère cependant la médiatrice de la Caisse des dépôts.

Poser la question des viviers conduit inévitablement à s’interroger sur la faible féminisation des corps qui fournissent les cadres de la fonction publique. Si le score historique de 45 % de femmes a été atteint à la sortie de l’ENA en 2013, la part féminine de l’école progresse faiblement, avec en moyenne un tiers de femmes depuis 2006. Sensibles à cette question, des étudiants ont ainsi lancé l’association ENA 50-50 afin de réfléchir aux moyens d’améliorer le recrutement de femmes dans l’école de formation de la haute fonction publique.

Les biais inconscients à l’œuvre dans les jurys

C’est là un paradoxe : alors qu’elles sont élevées pour être de bonnes élèves, les filles ne réussissent pas aussi bien les concours que les garçons. « On observe un différentiel important entre le nombre de jeunes femmes qui préparent l’ENA et le nombre d’admises », confirme Louise Cadin d’ENA 50-50. Que se passe-t-il entre les écoles préparatoires et le concours ?

Pour la jeune énarque, les concours réputés objectifs pâtissent en réalité des mêmes biais inconscients évoqués au sujet des cabinets ministériels, qui favorisent invariablement les hommes. C’est pour cette raison que Nathalie Loiseau, lorsqu’elle était directrice de l’ENA, avait mis en place des formations pour les membres des jurys afin de les sensibiliser aux préjugés inconscients qui les guident lors de la sélection des candidats. L’actuelle ministre chargée des Affaires européennes a, de l’aveu de tous, beaucoup œuvré en faveur de l’égalité lorsqu’elle dirigeait la prestigieuse école.

De même, des formations ont été mises en place dans la haute fonction publique auprès des jurys et des recruteurs afin de lutter contre les biais inconscients. Un autre moyen de favoriser le recrutement de femmes consiste à rendre les jurys plus féminins ; c’est le cas à la Caisse des dépôts, où les jurys de recrutement des fonctionnaires ont été féminisés.

Le rôle de l’éducation genrée

Mais au-delà des biais inconscients, qui favorisent les candidats masculins, se pose la question de l’autocensure des jeunes femmes. « L’ENA est un monde de codes qu’il faut apprendre à maîtriser : confiance en soi, envie de prendre la parole en public, etc. Les femmes s’autocensurent et ont du mal à gérer leur stress. C’est de là que naît l’écart entre le vivier qui existe et le vivier qui subsiste », explique Louise Cadin. Pour lutter contre l’autocensure, ENA 50-50 a donc mis en place des ateliers de coaching afin d’aider les jeunes femmes à prendre confiance en elles.

« Il s’agit d’apprendre aux femmes à s’exposer davantage. Parce que la posture de bonne élève n’est pas celle qu’on attend d’un dirigeant, qui doit s’affirmer, et certains stéréotypes d’éducation des femmes les y préparent mal », abonde Anne Guillaumat de Blignières. La médiatrice de la Caisse des dépôts note que les collaboratrices de la fonction publique ont trop souvent des postes de « back-office » : « Elles “n’affrontent” pas directement les grands élus ou les directeurs. » Ce mécanisme d’autocensure, Emmanuelle Cosse l’a également observé chez des jeunes femmes brillantes, beaucoup plus nombreuses que les hommes, selon elle, « à renoncer à passer certains diplômes de la fonction publique qui permettraient à leur carrière de prendre son essor ».

Pour beaucoup, ces inégalités se jouent dès le lycée. Comme l’explique Marlène Schiappa dans nos pages, la question de l’orientation scolaire des jeunes filles est un sujet qu’il faut aborder très en amont. Le cliché selon lequel les filles passent des bac L et les garçons des bac S a la dent dure. Les études montrent en effet que l’orientation est sexuée partout dans le monde. « Il y a un gros travail à faire pour lever les stéréotypes sur les filières professionnelles et montrer aux jeunes filles qu’elles peuvent aller vers les filières scientifiques, techniques ou dans des métiers liés au pouvoir », confirme Nathalie Pilhes.

La présidente d’Administration Moderne s’inquiète en outre de la baisse d’attractivité des filières de la haute fonction publique en général : « Les élèves des grandes écoles sont poussés à aller vers le privé au lieu de passer les concours de la fonction publique, car le pouvoir est progressivement passé du côté du monde de l’entreprise. »

Le présentéisme, un mal français

Les mondes de l’entreprise comme celui de la fonction publique ont ceci en commun que le présentéisme y est fortement encouragé. Plus on est haut dans la hiérarchie, plus la nécessité de passer de longues heures au bureau se fait sentir. Les femmes, auxquelles échoient encore majoritairement le soin des enfants ainsi que les tâches domestiques, sortent inévitablement perdantes de cette situation.

Pour cette raison, beaucoup appellent de leurs vœux une réorganisation profonde du travail et la fin de cette culture afin de permettre aux femmes, mais aussi aux hommes, de concilier vie professionnelle et vie personnelle. « Pour améliorer l’équilibre vie professionnelle-vie privée, combattre le présentéisme est le problème français. Ainsi, pour les Nordiques, quelqu’un qui reste au bureau après 18 h est mal vu : il ne sait pas s’organiser ! » pointe Anne Guillaumat de Blignières. Non sans faire remarquer avec malice que certains hommes « sont parfois contents de rentrer chez eux une fois que le bain des enfants est donné et que les devoirs ont été faits ». Une réalité dénoncée avec humour par la dessinatrice Emma, dont les planches devenues célèbres sur la « charge mentale des femmes » ont rencontré un vif succès l’an dernier.

Néanmoins, certains hommes aux plus hauts échelons adoptent parfois des « positions disruptives », comme le fait remarquer Nathalie Pilhes. Elle cite notamment l’exemple de Ramon Fernandez, qui, lorsqu’il était directeur du Trésor, avait encouragé la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle. Ou encore de Pascal Canfin, très ferme sur le temps qu’il voulait passer avec ses enfants le soir à l’époque où il était ministre délégué au Développement auprès du ministre des Affaires étrangères. Mais ces exemples doivent venir d’en haut, car il est impensable qu’un jeune cadre impose à sa hiérarchie le fait de partir plus tôt du bureau.

La conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle est au cœur des préoccupations des membres d’ENA 50-50. L’association cherche justement à impliquer les hommes qui « subissent bien souvent le présentéisme sans s’en rendre compte ». Louise Cadin raconte comment les jeunes diplômées de l’ENA « intègrent naturellement le facteur vie privée » quand elles choisissent leurs postes en fin d’école, à la différence des hommes. Elle observe néanmoins que certains énarques, par ailleurs jeunes papas, se sentent très concernés par la problématique de l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle.

Le congé paternité au cœur des débats

Les hommes seraient-ils partie de la solution ? Le 22 janvier, Marlène Schiappa a indiqué que le gouvernement avait commandé un rapport sur le congé paternité à l’inspection générale des Affaires sociales. « L’idée est d’avoir un meilleur partage des tâches parentales », car « si les femmes passent moins de temps aux tâches domestiques, elles pourront passer plus de temps à développer leur carrière », écrit la secrétaire d’État. Le magazine Causette avait jeté un pavé dans la mare au mois d’octobre dernier en lançant une pétition demandant l’allongement du congé paternité, signée par de nombreuses personnalités masculines. Et les derniers sondages en date révèlent que 59 % des sondés considèrent qu’allonger le congé paternité permettrait de favoriser l’égalité hommes-femmes.

S’oriente-t-on vers le modèle des pays nordiques tels que la Suède ? Cette enquête témoigne en tout cas de l’évolution de la société sur ces questions. Les hommes sont en effet de plus en plus désireux de passer du temps avec leurs enfants. « Les nouvelles générations ont une conception très différente de cet équilibre de vie : hommes et femmes y aspirent désormais. Et c’est une excellente nouvelle pour la vie professionnelle des femmes ! » se réjouit Anne Guillaumat de Blignières.

[caption id="attachment_12584" align="alignnone" width="626"]AFP AFP[/caption] Lire notre entretien avec Marlène Schiappa : « Les citoyens ne tolèrent plus que l’on écarte femmes du pouvoir »

Écrit par

Ariane Hermelin

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