Accueil / Politiques / « Grand Paris : Il faut voir grand ! »
arrowRetour
Politiques

21 février 2018

« Grand Paris : Il faut voir grand ! »

Par Nicolas Sarkozy, ancien président de la République

« Je ne participe plus au débat politique, mais je voudrais partager une conviction : ce n’est pas parce que le beau est subjectif qu’il n’existe pas. Ce n’est pas parce que le beau est subjectif qu’on ne doit pas en débattre.

Le beau a disparu du débat, il a été remplacé par le cahier des charges, les normes. Avec ce raisonnement, nous n’aurions pas Versailles, nous n’aurions pas la tour Eiffel. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu mettre les architectes au cœur du projet du Grand Paris. Il existe une tradition architecturale française. Quand j’allais à l’étranger, je ne supportais pas de voir des chantiers partout et de ne voir chez nous que des associations de défense... Je n’ai rien contre ces associations, elles sont souvent légitimes, mais on a parfois le sentiment que personne n’a plus le pouvoir de faire, et que chacun a le pouvoir d’empêcher. Ce n’est pas ce qu’on attend d’un grand pays comme la France.

Une autre absurdité : penser que la densité ne peut être harmonieuse. Manhattan est-il un lieu trop dense ? Le cœur de l’île de la Cité, où des rues n’excèdent pas trois mètres de large, est-il trop dense ? Il faut pousser les élus à prendre des risques architecturaux. La vie est faite pour oser. Nous construisons nos succès à partir de nos échecs.

Les villes-monde ne sont pas nombreuses, et notre capitale en fait partie. Un président de la République doit avoir une immense ambition pour Paris. De quoi a-t-elle besoin ? D’abord de liberté. Lorsque j’ai lancé le Grand Paris, une grande partie de la technostructure était contre. Cela m’a rassuré : j’allais dans le bon sens.

En 2007, j’ai voulu que le Grand Paris démarre par les projets, et uniquement par les projets. Je suis triste de voir les élus se disputer pour savoir qui va gérer des équipements qui, dans le meilleur des cas, seront prêts dans 15 ans. Qui gèrera ? C’est simple : celui qui financera. Si vous débattez de la gouvernance avant de commencer les projets, alors rien ne peut avancer. Vous ne pouvez pas faire le Grand Paris à législation constante. Négocier avec les élus ? Lequel d’entre eux a la force, la compétence et la légitimité pour impulser un tel mouvement ? Seul le président de la République peut imposer une volonté, desserrer l’étreinte des normes, et calmer les oppositions des uns et des autres.

Je voudrais conclure sur la question du financement. “Nous n’avons pas les moyens !” tel est le leitmotiv. J’ai toujours entendu cette phrase. C’est un faux débat, car c’est le projet qui va générer ses recettes. Le Grand Paris est une telle source de croissance qu’il va créer les financements nécessaires à sa réalisation. Il faut le faire, sans s’arrêter à ces contingences. Le Grand Paris Express est indissociable du Grand Paris. Rappelons-nous que le coût du métro parisien a été amorti en 74 ans. J’ai voulu la nouvelle Cité judiciaire, le nouveau ministère de la Défense, la Philharmonie, Beaubourg à Metz, le Louvre Abu Dhabi, car les projets étaient exceptionnels. J’ai voulu la construction de trois lignes de TGV. “Nous n’avons pas l’argent”, disait-on déjà... Bercy, les élus, tout le monde était contre ! Ces trois lignes créent aujourd’hui de la richesse. Ce n’est jamais une question d’argent, c’est une question d’ambition et de vision.

Je suis reconnaissant au président Emmanuel Macron d’avoir relancé le Grand Paris, qui était à l’arrêt depuis 5 ans. Ce n’est pas un sujet politique partisan : j’avais été sensible à l’époque au fait que la maire de Paris, Anne Hidalgo, et le président de la Région, Jean-Paul Huchon, aient accompagné la naissance de ce grand projet.

La France est fidèle à son histoire quand elle a de l’ambition. J’aimerais que notre pays retrouve le goût de l’ambition, de la réussite. Paris doit montrer l’exemple à suivre, car il nous faut aussi un Grand Marseille, un Grand Lille, un Grand Lyon. Il faut voir grand. »

Lire notre dossier : L'attractivité réinventée de la métropole

Les autres articles

Cultures

25 juin 2018

Paris, les urnes contre la rue : les élections législatives de juin 1968

Quelles représentations les professions de foi des élections législatives de juin 1968 donnent-elles de Mai 68 ? Par Madani Cheurfa et Odile Gaultier-Voituriez, du centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).

Innovations

9 avril 2018

André Santini : « Pour faire la ville de demain, il faut des “smart mayors” et des acteurs publics qui osent »

Entretien avec André Santini, ancien ministre, maire d’Issy-les-Moulineaux et vice-président de la Métropole du Grand Paris.

Innovations

9 avril 2018

« IssyGrid », le précurseur français de la ville intelligente

La France, toujours frileuse en matière d’innovation ? La ville d’Issy-les-Moulineaux fait mentir cet adage, en tout cas en matière de « smart city », et développe depuis maintenant six ans son propre « quartier intelligent ».

Innovations

9 avril 2018

Smart city : chic et intelligence

Are you digital ready ? À l’occasion du Salon des maires d’Île-de-France 2018 (Paris Event Center, La Villette, du 10 au 12 avril), L’Hémicycle a souhaité faire le point sur la digitalisation de la région capitale.

Innovations

9 avril 2018

« Confronter les start-up à la réinvention du modèle communal »

Entretien avec Stéphane Beaudet, maire de Courcouronnes, président de l’Association des maires d’Île-de-France (Amif)

Politiques

22 février 2018

Sonia Krimi : le rêve d’une France de culture

C’est une jeune femme souriante qui nous reçoit dans son bureau de l’Assemblée nationale. Quand on l’interroge sur ces quelques cinq ou six mètres carrés où la députée de La...
fermer