Accueil / Innovations / Grand Paris : l’attractivité réinventée de la métropole
arrowRetour
Innovations

21 février 2018

Grand Paris : l’attractivité réinventée de la métropole

Quelle place demain pour le Grand Paris dans la concurrence des grandes métropoles ?

« J’ai voulu qu’on parte du Grand Paris des projets, une ville-monde qu’on ne peut réduire à ses limites historiques… J’ai voulu du beau, du grand, de l’ambition » : Nicolas Sarkozy, Pierre d’Or spéciale du jury 2018 n’a pas boudé son plaisir, le 31 janvier dernier, de se voir distingué par la profession immobilière réunie chaque année par Immoweek. Pour le vingtième anniversaire de cet événement (dont L’Hémicycle est partenaire), les grands acteurs du secteur avaient tenu à fêter l’ex-président de la République, reconnu comme l’initiateur du Grand Paris et responsable à ce titre de l’attractivité retrouvée de la métropole. « Je ris de me voir si belle en ce miroir », on aurait presque pu entendre ce soir-là, sous la coupole repeinte par Chagall, résonner le grand air des bijoux du Faust créé par Charles Gounod à Paris, mais au théâtre Lyrique, quelques mois avant l’inauguration de l’opéra Garnier. Il y a un siècle et demi.

Paris objet de toutes les vanités, miroir des ambitions. (On retrouvera plus loin le ton volontaire qui n’appartient qu’à lui du Président désormais retraité de la politique). On ne parle jusqu’ici que du grand concours international d’architecture dont les 54 lauréats ont été connus fin 2017. Une compétition qui a vu concourir ce que la terre compte parmi les plus fameux maîtres d’œuvre. Des projets qui avaient obligatoirement trouvé leurs financements. Sur des emprises foncières parfois grandes comme des quartiers, généreusement aliénées par les collectivités locales franciliennes propriétaires, et destinées, pour une majorité d’entre elles, à accueillir les gares du Grand Paris Express. Le nom du grand projet de réseau de lignes de métro automatique qui devront relier entre eux les départements de la proche couronne. Le projet qui fâche. Le projet dont la faisabilité sera mise en doute par le président de la Cour de cassation lui-même, inaugurant une folle décade en janvier.

Dix jours pour tout remettre en question

Nemo auditur propriam turpitudinem allegans : le principe absolu du droit romain a traversé tous les régimes juridiques jusqu’à nos jours. « Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude », un rappel qu’a adressé – sur le fond des choses – la Cour des comptes à toutes les parties prenantes dans un rapport alarmant qui vise d’abord le Grand Paris Express. Un rapport qui a étrangement fuité le 15 janvier dernier via une dépêche de Reuters, agence de presse britannique, côtée à la bourse de Londres et spécialisée dans l’information financière, deux jours avant que Didier Migaud, le président de la Cour des comptes, ne soit auditionné par la Commission des finances de l’Assemblée nationale, et une semaine – pas plus – avant le Conseil des ministres qui se voulait décisif sur le sujet. Un calendrier cadencé de façon bien inhabituelle. D’aucuns y ont vu une manœuvre trop opportune pour ne pas avoir été sollicitée. Le rapport comporte son lot de nombreuses critiques, ce qui est la loi du genre. Mais il pointe essentiellement la dérive continuelle des coûts et évoque de sérieux doutes sur le respect des échéances olympiques de 2024.

Le Premier ministre, Édouard Philippe, lors d’une visite sur le site de forage de la future ligne de métro 15 Sud du Grand Paris Express

La réaction du gouvernement d’Édouard Philippe fut quasi immédiate. Comme obéissant à un « plan de com ».  Le Premier ministre veut bien endosser l’ambition, mais pas les turpitudes de ces prédécesseurs : il soulignera sans attendre le risque pour les finances publiques à court et moyen termes. Christian Blanc, ancien secrétaire d’État de Nicolas Sarkozy en charge – le premier – du Grand Paris, est même carrément sorti de ses gonds et sans attendre : « Quand on a la chance d’avoir un héritage avec un tel potentiel économique, on accélère les dépenses productives, seul moyen, à terme, de réduire les déficits publics ! C’est le choix inverse de celui que recommande la Cour des comptes, qui ne connait rien des effets redistributifs de la TVA qu’engendre la croissance économique. » Le prurit inattendu de ce grand préfet devenu ministre fut aussitôt distrait de l’attention publique par « le sommet de l’attractivité », à Versailles, l’opération séduction du président de la République baptisée « Choose France », et accueillant chez le Roi Soleil les 140 dirigeants des premières firmes étrangères – et françaises – en route pour le Sommet économique de Davos. On visait une centaine d’invités, ils furent plus de 140 à être nommément salués par Emmanuel Macron, qui se rendra lui-même au World Economic Forum deux jours après ses hôtes. Une décade prodigieuse… Puisqu’on vous dit que la France a retrouvé son attractivité…

La mesure de l’attractivité

Le monde anglo-saxon a inventé les agences de notation, et plus récemment le « ranking » des métropoles. Un classement établi depuis dix ans seulement, depuis que la métropolisation du monde est sortie du réseau des études académiques pour devenir un enjeu politique. Les trois classements annuels les plus repris sont celui des « Cities of opportunity » réalisé par le cabinet PricewaterhouseCoopers (PwC), le « Global cities outlook » réalisé par A.T.Kearney (A.T.K.), enfin le palmarès du Foreign direct investment markets, base de données filiale du quotidien Financial Times (F.T.). Chacun de ses trois arbitres choisit ses critères.

Depuis deux ans, PwC classe Paris quatrième la plus attractive au monde des 30 villes en compétition. Après avoir gagné deux places d’un seul coup en 2016, la France reste freinée « par son environnement entrepreneurial ». On notera que les attentats de janvier et novembre 2015 n’auront pas eu d’effets. Londres est en tête du classement général devant Singapour, Toronto, Paris et Amsterdam. Paris reste la meilleure ville étudiante du monde, ex-aequo avec New York pour sa qualité de vie. La ville lumière perd sa place de chef de file pour son capital intellectuel et sa capacité d’innovation. Elle n’est plus que troisième : un doute est porté sur son système éducatif. Autre point noir, elle figure à la quatrième place des villes les plus chères, autant pour les entreprises que pour les ménages.

A.T.K fait de Paris la troisième ville la plus attractive au monde, derrière New York et Londres, dans le Global City Index qui mesure les performances économiques. Elle se place également troisième derrière San Francisco et New York pour ses perspectives d’avenir qui lui ont fait gagner dix places par rapport à l’an dernier. Faut-il y voir le dévoilement des projets du Grand Paris ? Oui, mais pas seulement. Comment mesurer le potentiel d’une ville ? Depuis 2008, ce cabinet prend en compte quatre dimensions : le bien-être personnel, l’économie, l’innovation et la gouvernance. Et s’est fixé pour objectif « d’évaluer sur le long terme les investissements et le succès en prenant en considération les performances environnementales, les infrastructures et la capacité d’innovation ». Pour expliquer que Paris soit soudainement montée sur le podium, il faut sûrement ajouter le nombre croissant d’incubateurs et l’augmentation d’investissements privés, notamment à l’occasion des 54 projets architecturaux de la Métropole. Quelque deux jours après la présentation du classement d’A.T.K, la maire de Paris Anne Hidalgo soulignait (Les Échos du 14 juin) que « Paris aurait pu devenir une ville-musée comme Rome », mais  qu’elle avait voulu qu’elle « devienne une capitale européenne et mondiale de l’économie numérique », rappelant que le fonds Paris innovation amorçage avait aidé plus de mille start-up pour un total de 46 millions d’euros, annonçant dans le même mouvement l’ouverture de la Station F, le campus voulu et financé par Xavier Niel. Un momentum qui n’avait échappé ni à A.T.K ni à l’élue parisienne.

Même si l’on se défend à Matignon de donner une quelconque importance aux classements de PwC et A.T.K publiés au printemps de chaque année, le Premier ministre annonçait une batterie de mesures dès le 7 juillet dernier, à l’hôtel de la Monnaie, huit semaines seulement après sa nomination, « en faveur de l’attractivité de la place financière de Paris ». Souvenons-nous : fiscalité, métiers de la finance, place juridique, offre scolaire, simplification réglementaire. Rien à voir bien sûr avec les tiers observateurs précités.Le troisième classement obéit à une construction différente. Il s’agit d’une base de données consultable en ligne (FDImarkets.com) alimentée par le réseau des journalistes du Financial Times, filiale jusqu’en 2015 du groupe Pearson, leader mondial de l’édition. Racheté par le japonais Nikkei Inc, le F.T. et sa filiale continuent de se prétendre les champions du Real-time monitoring, le classement en temps réel, et suivre la globalisation des affaires en observant, all over the world, les projets d’investissements, les investissements en capital et la création d’emplois. C’est cet outil qui a permis au Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques de Sciences-Po Paris (LIEPP) de commencer son travail d’« évaluation de l’impact du Grand Paris Express sur l’attractivité internationale de Paris », exact intitulé de la mission que lui a confiée la Société du Grand Paris (SGP). Vous lirez plus loin les réponses éclairantes auxquelles est parvenu Rodolphe Desbordes, un des économistes chercheurs du LIEPP.

Les grands cabinets anglo-saxons ne sont pas entrés dans le dossier de la gouvernance. Ce n’est pas leur culture et c’est tant mieux. À moins qu’ils n’aient jugé que le chantier institutionnel, celui qui oppose ville de Paris, Métropole, régions et collectivités territoriales ne soit qu’un faux problème. L’appréciation de la Cour des comptes n’est pas la même, qui focalise sa critique sur la Société du Grand Paris, la société créée en 2010 pour réaliser le Grand Paris Express pour le compte de l’État : « La gouvernance de la SGP est désormais trop tournée vers la dimension politique du projet et pas assez vers la maîtrise des enjeux, en particulier des objectifs de coûts. » Ce n’est plus une critique, c’est un véritable coup de pied de l’âne. Dont on dit maintenant que la SGP ne se remettra pas.

On lira plus loin, avec intérêt, les explications très politiques fournies par Geoffroy Didier, vice-président de la Région. Du côté de la préfecture de région, sans qu’il ait été besoin de formaliser ni d’officialiser les choses, la mission confiée par le président de la République au préfet Michel Cadot de débloquer la situation institutionnelle s’est transformée, en attendant la décision du président de la République, en une cellule de crise qui ne porte pas son nom, ramassée autour de lui, de son « SGAR », le secrétaire général des affaires régionales Yannick Imbert, lui-même ancien directeur de l’immigration, et Didier Bellier-Ganière, en charge des Jeux olympiques, ancien directeur général de l’Établissement public d’aménagement du Mantois Seine-Aval, EPAMSA. Michel Cadot, qui passa quatre année à la direction de la DATAR avant d’être nommé Préfet de police de Paris, et qui est celui qui ferma la voie sur berge Georges-Pompidou, a mis en place une organisation qui en dit long sur les préoccupations du moment.

Un représentant de l’État qui agit sans délai, hinc et nunc. Tous les projets d’urbanisme qui se rattachent de près ou de loin au Grand Paris sont étalonnés en conséquence. Avec rapidité et professionnalisme admettent pour une fois les services correspondants de la Région, autant que ceux de la ville de Paris, que l’on dit pour une fois étroitement associées. Les consignes du Premier ministre sont « de ne rien remettre en cause du programme du Grand Paris mais de discerner les priorités ». Ce qui vaut à cette cellule tripartite de s’occuper d’aménagement du territoire en même temps que de politique de la ville. Quand l’en-même-tempisme politique gagne la haute administration.

Ont depuis rejoint cette cellule, Jean Castex le délégué interministériel en charge des JO, Nicolas Ferrand, encore récemment premier aménageur de France à la direction générale d’Epamarne-Epafrance, qui vient d’être placé à la tête de l’établissement public Solideo en charge des travaux d’infrastructure des JO, enfin des trésoriers du CNDS, Centre national pour le développement du sport, l’ordonnateur des dépenses. Sont privilégiés les équipements à long terme, autant que le volet social et le sport pour tous. Une politique corrective des inégalités entre territoires et quartiers prioritaires.

Le Comité olympique de sélection avait beaucoup questionné la délégation française, avant de lui attribuer les Jeux de 2024, sur sa volonté de privilégier la qualité du lien social dans la localisation des sites hôteliers et sportifs. Attirer chez soi les JO contribue également à l’attractivité durable du territoire qui l’accueille. Jusqu’à ce que l’orthodoxie comptable s’en mêle…

Paris est devenue capitale par la volonté de Philippe VI de Valois, qui, à peine devenu roi, se fit construire une ville-trône au moins aussi grosse que Londres et plus que Venise, les deux plus importantes cités de la moitié du XIVe siècle, par leur nombre d’habitants (relire l’histoire de Paris ville nouvelle, dans L’Hémicycle n° 494). L’Histoire moderne a transmis à Paris le destin de pouvoir accéder dans ce petit groupe de villes-monde aux côtés de New York, Londres, Tokyo et Shanghai. Qui fonctionnent en archipel avec un réseau de capitales régionales. On peut donc penser que l’attractivité d’une ville ne s’entretient pas au détriment des autres.

Lire le discours de Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, sur le Grand Paris : « Il faut voir grand »

« ON N’A JAMAIS AUTANT CONSTRUIT EN ILE-DE-FRANCE ! »

Entretien avec Geoffroy Didier, président de l’Établissement public foncier d’ Ile-de-France et vice-président de la région Ile-de-France

Comment les classements (PWC, AT Kearney) de l’attractivité des métropoles influent-ils sur les politiques publiques ?

Il existe une véritable concurrence entre les régions pour attirer les grandes entreprises, les start-ups et les cerveaux du monde entier. Chacune cherche à offrir le meilleur cadre de vie à ses habitants aussi bien en matière de logement, de mobilité, d’éducation, de culture, et cette émulation est saine. L’Ile-de-France jouit d’atouts incontestables, justifiant la décision de l’agence européenne bancaire d’y installer son siège. Les différents classements auxquels vous vous référez sont certes autant d’instruments de mesure d’efficacité de notre politique d’attractivité, mais l’essentiel, ce sont nos résultats sur le terrain : l’an dernier, par exemple, 6635 emplois ont été créés en Ile-de-France grâce aux 359 investissements internationaux. Pour amplifier de telles avancées, nous avons, autour de Valérie Pécresse, mis en place un guichet unique d’accueil des investisseurs, mais aussi créé un conseil stratégique pour l’attractivité et l’emploi constitué de chefs d’entreprises. Nous avons, par exemple, aussi lancé la chaire Blaise Pascal permettant à un scientifique de renommée internationale de poursuivre ses travaux autour d’un projet scientifique. Autant d’initiatives qui reflètent le dynamisme avec lequel la région Ile-de-France construit sa politique d’attractivité.

Le Président de la République reporte de mois en mois sa décision sur la gouvernance de la Région capitale…

Il est urgent qu’Emmanuel Macron décide en clarifiant et simplifiant nos institutions au sein du Grand Paris. Le Grand Paris de demain, c’est l’Ile-de-France ! Qu’attendent les Franciliens ? De la lisibilité et de la simplicité ! Qu’attendent les investisseurs étrangers qui, notamment du fait du Brexit, envisagent de s’installer en Ile-de-France ou à Francfort ? Toujours de la lisibilité et de la simplicité ! Et pourtant, notre pays poursuit ses mauvaises habitudes en créant et superposant de nouvelles structures… Quelle que soit la légitimité ancienne des frontières administratives de la petite couronne qui correspondent au périmètre actuel de « la métropole du Grand Paris », qui peut croire un instant qu’il pourrait y avoir demain un Grand Paris compétitif sans Roissy, Saclay, Cergy, Marne-la-Vallée ou sans Versailles ? Le Grand Londres fait la taille de l’Ile-de-France. Construire le Grand Paris, c’est donc prendre le pari de voir plus grand. Face à la concurrence des grandes métropoles, notre devoir est de mobiliser toutes nos forces en une seule structure : collectivité unique pour les Franciliens, guichet unique pour les investisseurs. Voici ce que nous sommes en droit d’attendre du président de la République.

En quoi ce retard dans la prise de décision peut-il avoir des conséquences sur les projets menés en Ile-de-France ?

Nous n’avons pas le choix, les hésitations de l’Etat ne doivent en rien entraver l’action publique régionale. La Région prend, par exemple, toute sa part dans des projets structurants comme l’organisation des jeux olympiques, comme dans la réparation des fractures territoriales, par exemple en déménageant son siège en Seine-Saint-Denis, à Saint-Ouen. Si nous prenons acte du recul du gouvernement sur le projet d’Exposition universelle, nous exigeons l’accélération du calendrier de la ligne 18 du métro pour une mise en service du tronçon Versailles Chantiers-Orly dès 2024. Les enjeux sont forts et la desserte du plateau de Saclay est fondamentale pour l’attractivité de notre région. A terme, cette ligne de métro devra transporter jusqu’à 100 000 voyageurs par jour !

Il semble que les conclusions de la mission confiée au Préfet Cadot privilégient la reprise par la Région de la Métropole et le maintien des départements… Que pensez-vous de ce scénario ?

Dans nos vies quotidiennes, les frontières entre Paris, la petite et la grande couronne ne signifient plus grand-chose. Quelle différence existe-il entre un habitant de Gonesse, située dans l’est du Val-d’Oise, et d’Aulnay-sous-Bois, dans la toute proche Seine-Saint-Denis ? Pour les deux, la séparation entre petite et grande couronne n’a aucune résonance. Les Français sont en avance sur leurs représentants : c’est donc à l’action publique de s’adapter à la vie quotidienne, et non l’inverse. A force de créer des frontières inutiles, on risque fort de séparer les franciliens entre eux, comme s’il devait exister ceux privilégiés des zones denses et ceux, de seconde zone, réduits à la périphérie dans des zones plus rurales et reculées. Cette conception est dépassée ! Recoudre le territoire est une urgence. Le Grand Paris, c’est aussi ne laisser personne au bord du chemin. C’est pour cela qu’avec Valérie Pécresse, nous le disons haut et fort : le Grand Paris, c’est l’Ile-de-France !

Quelle politique est menée à destination des quartiers sensibles ?

Pour réussir le pari de la réconciliation, il ne faut laisser aucun territoire à l’abandon : ni les zones rurales éloignées des centres, ni les quartiers populaires victimes de la délinquance et des trafics. Pour lutter contre la ghettoïsation urbaine, nous accompagnons massivement le nouveau plan national de rénovation urbaine (NPNRU) en effectuant un effort financier inédit de 250 millions d’euros afin de désenclaver
et humaniser les quartiers les plus en difficulté. Nous priorisons notre aide autour de trois défis : la sécurité (gardiennage, résidentialisation, vidéo protection), le développement des services et commerces en pied d’immeuble, les équipements pour l’enfance et la jeunesse. De manière plus globale, nous allons engager près de 2 milliards d’euros sur plusieurs volets en matière d’aménagement, de transports, de logement et d’environnement. La Région va, par exemple, financer 348 millions d’euros pour la ligne 11 du métro à Rosny-Bois Perrier qui permettra aux habitants de Montreuil d’être à 25 minutes seulement du Châtelet. Enfin, la Région continuera de se mobiliser en faveur de la réhabilitation des copropriétés dégradées, dans les quartiers difficiles et ce, durant toute la mandature. Chaque maire sait à quel point l’accompagnement de ces copropriétés fragilisées est essentiel pour l’ensemble d’un quartier.

Quel est le rôle de l’Etablissement Public Foncier d’Ile-de-France que vous présidez ?

Il existe du foncier en Ile-de-France, encore faut-il le rendre disponible. Grâce à l’EPFIF, nous rendons possible des opérations de construction de logements de grande ampleur en portant le foncier nécessaire aux promoteurs, bailleurs, aménageurs et en aidant ainsi les maires à réaliser leurs projets et à transformer leurs villes. Nous sommes des facilitateurs. La preuve : notre plan pluriannuel d’interventions nous permettra d’acquérir près de 2 milliards d’euros de foncier d’ici à 2020 afin de le libérer et de fluidifier le marché de la construction. Nous augmentons de 15% les cessions de foncier chaque année, supprimons toutes les contraintes normatives venues s’ajouter aux lois déjà existantes et cédons les terrains à prix coûtant afin de faire baisser les prix des logements. Grâce à cette stratégie sans précédent de libération du foncier, nous sommes en train de créer un véritable choc d’offre en atteignant des records de construction. Avec 86 000 autorisations de mise en chantier cette année, on n’a jamais autant construit en Ile-de-France !

Propos recueillis par B. L.

« Le Grand Paris Express aura un impact fort s’il est réalisé dans son intégralité »

Le premier tunnelier du Grand Paris Express, « Steffie-Orbival

Entretien avec Rodolphe Desbordes, professeur d’économie à SKEMA Business School, co-auteur de l’étude Métro et Attractivité des villes, publiée par le Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques (LIEPP)

Vous avez étudié l’impact économique du Grand Paris Express, à la demande de la Société du Grand Paris (SGP)…

Oui, la SGP a demandé au LIEPP d’étudier les effets des réseaux de métro sur l’attractivité du Grand Paris pour les investisseurs internationaux. Nous avons dû créer une base de données (il n’en existait aucune) qui comporte, pour toutes les villes du monde dont la population dépasse les 100 000 habitants, des informations sur la localisation des investissements directs étrangers (IDE), les métros et les caractéristiques économiques, géographiques et climatiques.

Vous avez travaillé avec les données du Financial Times… Amusant, dans le cadre du Brexit !

Oui, ils avaient réalisé une base fDiMarkets qui recensait près de 140 000 choix de localisation de multinationales pour la période 2003-2014. Ils regardaient les annonces, les revues spécialisées en notant, pour chaque investissement international, le pays et la firme d’origine, le pays et le secteur de destination, et surtout – ce qui nous intéressait – la ville. D’habitude, les études qui s’intéressaient aux IDE utilisaient plutôt les balances de paiement (les flux financiers entre deux pays). Ces données ne suffisaient pas, car ces flux pouvaient correspondre à des profits réinvestis, à de la dette, ou tout simplement à des transferts entre firmes. Il nous fallait donc une nouvelle base plus détaillée.

Il fallait aussi évacuer les autres facteurs d’attractivité, comme l’organisation d’événements ?

Oui, et c’est pour cela que nous avions besoin d’aller au-delà de rapports rédigés par des cabinets d’audit. Nous avons pris en compte tous les facteurs qui influencent la décision d’installation des firmes : la taille du marché ou la présence d’infrastructures (port, aéroports, routes)… Nous avons assemblé un grand nombre de données, au niveau des villes. Aucune étude n’avait fait ce travail (elles s’intéressaient aux pays, aux régions, voire aux départements pour la France).

Vous avez donc répertorié les 187 villes qui disposent d’une infrastructure de métro ainsi que celles qui étaient occupées à construire un tel réseau (34 villes) en 2015… Pour le Grand Paris Express, quel impact économique peut-on attendre ?

Le Grand Paris Express aura un impact fort sur l’attractivité de la métropole et l’emploi s’il est réalisé dans son intégralité : il entraînerait une hausse d’environ 15 % du nombre de projets d’IDE attirés.

Entre 2003 et 2014, Paris a attiré 1 300 projets d’installation…

Oui, soit environ 110 projets par an. Les projets qui se sont implantés à Paris ont généré, en moyenne sur la période d’étude, 52 emplois par projet. En faisant l’hypothèse (haute) que ces tendances moyennes persistent dans l’avenir, nos résultats suggèrent que la réalisation complète du Grand Paris Express pourrait entraîner une hausse annuelle de 17 projets par an, qui s’accompagnerait d’une création annuelle directe d’environ 900 emplois.

Combien d’emplois indirects ?

C’est impossible à dire avec précision, mais sans doute bien plus que le nombre d’emplois directs.

Peut-être faut-il rappeler la place de Paris : la capitale française est aujourd’hui la 7e grande métropole la plus attractive… Le Grand Paris Express pourrait changer ce classement ?

C’est vraisemblable.

Vous émettez la crainte, en conclusion de votre étude, de voir l’attractivité du Grand Paris pénaliser d’autres territoires en France…

Non, je ne le pense pas : Paris est le moteur de la croissance française, le Grand Paris va lui donner encore plus de vigueur. Nous avons rédigé cette phrase en ayant à l’esprit qu’il est indispensable en France de ne pas trop renforcer la centralisation de l’activité économique – c’est l’objectif de la DATAR. Mais il faut savoir que les forces économiques ont tendance à vouloir s’agglomérer…

Vous notez enfin que l’impact des multinationales sur le développement du tissu économique local reste à déterminer…

Les multinationales prennent des parts de marchés aux firmes nationales, mais il y a énormément d’effets indirects positifs. Quand elles s’implantent, elles ont besoin de biens ou de services produits localement. Il faut tenir compte de toute la chaîne. Nous sommes donc toujours prudents sur nos estimations. Ce qu’on peut dire, c’est que les multinationales ont tendance à favoriser le développement.

Écrit par

Brice Lefranc

Les autres articles

Innovations

9 avril 2018

L’émergence des bureaux intelligents

par Mathieu Andrieu et Iman Morshedi, architectes (RAAM Architecture)

Innovations

9 avril 2018

André Santini : « Pour faire la ville de demain, il faut des “smart mayors” et des acteurs publics qui osent »

Entretien avec André Santini, ancien ministre, maire d’Issy-les-Moulineaux et vice-président de la Métropole du Grand Paris.

Innovations

9 avril 2018

« IssyGrid », le précurseur français de la ville intelligente

La France, toujours frileuse en matière d’innovation ? La ville d’Issy-les-Moulineaux fait mentir cet adage, en tout cas en matière de « smart city », et développe depuis maintenant six ans son propre « quartier intelligent ».

Innovations

9 avril 2018

Smart city : chic et intelligence

Are you digital ready ? À l’occasion du Salon des maires d’Île-de-France 2018 (Paris Event Center, La Villette, du 10 au 12 avril), L’Hémicycle a souhaité faire le point sur la digitalisation de la région capitale.

Innovations

9 avril 2018

« Confronter les start-up à la réinvention du modèle communal »

Entretien avec Stéphane Beaudet, maire de Courcouronnes, président de l’Association des maires d’Île-de-France (Amif)

Innovations

5 mars 2014

La neutralité du Net dans la main des députés européens

©AFP Faut-il laisser aux opérateurs de télécom la possibilité de répartir la bande passante selon leurs propres critères ou les obliger à transmettre les données sans discrimination ? Les...
fermer