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Politiques

4 avril 2017

Jérôme Chartier : l’impassible

En tant que conseiller spécial de François Fillon, le député du Val-d’Oise Jérôme Chartier est de toutes les batailles.

Confiant et paisible, mais avec une pointe de défi dans la voix, Jérôme Chartier ponctue l’entretien d’un : «Eh oui, nous sommes parfaitement calmes, totalement sereins, c’est fou ça!» L’ambiance autour de lui semble lui donner raison. Au lendemain d’un conseil politique qui a rendu les armes devant l’obstination de François Fillon, peu d’agitation, en effet, au siège de campagne du candidat de la droite et du centre. Une ambiance feutrée… Dans cet immeuble à la façade vitrée du 15arrondissement parisien, les voix sont basses, probablement fatiguées d’avoir trop crié ces derniers jours, quand, au plus fort de la tempête, la garde rapprochée du député de Paris l’implorait de ne pas lâcher, faisant barrage devant sa porte pour chasser les oiseaux de mauvais augure. Ce premier cercle, Jérôme Chartier en fait incontestablement partie. Plus de dix ans qu’il compose avec les aléas du parcours de François Fillon. Le fait est, les hauts et les bas ont été nombreux, vertigineux parfois, sans que jamais le lieutenant ne rechigne. Juste avant d’ouvrir la porte de son bureau, une de ses collaboratrices ne manque d’ailleurs pas de le signaler: «Ceux qui n’ont pas cédé à la trahison, il en reste peu. Lui est un fidèle, un vrai!»

Cette loyauté indéfectible, Jérôme Chartier l’a longtemps cultivée dans l’ombre. «Question de tempérament », appuie-t-il. Le député du Val-d’Oise admet d’ailleurs avoir accepté l’entretien du bout des lèvres. Ses phrases sont brèves, sans émotion. D’ailleurs, acte-t-il, cela sera son seul portrait jusqu’à la fin de la campagne. Vœu pieux? D’autres articles le concernant sortiront probablement. «Il semble que je ne puisse plus y échapper.» Un honneur dû à son rang en quelque sorte, lui le «conseiller spécial» du candidat. Déjà, durant les primaires d’automne, cette presse, qui a si peu de mérite à ses yeux, s’était amusée du couple qu’il forme avec Virginie Calmels, maire adjointe de Bordeaux et… juppéiste. Une intrusion dans la sphère privée qu’il a évidemment peu appréciée. Après plus de vingt ans de vie politique, cet effacement intrigue. La vie de Jérôme Chartier offre en effet de belles accroches et un parcours plutôt atypique. Une enfance de banlieusard tout d’abord à Domont (95), tout près de Sarcelles, où il passe son bac au milieu des années 1980. Sa famille, issue de la classe moyenne, est connue pour ses engagements à gauche et son implication dans le milieu associatif. Sa mère, notamment, qui a toujours jugé «le Parti communiste trop à droite»… On imagine sans mal les discussions à table. Elles ont toujours été «vives», admet-il. Avant de préciser : «Mais pas en ce moment». À l’heure où une bonne partie du pays se demande si elle n’a pas été dupe d’un François Fillon surnommé Monsieur Propre, la mère du député serait quant à elle outrée de «l’acharnement» dont ce dernier serait victime. Jérôme Chartier en veut pour preuve un texto reçu dans l’après-midi. «La mise à mort d’un homme, elle ne peut l’accepter». Des mots dont la démesure surprend venant de quelqu’un qui prend soin de ne jamais trop se dévoiler. Quand on lui demande pour quelles raisons il n’a pas embrassé les idéaux familiaux, la réponse tombe, limpide: «Par pragmatisme et culte de l’efficacité, parce que je ne comprends pas que l’on s’engage en politique pour un monde idéal ou juste pour se faire plaisir.» Jérôme Chartier qualifie ainsi le socialisme «d’idéologie totalement virtuelle» qui n’aurait aujourd’hui plus d’assise «chez les citoyens tant l’individualisme est en train d’atteindre un niveau paroxysmique, ce qui tue toute vision collective». Un constat glaçant qui, à première vue, colle mal à ses engagements de jeunesse, ceux qu’il partage avec l’ancien maire de Sablé-sur-Sarthe : le gaullisme social. «C’est Philippe Séguin qui a fait que je suis entré au RPR. Sans lui, je n’y serais pas allé», rembobine-t-il. Aujourd’hui, à l’heure où François Fillon affirme que «ce qui est social, c’est ce qui crée de l’emploi» et qu’un travail précaire «vaut toujours mieux que d’être au chômage ou au RSA», Jérôme Chartier ne se dit, lui, «aucunement écartelé». Et de retomber sur son idée d’individualisation de la société : «On peut toujours résoudre les déficits, faire en sorte que la situation économique s’améliore sans vraiment s’attaquer aux problèmes des citoyens au quotidien, à leurs réelles préoccupations. Le gaullisme social au fond, c’est ça: placer les individus au centre du projet.» Raison pour laquelle la droite fustigerait plus volontiers l’assistanat et la fraude so­ciale «extrêmement mal perçus par les Français» qu’une évasion fiscale pourtant bien plus lourde pour les finances publiques.

L’escroquerie de France Inter

À l’entendre, peu importent les chiffres. L’essentiel, selon ce spécialiste reconnu des questions budgétaires, serait surtout de promouvoir «la responsabilisation de chacun». Une qualité dont il fit d’ailleurs particulièrement preuve un jour de juin 2005. François Fillon est alors débarqué sans ménagement par Dominique de Villepin, tout juste nommé à Matignon. «Le sortir de cette manière du gouvernement était profondément injuste. Il était isolé et avait donc besoin de moi.» Jérôme Chartier propose son aide et montre ainsi qu’il n’a pas la mémoire courte. En 1998, celui qui, trois ans plus tôt, était devenu à Domont le plus jeune maire de France à la tête d’une grande ville récupère la fédération du Val-d’Oise. «L’une des plus importantes du pays», rappelle-t-il. Une promotion voulue par François Fillon, à l’époque secrétaire national du RPR, qui permit à Jérôme Chartier de préparer de la meilleure des manières son entrée au palais Bourbon. Chose faite en 2002. Depuis, la relation entre les deux séguinistes n’a cessé de se raffermir au gré des soubresauts politiques. En 2007, lorsque François Fillon devient Premier ministre, Jérôme Chartier ne se voit pas proposer de maroquin («Je n’ai pas montré assez d’envie»), mais devient l’un de ses principaux relais à l’Assemblée nationale. Un rôle tout aussi important aux yeux de celui que «le patron» Nicolas Sarkozy qualifiait de «collaborateur ». Tout autant malmené par Jean-François Copé lors de la campagne pour la présidence de l’UMP en 2012, c’est encore Jérôme Chartier qui, régulièrement, défend son mentor sur les plateaux télé. Cinq ans plus tard, pris
dans une nouvelle tempête médiatique, il montre un même sens de la combativité. Avec peut-être, cette fois, moins de réussite. Début décembre, il s’emmêle ainsi les pinceaux sur la question épineuse des rembour­sements de santé («
Le rhume, ça dépend de quel rhume. Il faut entrer dans le détail»), avant de confondre, quelques semaines plus tard, les propositions de François Fillon avec celles de Marine Le Pen sur le port de l’uniforme à l’école. À chaque fois, ce fut au micro de France Inter. Tout sauf un hasard, selon ce dernier, qui dénonce « une escroquerie » lors de cet énième passage à l’antenne. «J’avais complètement raison et la journaliste Hélène Jouan, totalement tort. Mais bon, c’est une radio de gauche. C’est bien connu, elle n’entend diffuser que sa petite musique. »

Voilà où en serait le débat politique en France, aujourd’hui: forcément binaire, presque à couteaux tirés. Le député LR tend à le penser : « C’est une élection présidentielle extrêmement clivée et ce, pour des raisons profondes. Cela n’a rien à voir avec François Fillon.» N’en déplaise donc à Alain Juppé et ses critiques envers une prétendue radicalisation de la campagne. Aussi Jérôme Chartier minimise-t-il le rôle joué par Sens commun à leurs côtés et en veut pour preuve ses nombreux déplacements dans les fédérations. Car, depuis les premières révélations du Canard enchaîné, le député LR sillonne le pays, bat le rappel des troupes. De la base surtout. «Les élus, on fera sans eux! Les électeurs de droite, ils tiennent!» a ainsi tonné François Fillon. Son lieutenant confirme avec aplomb : «Personnellement, je n’ai rencontré aucun militant m’ayant fait part de doutes, tous nous soutiennent.» Cela peut sembler difficile à croire. Pourtant, Jérôme Chartier, non seulement en est convaincu, mais fait montre d’un optimisme à toute épreuve: «Cela va faire de la peine à
certains mais vous allez voir, la droite va gagner en mai prochain. Car ce qui compte aux yeux des Français, c’est la capacité à diriger, à tenir fermement le cap. La France est à l’aube de son plus grand défi. Or, qui oserait dire, aujourd’hui, que François Fillon n’a pas la ténacité et le co
urage nécessaires?»

Écrit par

Vincent Berthe

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