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RENCONTRE DE L’HÉMICYCLE DU 10 juin 2013 : L’innovation numérique à la française

[caption id="attachment_3182" align="alignleft" width="240" caption="Fleur Pellerin, Ministre déléguée auprès du ministre du Redressement productif, chargée des Petites et Moyennes Entreprises, de l'Innovation et de l'Economie numérique. STÉPHANE VUILLEMIN."]Fleur Pellerin[/caption] Les rencontres de l’Hémicycle, organisées au Conseil constitutionnel le 10 juin dernier, avaient pour invitée d’honneur Fleur Pellerin. Plus de 130 participants ont dialogué avec la ministre, qui est revenue sur les dernières assises de l’entrepreneuriat et les mesures pour relancer la croissance. Mais elle a aussi évoqué le développement du numérique et répondu aux questions de l’auditoire. Fleur Pellerin, qui s’est emparée du dossier du numérique depuis son arrivée au gouvernement, a tout d’abord souligné l’importance que revêt ce secteur aujourd’hui en France, même s’il demeure en retard face à des pays comme la Finlande, le Royaume-Uni ou la Slovénie. La baisse de l’attractivité de la France et sa perte de compétitivité démontrent qu’il est nécessaire de se diriger au plus vite vers la réforme numérique. « C’est un levier important pour la réforme sociale et économique, mais aussi pour celle de l’État. J’essaie d’insuffler cela au plus haut niveau. J’aimis en place le plan à très haut débit, qui s’accompagne d’un financement à hauteur de 20 milliards d’euros et qui se déploie actuellement grâce à une collaboration mieux articulée entre le secteur public et le secteur privé. Le séminaire gouvernemental récent à permis de mettre en avant un certain nombre de priorités et pour que tous lesministères s’approprient les sujets numériques », a précisé la ministre. « Ils ont tous une feuille de route et nous surveillons le déploiement et le développement. Le Premier ministre a lancé un signal fort et ce n’est plus un voeu pieux ! Sur le sujet plus général de l’innovation et de l’entrepreneuriat les mesures que j’ai réussi à faire arbitrer vont permettre d’aller plus loin. Ces mesures démontrent bien que ces enjeux numériques sont pris en compte par l’État », a-t-elle ajouté. Occuper la 1re place en matière d’innovation Pour Fleur Pellerin il faut aussi améliorer l’environnement des affaires. En prenant l’exemple de la Silicon Valley en Californie, où elle a effectué un voyage, la ministre a rappelé que l’innovation peut parfois se muer en bunker. Pour elle la France doit occuper la première place en matière d’innovation. « Ce n’est pas un rêve, mais un objectif précis. Le gouvernement y travaille. Certes il faudra du temps pour obtenir ce résultat,mais la Silicon Valley ne s’est pas faite en un jour. Le cap est clair et pour y arriver je ne crois pas à l’importation d’un modèle américain, asiatique ou scandinave. C’est l’innovation à la française que nous devons faire émerger. » La french touch Pour Fleur Pellerin la France peut faire preuve de professionnalisme et d’imagination. Cette « french touch » peut reposer sur notre identité, nos valeurs et notre modèle social. « Vous connaissez mon engagement pour l’égalité des chances et je ne peux pas concevoir d’innovation sans échange, sans redistribution et sans aller-retour. On ne pourra pas faire de la France une terre d’innovation si la société française elle-même ne s’inscrit pas dans cette dynamique d’ouverture et de mobilité sociale. » Pour la ministre ces enjeux correspondent aussi à des évolutions nécessaires, comme par exemple en matière d’entrepreneuriat. « Il y a urgence à apporter de la confiance. Le président de la République a souhaité lier entrepreneuriat et numérique en les rassemblant. C’est là que se situent les capacités de rebond de notre économie. Le numérique est l’avenir, mais dire cela est déjà une certaine part de renoncement, car c’est en fait le présent qui importe. La crise qui frappe la France démontre qu’il est urgent d’agir collectivement. Mais rien ne se fera sans la confiance. Le gouvernement et les entrepreneurs doivent désormais travailler ensemble et je suis convaincue de l’importance de ce dialogue. C’est la méthode que j’ai souhaité porter dans le cadre récent des assises de l’entrepreneuriat. » Un lien créé avec les entrepreneurs Fleur Pellerin souhaite que ce lien permette d’améliorer l’environnement économique des entreprises. « C’est une stratégie globale et le pacte récent voulu par le gouvernement est un acte fort. La banque publique d’investissement est d’ailleurs déjà très active dans le financement de l’économie. Il y a eu aussi la signature de l’accord interprofessionnel, qui présente un bon équilibre entre les partenaires sociaux et les entreprises en cas de retournement de cycle. Les assises de l’entrepreneuriat ont aussi été un acte fort, qui a permis de rassembler en quatre mois tout l’écosystème entrepreneurial. » Pour la ministre, l’éducation est aussi au coeur de ces enjeux numériques. «Nous devons mobiliser les talents, former les jeunes aux enjeux du numérique et nous allons créer un service public du numérique éducatif qui permettra de rattraper le retard, même s’il n’est pas aussi important que l’on veut bien dire. Nous allons aussi créer pour les étrangers un visa entrepreneur afin de permettre aux talents du monde entier de venir en France. J’insiste sur ce point, car nous devons tirer parti de tous les talents pour relancer la croissance. Il faut d’ailleurs financer l’audace ! » Pour Fleur Pellerin les entreprises du numérique ont des choses à nous apprendre et les progrès économique et social doivent demain se conjuguer.



Quelques-unes des questions posées MARC-WILLIAM ATTIÉ DIRECTEUR NATIONAL DE BNI FRANCE Vous avez évoqué les assises de l’entrepreneuriat.Comment faire pour transformer les atouts en force.Quelle est votre vision par rapport à cela ? Fleur Pellerin : Les atouts sont souvent mentionnés à l’étranger et en particulier la qualité de notre enseignement supérieur et scientifique. Viennent ensuite la loyauté des salariés et la très forte productivité. Ce sont aussi nos très bonnes infrastructures et notre ouverture vers les marchés africains qui sont cités. Nos coûts de fonctionnement sont très compétitifs par rapport à ce que l’on peut trouver à Londres ou à New York. Pourquoi a-t-on un décrochage de l’attractivité de la France ? C’est préoccupant et cela est dû à la perception que peuvent avoir les investisseurs qui ne connaissent pas les mesures mises en oeuvre. Il faut faire cette démarche de pédagogie et d’explication pour transformer ces atouts en force. Il y a aussi une image à modifier à cause notamment de la presse anglo-saxonne et les clichés sont tenaces, notamment sur le poids des syndicats. STÉPHANE ROUSSEL PRÉSIDENT DE SFR Vous avez cité la nécessité de favoriser le haut débit.Mais il y a un paradoxe difficile à gérer entre le coût des investissements nécessaires et la rapidité pour le déploiement du très haut débit. C’est 1,6 milliard par an à l’échelle de notre groupe. Au moment où nous devons investir sur deux technologies, je m’interroge sur la capacité d’investissement des différents acteurs.Comment allez-vous réussir à gérer ce paradoxe et trouver cet équilibre entre la nécessité budgétaire et la possibilité d’investir sur le long terme pour pouvoir délivrer le très haut débit le plus vite possible ? Fleur Pellerin : Je suis consciente de cette situation difficile que vous évoquez et dans laquelle se trouve le secteur des télécommunications en France en raison des décisions qui émanent de précédents gouvernements et d’autres de notre fait. J’en assume la responsabilité. Il est important pour notre pays d’être dans la course et de développer très rapidement le très haut débit fixe et mobile. La difficulté du secteur en France est qu’effectivement vos marges se sont considérablement réduites. C’est un moment compliqué,mais dans le secteur des télécoms il y a des cycles d’investissement tous les trois à quatre ans avec des enchères qui sont récurrentes. La 4G est un relais de croissance et il faut faire en sorte de pouvoir monétiser le trafic de data qui va se faire. Les opérateurs doivent pouvoir retrouver de la valeur dans les données. L’engagement que nous avons pris est de faire en sorte qu’il n’y ait pas d’augmentation de la fiscalité sur les opérateurs. Cela veut dire que tout cela se fera à pression fiscale constante sur le secteur. C’est une condition indispensable et tout le secret réside dans cette capacité qu’ont les opérateurs privés à recréer de la valeur dans la 4G et dans le très haut débit fixe.



NATHALIE ANDRIEUX DIRECTRICE EN CHARGE DU NUMÉRIQUE À LA POSTE J’ai apprécié votre discours portant sur cette indispensable transformation de la société. Des entreprises comme la nôtre ont aussi besoin de se transformer avec l’arrivée du numérique. Entreprendre dans les grandes entreprises, c’est aussi un challenge. Ce modèle français doit être inventé et ne faut-il pas cette collaboration encore plus accélérée entre ces start-up et ces grandes entreprises ? Les deux n’ont-elles pas intérêt à travailler davantage ensemble ? Fleur Pellerin : Vous avez raison et l’un des grands axes que nous avons menés est cette nécessité absolue d’améliorer la façon de travailler entre de grands groupes comme le vôtre et ces PME. Les grands groupes ont besoin de travailler avec ces entreprises et dans certains pays cette pratique est culturellement ancrée sans loi et sans décret. Il faut qu’à l’avenir les grands groupes aient ce réflexe d’emmener les PME à l’exportation pour qu’elles puissent grossir. La crainte des PME est aussi de se voir rachetées par les grands groupes ou de se voir piller les brevets. Là encore la notion de confiance est indispensable pour créer cette dynamique. Nous réfléchissons aux moyens d’impulser cette action pour objectiver ces actions. L’État doit aussi être exemplaire et nous avons commencé à jeter des jalons. Désormais 2 % de la commande publique doit toucher les PME innovantes et nous allons inciter les collectivités locales à faire de même. La culture d’achat doit aller vers de jeunes entreprises innovantes. Ce sont des mesures destinées à mieux articuler la coopération entre les grands groupes et les PME.



MICHEL DE ROSEN PDG D’ EUTELSAT Nous avons sur nos satellites 4 600 chaînes de télévision. Il y a un problème dans la révolution numérique, car beaucoup de Français ne sont pas connectés. Neuf millions de Français n’ont rien ou trop peu.C’est donc une inégalité entre les Français, mais aussi entre les territoires. Il y a une solution qui est la solution satellitaire,même si elle n’est pas la seule solution. Il y a toutefois un obstacle qui est celui de la notoriété. Le deuxième frein est le coût pour les usagers. Le dernier frein restant la complexité administrative entre régions et départements.Comment dans ce maquis administratif apporter de la clarté et de l’élan ? Fleur Pellerin : Effectivement l’engagement est de développer la fibre dans les 10 ans. Il y a des régions où le satellite sera la seule solution, comme la Manche. Dans ces zones mal desservies en haut débit, le fonds existant sera prolongé pour que les gens puissent recevoir la télévision grâce au satellite. Ce fonds permet de s’équiper en parabole. Sur les responsabilités entre régions et départements il y a une complexité.Dans certaines régions, là où les départements n’arrivent pas à se mettre d’accord, les choses sont plus compliquées. Il faut une certaine articulation et une cohérence. Nous avons donné un bonus en termes de subventions aux départements qui s’associent. Cette incitation financière vise au regroupement territorial. Les préfets de région sont aussi des interlocuteurs si vous rencontrez des difficultés. Mais la mission très haut débit qui monte en puissance est un interlocuteur.













[print_gllr id=3191] En partenariat avec :  Partenaires : SFR, Eutelsat, La Poste Les articles en relation avec la rencontre du 10 juin 2013 :E 42 : les raisons d’y croire !Le numérique et l’entrepreneuriat : des leviers pour la croissanceLa révolution numérique est en marcheDu « New Deal » aux Assises : la France à l’heure du numériqueLe numérique et le citoyenLe numérique, un levier pour l’emploi des jeunesFréquences 700, n’allons pas trop vite…« Jouons la carte de la complémentarité des réseaux »

Joël Genard Article paru dans le numéro 466 du mercredi 19 juin 2013

Écrit par

Joël Genard

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